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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2103810

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2103810

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2103810
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationVice-Président ENCONTRE
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2021 et complétée le 23 septembre 2021et un mémoire enregistré le 30 juin 2022, Mme E A C, représentée par Me Berry, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 octobre 2020 par laquelle la commission de médiation de l'Hérault a rejeté sa demande de logement présentée le 8 juillet 2020 dans le cadre des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux du 2 mars 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de la reloger dans un logement de type T5 situé sur Montpellier dans les meilleurs délais à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, à verser à son conseil au titre des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commission de médiation n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur fait dès lors que la commission de médiation a retenu qu'elle n'avait pas produit son avis d'imposition à l'impôt sur le revenu, alors qu'elle ne lui a pas demandé de fournir cette pièce, qui n'est, en tout état de cause, pas au nombre des pièces qui doivent obligatoirement être fournies à l'appui du recours amiable ; au surplus, il lui a été reproché de ne pas avoir fourni l'avis d'imposition de l'année 2019 alors que sa demande devait être examinée au regard de l'avis d'imposition de l'année 2020 ;

- elle doit être reconnue comme prioritaire et devant être relogée d'urgence dès lors qu'elle n'a pas reçu de proposition de logement dans un délai anormalement long, que le logement qu'elle occupe est en situation de suroccupation, qu'il est affecté de signes d'indécence qui ont été constatés, l'installation électrique présentant un danger grave et imminent pour les occupants, ce qui ne permet pas d'attendre la réalisation des travaux par le propriétaire dans un délai de 18 mois, qu'en raison de l'humidité du logement, son plus jeune fils et elle-même ont développé de l'asthme et qu'en outre, un congé pour vente lui a été signifié par sa propriétaire le 21 janvier 2021.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 4 octobre 2021, et un mémoire complémentaire, enregistré le 23 juin 2022, le préfet de l'Hérault conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requérante a été reconnue prioritaire et a signé un bail le 30 mai 2022.

- la commission n'a pas commis d'erreur de droit en rejetant la demande de Mme A C alors même qu'aucune proposition de logement ne lui a été soumise dans un délai anormalement long ;

- le logement occupé par la requérante, d'une surface de 53 m², ne se trouve pas en situation de suroccupation dès lors que le foyer est composé de six personnes ; la configuration du logement et la circonstance qu'un quatrième enfant est à naître sont sans incidence sur ce critère ;

- le bailleur de la requérante a réalisé une partie des travaux nécessaires pour remédier à l'indécence du logement, constatée par un rapport du 14 septembre 2020 du service communal d'hygiène et de santé de la ville de Montpellier ; en outre, le bailleur disposait d'un délai de dix-huit mois pour remédier aux désordres constatés ;

- les certificats médicaux produits ne sont pas circonstanciés ;

- la commission de médiation s'est livrée à un examen complet de la situation de Mme A C ;

- la situation de la requérante n'est pas urgente dès lors qu'un congé pour vente n'équivaut pas à une expulsion ;

- le recours amiable de Mme A C auprès de la commission de médiation présente certaines incohérences et font douter de sa bonne foi.

Mme A C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Mme B, représentant le préfet,

- les observations de Me Berry, représentant Mme A C.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme A C demande l'annulation de la décision du 6 octobre 2020, par laquelle la commission de médiation du département de l'Hérault a rejeté sa demande de logement social présentée le 8 juillet 2020, et de la décision portant rejet de son recours gracieux du 2 mars 2021.

2. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement sur-occupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap (). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte des démarches précédemment effectuées. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : () -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-14 ; - -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées au 2° de l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale () ". Aux termes de l'article R. 822-25 du même code : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitat et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Toutefois, dans le cas d'une personne se prévalant de ce qu'elle a présenté une demande de logement social et n'a pas reçu de proposition adaptée dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4, la commission peut refuser de reconnaître que la demande présente, à ce titre, un caractère prioritaire et urgent, en se fondant sur la circonstance que cette personne dispose déjà d'un logement. Elle ne peut toutefois légalement opposer ce motif que si le logement occupé est adapté à ses besoins. Pour apprécier si le logement occupé est adapté aux besoins du demandeur, il y a lieu de prendre en compte, d'une part, ses caractéristiques, le montant de son loyer et sa localisation, d'autre part, tous les éléments relatifs aux occupants du logement, comme une éventuelle situation de handicap, qui sont susceptibles de le rendre inadapté aux besoins du demandeur.

