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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2103517

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2103517

lundi 19 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2103517
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMANYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2021, Mme B A, représentée par Me Manya, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la directrice du centre hospitalier spécialisé Léon Jean Grégory de Thuir a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie à compter du 26 septembre 2019 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier spécialisé Léon Jean Grégory de Thuir de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie à compter du 26 septembre 2019 ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier spécialisé Léon Jean Grégory de Thuir la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission de réforme ;

- le centre hospitalier a commis une erreur manifeste d'appréciation ; elle souffre d'un état dépressif diagnostiqué le 26 septembre 2019, lié au traumatisme des opérations lombaires subies dans les suites de ses accidents de service.

Par des mémoires en défense enregistrés les 19 janvier 2022 et 26 janvier 2023, le centre hospitalier spécialisé Léon Jean Grégory de Thuir, représenté par Me Constans, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L.761 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête n'est pas dirigée contre une décision dès lors que faute d'avoir pu recueillir l'avis du comité médical, il n'avait pas encore statué sur la demande de Mme A ;

- à titre subsidiaire, il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors que postérieurement à son introduction, Mme A a été placée dans la position administrative sollicitée ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;

- et les observations de Me Manya, représentant Mme A, et de Me Galy, représentant le centre hospitalier spécialisé Léon Jean Grégory de Thuir.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, aide-soignante au centre hospitalier spécialisé Léon Jean Grégory de Thuir a été victime d'accidents de service les 9 juin et 17 novembre 2017, à l'origine de douleurs lombaires. Le 24 mai 2018, Mme A est victime d'une rechute reconnue imputable au second accident, puis est opérée le 10 septembre 2018 d'une exérèse d'hernie discale lombaire. Par décision du 14 octobre 2019 le centre hospitalier a fixé la date de consolidation de cet accident au 12 juin 2019 et prononcé le placement de Mme A en congé de maladie ordinaire à compter du 13 juin 2019. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le centre hospitalier sur sa demande du 6 mars 2021 par laquelle elle a sollicité une reconnaissance d'imputabilité au service de l'état dépressif développé dans les suites de ses accidents, à compter du 26 septembre 2019.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Si le centre hospitalier fait valoir que Mme A a été mise dans la position administrative qu'elle a sollicitée, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a été placée, suite à sa demande du 31 août 2021, en congé de longue maladie à compter du 29 mai 2020 pour douze mois, puis en congé de longue durée jusqu'au 28 mai 2023. La requête de Mme A portant sur une demande de reconnaissance d'imputabilité au service de sa pathologie dépressive à compter du 26 septembre 2019 et non seulement sur le placement en congé de longue maladie puis de longue durée, n'a dès lors pas perdu son objet. L'exception de non-lieu à statuer doit dès lors être écartée.

Sur la fin de non-recevoir :

3. Aux termes de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : / () / 5° Dans les relations entre l'administration et ses agents ".

4. Si le centre hospitalier de Thuir fait valoir que la requête n'est pas dirigée contre une décision dès lors que faute d'avoir pu recueillir l'avis des instances médicales, il n'avait pas encore statué sur la demande de Mme A, cette circonstance ne peut être regardée comme faisant échec à l'application des dispositions précitées de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une décision implicite de rejet est née en l'absence de réponse expresse du centre hospitalier de Thuir dans le délai légal de deux mois à compter de la réception du courrier adressé par Mme A le 6 mars 2021. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier doit être écartée.

Sur les conclusions en annulation :

5. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable au litige: " Le fonctionnaire en activité a droit : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 42. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. / () ".

6. Aux termes de l'article 16 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière applicable au litige : " La commission départementale de réforme des agents des collectivités locales est obligatoirement consultée si la maladie provient de l'une des causes prévues au deuxième alinéa du 2° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée. Lorsque l'administration est amenée à se prononcer sur l'imputabilité au service d'une maladie ou d'un accident, elle peut, en tant que de besoin, consulter un médecin expert agréé. La commission de réforme n'est pas consultée lorsque l'imputabilité au service d'une maladie ou d'un accident est reconnue par l'administration. La commission de réforme peut, en tant que de besoin, demander à l'administration de lui communiquer les décisions reconnaissant l'imputabilité. ".

