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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2103831

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2103831

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2103831
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationVice-Président ENCONTRE
Avocat requérantAMOURETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2021, M. D C, représenté par Me Amourette, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 novembre 2020 par laquelle la commission de médiation de l'Hérault a rejeté sa demande de logement social présentée dans le cadre des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui proposer un logement adapté à ses besoins et ses capacités ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de condamner le département de l'Hérault au paiement de la somme de 1 350 euros toutes taxes comprises, à verser à son conseil en application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sauf erreur ou omission, la commission de médiation avait connaissance, à la date de la décision attaquée, de l'ordonnance de référé du 14 octobre 2020 prononçant son expulsion ;

- son refus d'une précédente offre de logement était légitime dès lors qu'il était motivé non pas par des raisons géographiques mais par le fait que la zone dans laquelle se trouve le logement proposé ne présente pas suffisamment de garanties de sécurité pour assurer la protection de l'intégrité des membres de sa famille.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2021, et un mémoire complémentaire, enregistré le 23 juin 2022, le préfet de l'Hérault conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le requérant a été reconnu prioritaire et devant être relogé d'urgence par la commission de médiation de l'Hérault le 5 avril 2022 et il a signé un bail le 23 mai 2022 ;

- les conclusions de la requête dirigées contre le département de l'Hérault sont irrecevables ;

- le recours gracieux formé par M. C ayant été rejeté par une décision expresse, l'intéressé n'est pas recevable à invoquer une décision implicite de rejet ;

- la commission n'a pas commis d'erreur de droit en rejetant la demande de M. C dès lors que ce dernier a refusé une proposition adaptée sans motif légitime ;

- si une décision de justice a prononcé l'expulsion du requérant, sa situation ne présente pas un caractère d'urgence dès lors qu'il n'a pas accordé le concours de la force publique et que l'intéressée a été relogé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle total par une décision du 16 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Mme A, représentant le préfet,

- les observations de Me Amourette, représentant M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée lors de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de la décision du 10 novembre 2020 par laquelle la commission de médiation du département de l'Hérault a rejeté sa demande de logement social présentée le 24 août 2020.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 16 août 2021. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement sur-occupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap (). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte des démarches précédemment effectuées. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : () : avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; () ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitat et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

5. Il appartient à la commission de médiation, qui, pour instruire les demandes qui lui sont présentées en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, peut obtenir des professionnels de l'action sociale et médico-sociale, au besoin sur sa demande, les informations propres à l'éclairer sur la situation des demandeurs, de procéder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à un examen global de la situation de ces derniers au regard des informations dont elle dispose, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s'ils se trouvent dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnus prioritaires et devant être relogés en urgence au titre du premier ou du deuxième alinéa du II de l'article L. 441-2-3. Le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur le fondement d'un autre alinéa du II de l'article L. 441-2-3 que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter le recours amiable présenté par M. C le 24 août 2021, la commission de médiation a constaté que, si M. C avait été assigné à comparaître devant le tribunal d'instance de Montpellier le 23 septembre 2020 dans le cadre d'une procédure d'expulsion, elle n'avait pas été informée de la décision rendue par cette juridiction et a relevé que l'intéressé avait refusé en 2019 une proposition pour un logement de type T3 situé à Montpellier en raison de sa situation géographique, ce qui ne constitue pas un motif légitime de refus. Toutefois, dès lors que M. C produit au dossier l'ordonnance rendue par le juge des contentieux de la protection le 14 octobre 2020 prononçant son expulsion à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la signification du commandement de quitter les lieux, en ordonnant la communication de sa décision au représentant de l'Etat dans le département, il justifie qu'il se trouvait, à la date de la décision attaquée, dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence, alors même qu'il avait refusé, sans motif légitime, le logement adapté à ses besoins et à ses capacités qui lui avait été proposé en 2019. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation et, par suite, à en demander l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Dès lors que M. C a été reconnu comme étant prioritaire et devant être relogé d'urgence par une décision en date du 5 avril 2022 de la commission de médiation de l'Hérault et qu'il a accepté le logement qui lui a été proposé le 23 mai 2022, les conclusions à fin d'injonction de la requête sont devenues sans objet.

Sur les frais d'instance :

8. Les conclusions de la requête présentées au titre des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 tendant à ce que la somme de 1 350 euros soit mise à la charge du département de l'Hérault, qui n'est pas partie à l'instance, sont mal dirigées et sont donc irrecevables. Elles ne peuvent par suite qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision susvisée du 10 novembre 2020 est annulée.

Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction de la requête.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à Me Amourette.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

La magistrate désignée,

S. B

La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 25 juillet 2022,

La greffière,

C. Arce dl

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