jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2103350 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | AVOCATS VERBATEAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juin 2021 et 8 décembre 2021, M. F H et Mme E B, représentés par la SCP Verbateam Montpellier, agissant par Me Pons, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Just a refusé de leur délivrer un permis de construire portant sur la régularisation et la rénovation d'une maison d'habitation située 697 avenue de Lunel, parcelle cadastrée section AC n° 37 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Just une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le signataire de l'arrêté attaqué était incompétent pour ce faire ;
- c'est à tort que le maire a considéré que la maison d'habitation existante était dépourvue d'existence légale de sorte que les travaux de rénovation projetés devaient être autorisés au titre du 1° de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme ;
- le maire a commis une erreur de droit en refusant le permis sollicité sur le fondement de l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme ;
- en tout état de cause, même en considérant que la construction existante a été édifiée sans permis de construire, le maire conservait la faculté de délivrer le permis sollicité dès lors que les travaux projetés sont nécessaires à sa préservation et au respect des normes.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 août 2021 et 22 décembre 2021, la commune de Saint-Just, représentée par la SCP Territoires avocats, agissant par Me Margall, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que la décision du tribunal était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application des articles L. 121-8 et L. 121- 10 du code de l'urbanisme, ces dispositions n'étant applicables qu'aux seules communes littorales selon l'article L. 121-1 du même code, définissant le champ d'application des règles spécifiques au littoral.
Des observations présentées par la commune de Saint-Just sur le moyen susceptible d'être relevé d'office ont été enregistrées le 11 avril 2023 et communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Goursaud, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;
- les observations de Me Remy, représentant M. H et Mme B, et celles de Me D'Audigier, représentant la commune de Saint-Just.
Considérant ce qui suit :
1. Le 10 mars 2021, M. H et Mme B ont déposé en mairie de Saint-Just une demande de permis de construire tendant à la régularisation, la rénovation, la réfection de la toiture, la mise aux normes de l'isolation et du système électrique et la modification des ouvertures de la maison d'habitation située 697 avenue de Lunel, parcelle cadastrée section AC n° 37, sur le territoire communal. Par arrêté du 28 avril 2021, le maire de la commune de Saint-Just a refusé de leur délivrer le permis sollicité. Par la présente requête, M. H et Mme B demandent l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation, à des membres du conseil municipal. (). ".
3. L'arrêté attaqué a été signé par M. C A, adjoint délégué à l'aménagement du territoire. La commune de Saint-Just a versé aux débats un arrêté de délégation en date du 8 juin 2020 qui dispose en son article 1er que M. A est " délégué à l'aménagement du territoire " chargé d'assurer en lieu et place du maire et concurremment avec lui, les fonctions relatives à ce domaine. Toutefois, cette délégation imprécise n'a pu donner compétence à M. A pour signer les décisions valant autorisation d'occupation ou d'utilisation du sol régies par le code de l'urbanisme, parmi lesquelles figure l'arrêté litigieux. Par ailleurs si l'article 2 de cet arrêté donne également délégation permanente à M. A " à l'effet de signer les documents concernant la gestion de la commune et tous les courriers et actes qui y sont relatifs ", cette délégation de signature ne permettait pas davantage à l'intéressé de signer le refus de permis de construire en litige. Eu égard au manque de précision de cette délégation de signature et de compétence, les requérants sont fondés à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 17 février 2016, le maire de la commune de Saint-Just a délivré à M. G, précédent propriétaire de la construction litigieuse, un permis de construire une annexe à une habitation existante pour une surface de plancher de 50 m². Le formulaire Cerfa de demande indique à la rubrique 4.3 que les travaux portent sur l'extension d'une résidence principale d'une surface de 74 m² avant travaux dont le plan de masse fait apparaitre la distribution intérieure composée d'un séjour-cuisine et de deux chambres, l'extension projetée visant à permettre la création d'une buanderie, d'un cellier et d'un garage accolés à cette construction. Il s'ensuit que l'objet du permis délivré le 17 février 2016 ne consistait pas seulement dans l'extension d'une construction existante mais tendait en réalité à modifier et étendre l'existant dans une mesure telle que cette demande doit être regardée comme portant sur l'ensemble des éléments de la construction. Dans ces conditions, et alors que cette information avait été portée à la connaissance de la commune dans la notice descriptive du projet en litige, et quand bien même le pétitionnaire a indiqué à la rubrique 4.2 du formulaire Cerfa au titre des travaux envisagés " régularisation d'une maison d'habitation construire il y a plus de 40 ans ", le maire de Saint-Just a considéré à tort que la construction existante était dépourvue d'existence légale. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être accueilli, sans qu'il soit besoin d'examiner le moyen tiré de ce que les travaux demandés sont en tout état de cause nécessaires à la préservation de la construction et au respect des normes, invoqué à titre subsidiaire.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ". Aux termes de l'article L. 111-4 de ce code : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : / 1° L'adaptation, le changement de destination, la réfection, l'extension des constructions existantes ou la construction de bâtiments nouveaux à usage d'habitation à l'intérieur du périmètre regroupant les bâtiments d'une ancienne exploitation agricole, dans le respect des traditions architecturales locales ;(). ".