7. Aux termes de l'article 13 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " La demande d'inscription à l'ordre du jour de la commission est adressée au secrétariat de celle-ci par l'employeur de l'agent concerné. / L'agent concerné peut également adresser une demande de saisine de la commission à son employeur, qui doit la transmettre au secrétariat de celle-ci dans un délai de trois semaines ; le secrétariat accuse réception de cette transmission à l'agent concerné et à son employeur ; passé le délai de trois semaines, l'agent concerné peut faire parvenir directement au secrétariat de la commission un double de sa demande par lettre recommandée avec accusé de réception ; cette transmission vaut saisine de la commission. / La commission doit examiner le dossier dans le délai d'un mois à compter de la réception de la demande d'inscription à l'ordre du jour par son secrétariat. Ce délai est porté à deux mois lorsqu'il est fait application de la procédure prévue au deuxième alinéa de l'article 16. Dans ce cas, le secrétariat de la commission notifie à l'intéressé et à son employeur la date prévisible d'examen de ce dossier ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 16 de ce même arrêté, la commission de réforme " peut faire procéder à toutes mesures d'instructions, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires ".

8. Il résulte des dispositions précitées que la question de l'imputabilité au service d'un accident ou d'une maladie professionnelle doit donner lieu, lorsque l'administration envisage d'en refuser la reconnaissance, à un avis de la commission de réforme. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que par courrier du 6 mars 2021 adressé au centre hospitalier de Thuir, Mme A a sollicité la saisine de la commission de réforme en vue de faire reconnaître l'imputabilité au service de l'état dépressif dont elle se prévaut à compter du 26 septembre 2019. L'administration, qui disposait d'un délai de deux mois pour statuer sur sa demande, l'a toutefois implicitement rejetée au terme de ce délai sans recueillir préalablement l'avis de la commission de réforme, privant l'intéressée d'une garantie. Si le centre hospitalier affirme que la commission de réforme a été saisie, il ressort des pièces du dossier que la séance du 23 septembre 2021, postérieure à la décision de rejet implicite, a porté sur une demande de placement en congé de longue maladie présentée par Mme A le 31 août 2021 pour laquelle la commission s'est déclaré incompétente. Il s'ensuit que la décision implicite par laquelle la directrice du centre hospitalier spécialisé de Thuir a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de Mme A est entachée d'un vice de procédure et que le moyen doit être accueilli.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la décision implicite par laquelle la directrice du centre hospitalier spécialisé de Thuir a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de Mme A doit être annulée, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Il résulte des dispositions citées aux points 5 à 7 que l'avis de la commission de réforme, remplacée par le conseil médical, contribuant à la garantie que la décision prise le sera de façon éclairée, quand bien même cet avis n'est que consultatif, en l'absence d'avis de la commission dans le délai de deux mois, ou dans le délai de trois mois en cas d'application de la procédure prévue au deuxième alinéa de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004, l'administration doit, à l'expiration de l'un ou l'autre, selon le cas, de ces délais, placer, à titre conservatoire, le fonctionnaire en position de congé maladie à plein traitement, sauf si elle établit qu'elle se trouvait, pour des raisons indépendantes de sa volonté, dans l'impossibilité de recueillir l'avis de la commission de réforme.

11. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que la directrice du centre hospitalier de Thuir réexamine, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement, la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de la pathologie de Mme A à compter du 26 septembre 2019, le cas échéant après saisine du conseil médical, et place Mme A dans une position administrative conforme à celle résultant des dispositions énoncées au point 10.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier spécialisé de Thuir demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du centre hospitalier spécialisé de Thuir une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

DECIDE:

Article 1er : La décision implicite par laquelle la directrice du centre hospitalier spécialisé Léon Jean Grégory de Thuir a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier spécialisé Léon Jean Grégory de Thuir de réexaminer, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement, la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de la pathologie de Mme A à compter du 26 septembre 2019, le cas échéant après saisine du conseil médical, et de placer Mme A dans une position administrative conforme à celle résultant des dispositions énoncées au point 10.

Article 3 : Le centre hospitalier spécialisé Léon Jean Grégory de Thuir versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions du centre hospitalier spécialisé Léon Jean Grégory de Thuir présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier spécialisé Léon Jean Grégory de Thuir.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2023 à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2023.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

D.Besle

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 20 juin 2023.

Le greffier,

S. Sangarégm

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