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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2103658

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2103658

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2103658
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP CALAUDI - BEAUREGARD - MOLINIER- TRIBOUL MAILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2021, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Réseau éducatif solidaire et d'urgence, représentée par Me Chauffour, mandataire liquidateur, et Me Calaudi, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Boisseron à lui payer la somme de 32 632,23 euros en réparation du préjudice résultant de l'illégalité de l'arrêté du 28 novembre 2013 par lequel le maire de cette commune a prescrit la fermeture de l'établissement qu'elle exploitait sur le territoire communal ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Boisseron la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement du tribunal administratif de Montpellier du 10 novembre 2015 ayant reconnu l'illégalité de l'arrêté du 28 novembre 2013, elle est fondée à demander l'indemnisation du préjudice qui en résulte ;

- elle justifie de la réalité d'un préjudice correspondant aux dépenses de travaux exposées en pure perte pour satisfaire aux exigences de la commune de Boisseron, s'élevant à 1 238,70 euros s'agissant de la fourniture et la pose d'un système d'alarme, à 26 314,39 euros s'agissant de la mise en place d'un système de détection d'incendie, à 303,19 euros s'agissant de la fourniture d'extincteurs, à 976,92 euros s'agissant de la maintenance de ces équipements, à 1 310,05 euros et 2 443,98 euros s'agissant de la fourniture de portes sécurisées et de la fourniture de serrures sécurisées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2021, la commune de Boisseron, représentée par Me d'Albenas, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de l'EURL Réseau éducatif solidaire et d'urgence sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la créance que la requérante estime détenir sur la commune était frappée de prescription à la date de la réclamation préalable ;

- subsidiairement, il n'existe pas de lien de causalité direct entre le préjudice invoqué et l'illégalité entachant l'arrêté du 28 novembre 2013.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Verguet, rapporteur,

- les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique,

- et les observations de Me d'Albenas, représentant la commune de Boisseron.

Considérant ce qui suit :

1. Le maire de Boisseron a pris le 28 novembre 2013 un arrêté prononçant la fermeture au public, à compter du 31 décembre 2013, de l'établissement, situé 71 rue Cantagril sur le territoire communal, exploité par l'EURL Réseau éducatif solidaire et d'urgence. Par un jugement n° 1305982 du 10 novembre 2015, devenu définitif, le tribunal administratif de Montpellier a prononcé l'annulation, pour excès de pouvoir, de cet arrêté. L'EURL Réseau éducatif solidaire et d'urgence, représentée par son mandataire liquidateur, demande la condamnation de la commune de Boisseron à lui payer la somme de 32 632,23 euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité de l'arrêté du 28 novembre 2013.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Le jugement du 10 novembre 2015 a prononcé l'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2013 pour le motif qu'il a été pris au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence de mise en œuvre de la procédure contradictoire préalable prévue par les dispositions de l'article 24 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations.

3. Si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'administration, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, la même décision aurait pu légalement être prise.

4. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que l'arrêté du 28 novembre 2013 est notamment fondé sur le motif que l'EURL Réseau éducatif solidaire et d'urgence avait déclaré être dans l'impossibilité d'effectuer les travaux de mise en conformité mentionnés dans le procès-verbal de la visite de contrôle effectuée le 20 mai 2011 par la commission consultative départementale de sécurité et d'accessibilité. Dès lors que l'établissement situé à Boisseron était ainsi exploité en méconnaissance des règles en matière de protection contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public, le maire de cette commune pouvait à bon droit, pour ce seul motif, ordonner sa fermeture sur le fondement des dispositions de l'article R. 123-52 du code de la construction et de l'habitation alors applicables. L'arrêté du 28 novembre 2013 aurait donc pu légalement être pris en l'absence du vice de procédure tenant à la méconnaissance des dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000. Par suite, l'illégalité de cet arrêté, retenue par le jugement du 10 novembre 2015, ne saurait engager la responsabilité de la commune.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'exception de prescription de la créance opposée par la commune de Boisseron, que les conclusions indemnitaires présentées par l'EURL Réseau éducatif solidaire et d'urgence doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Boisseron, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par l'EURL Réseau éducatif solidaire et d'urgence et non compris dans les dépens.

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Boisseron au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de l'EURL Réseau éducatif solidaire et d'urgence est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Boisseron au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Me Chauffour, mandataire liquidateur de l'EURL Réseau éducatif solidaire et d'urgence, et à la commune de Boisseron.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Charvin, président,

- M. Verguet, premier conseiller,

- Mme Couégnat, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

Le rapporteur,

H. VerguetLe président,

J. Charvin

La greffière,

L. Salsmann

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 31 janvier 2023.

La greffière,

L. Salsmann

Ls

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