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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2103414

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2103414

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2103414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantKOUAHOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juillet 2021, Mme A C, représentée par Me Kouahou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour et a prononcé sa réadmission vers l'Italie ou tout autre pays où elle serait légalement admissible ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa demande et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que l'arrêté :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'une erreur de fait quant à l'existence de considérations humanitaires au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, née en 1959 et de nationalité marocaine, déclare être entrée sur le territoire français en octobre 2018 munie d'un titre de séjour délivré par les autorités italiennes et valable jusqu'en 2024. Elle a sollicité le 26 janvier 2021 la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale et au titre de son état de santé. Par un arrêté du 27 avril 2021, dont elle demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour et a prononcé sa réadmission vers l'Italie.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault. Par un arrêté n° 2020/01/1302 du 3 novembre 2020, régulièrement publié et produit en défense, M. D a reçu délégation du préfet, notamment pour " la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas été absent ou empêché à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, M. D étant régulièrement habilité à signer l'arrêté contesté, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chaque décision prononcée, et précise la situation administrative et le parcours de la requérante. Par ailleurs, la seule circonstance que l'arrêté concernant Mme C ne mentionne pas la présence de sa fille de nationalité italienne et de ses deux petites-filles sur le territoire français n'est pas de nature à considérer que le préfet n'en aurait pas tenu compte. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation des arrêtés attaqués doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes du 7° de l'article L. 313-11, devenu L. 423-23, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Mme C soutient être présente sur le territoire français depuis octobre 2018 auprès de sa fille de nationalité italienne et de ses deux petites filles et qu'elle est entièrement prise en charge par sa fille. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme C, qui bénéficie d'un titre de séjour délivré par les autorités italiennes valable jusqu'en 2024 à la suite de la demande de regroupement familiale initiée par sa fille, ne produit aucun document de nature à établir sa présence effective sur le territoire français. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le fils de Mme C vit également en Italie. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en Italie le 29 mai 2009 et que le titre de séjour en cours de validité a été émis le 20 août 2019. Enfin, Mme C ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire français Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée. Il n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle de la requérante et d'une erreur manifeste d'appréciation ainsi qu'une erreur de fait, au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que sa situation ne constituait pas des circonstances humanitaires.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A C, à Me Kouahou et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le rapporteur,

N. B

Le président,

E. Souteyrand La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 20 avril 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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