4. Si Mme A C soutient n'avoir reçu aucune proposition de logement dans un délai excédant le délai de 36 mois fixé par arrêté préfectoral en application de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, il résulte des dispositions précitées que l'appartenance à l'une des catégories mentionnées par les dispositions législatives précitées ne suffit pas à elle seule à rendre éligible la demande de logement. Il en résulte que la commission de médiation du département de l'Hérault pouvait, sans commettre d'erreur de droit, examiner la situation d'ensemble de la requérante au regard notamment des conditions dans lesquelles elle est logée.

5. Pour rejeter la demande de Mme A C, la commission de médiation s'est fondée sur l'absence de production de l'avis d'imposition sur les revenus de 2019 de la belle-mère de l'intéressée, mentionnée au sein de son foyer, ne permettant pas de vérifier le respect des conditions réglementaires pour l'accès à un logement social, et sur le fait que Mme A C ne justifiait pas d'une urgence à voir sa situation reconnue comme prioritaire compte tenu de la surface du logement occupé, de la réalisation des travaux électriques et de la demande faite au bailleur de mettre en conformité le logement par la caisse d'allocations familiales.

6. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission de médiation n'aurait pas pris en compte l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante, notamment au regard de l'ancienneté de sa demande de logement social et de la composition de son foyer.

7. En deuxième lieu, Mme A C soutient que la commission de médiation ne lui a jamais demandé de produire les avis d'imposition à l'impôt sur le revenu des membres majeurs de son foyer, notamment sa belle-mère. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que la requérante occupe un appartement présentant une surface habitable de 53 m², supérieure à la superficie réglementaire minimale de 52 m² pour six personnes. Elle ne peut, par ailleurs, utilement invoquer la typologie de son logement, et notamment l'insuffisance de chambres, la configuration du logement ne constituant pas un critère de suroccupation au sens de l'article R. 822-25 précité et la circonstance que Mme A C était enceinte à la date des décisions attaquées est sans incidence sur l'appréciation de la composition du foyer de la requérante à ces dates.

8. En troisième lieu, il est constant que le service d'hygiène et de santé de la ville de Montpellier, en partenariat avec la caisse d'allocations familiales, a constaté, lors d'une visite des lieux le 14 septembre 2020, des signes d'indécence du logement occupé par Mme A C, en particulier des signes d'humidité et une non-conformité du système électrique. Cependant, il ressort des pièces du dossier que le bailleur a remédié aux désordres affectant l'installation électrique et il ne ressort pas des mêmes pièces qu'il se serait opposé à réaliser les autres travaux prescrits. Par ailleurs, les certificats médicaux produits au dossier ne sont pas suffisamment circonstanciés pour caractériser une urgence à reloger la requérante.

9. En dernier lieu, la requérante, qui produit au dossier le congé pour vente donné par son bailleur le 21 janvier 2021, ne justifie pas que son expulsion aurait été ordonné par une décision de justice.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A C ne justifie pas d'une situation d'urgence susceptible de conférer un caractère prioritaire à sa demande de logement social au regard des critères fixés par des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Il s'ensuit qu'elle n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Dès lors qu'en mai 2022, la requérante s'est vu proposer un logement social qu'elle a accepté, les conclusions à fin d'injonction sont, en tout état de cause, devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas à l'instance la partie perdante, la somme réclamée sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation présentée par Mme A C et les conclusions présentées au titre des l'articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction de la requête.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A C, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à Me Berry.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

La magistrate désignée,

S. D

La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 25 juillet 2022,

La greffière,

C. Arce lr

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