6. Ces dispositions interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées " en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune ", c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà une densité et un nombre significatifs de constructions. Il en résulte que seules des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4 précité, dont l'extension des constructions existantes, permettent d'autoriser des projets lorsque ces constructions sont localisées en dehors des parties urbanisées de la commune.
7. Il est constant que le terrain d'assiette du projet est éloigné du centre urbain et se situe dans une zone à dominante agricole en dehors des parties urbanisées de la commune de Saint-Just qui ne dispose pas d'un plan local d'urbanisme ou d'une carte communale. Toutefois, compte tenu de ce qui a été exposé au point 4, les travaux litigieux peuvent être regardés comme portant sur une construction existante au sens de l'article L. 111-4 précité tandis que, compte tenu de leur nature, ils se bornent à permettre la réfection et l'adaptation de cette construction. Par suite, le maire de Saint-Just a commis une erreur de qualification juridique des faits en refusant le projet au motif qu'il consiste en une construction nouvelle en dehors des parties urbanisées de la commune.
8. En quatrième et dernier lieu, l'article L. 121-1 du code de l'urbanisme, définissant le champ d'application des règles spécifiques au littoral, dispose : " Les dispositions du présent chapitre déterminent les conditions d'utilisation des espaces terrestres, maritimes et lacustres : 1° Dans les communes littorales définies à l'article L. 321-2 du code de l'environnement ; 2° Dans les communes qui participent aux équilibres économiques et écologiques littoraux, lorsqu'elles en font la demande auprès de l'autorité administrative compétente de l'Etat. La liste de ces communes est fixée par décret en Conseil d'Etat, après avis du conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres ". Aux termes de l'article L. 321-2 du code de l'environnement : " Sont considérées comme communes littorales, au sens du présent chapitre, les communes de métropole et des départements d'outre-mer : 1° Riveraines des mers et océans, des étangs salés, des plans d'eau intérieurs d'une superficie supérieure à 1 000 hectares ; 2° Riveraines des estuaires et des deltas lorsqu'elles sont situées en aval de la limite de salure des eaux et participent aux équilibres économiques et écologiques littoraux. La liste de ces communes est fixée par décret en Conseil d'Etat, après consultation des conseils municipaux intéressés ".
9. La commune de Saint-Just ne relevant d'aucune de ces deux hypothèses, ainsi que cela ressort notamment de la consultation du site internet de l'observatoire des territoires, librement accessible tant au juge qu'aux parties, c'est à tort que le maire s'est fondé sur la méconnaissance des dispositions combinées des articles L. 121-8 et L. 121-10 du code de l'urbanisme pour refuser le permis litigieux. Il s'ensuit que le maire de Saint-Just a méconnu le champ d'application de la loi en se fondant sur ces dispositions.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. H et Mme B sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté contesté.
Sur les frais liés au litige :
11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Saint-Just doivent, dès lors, être rejetées.
En revanche, il y a lieu en application de ces dispositions, de mettre à la charge de la commune de Saint-Just le versement d'une somme de 1 500 euros à M. H et Mme B au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 28 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Just a refusé de délivrer un permis de construire à M. H et Mme B est annulé.
Article 2 : La commune de Saint-Just versera à M. H et Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Just au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F H et Mme E B et à la commune de Saint-Just.
Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lison Rigaud, présidente,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère,
M. François Goursaud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
Le rapporteur,
F. Goursaud
La présidente,
L. Rigaud
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
M. D00aj
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026