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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2103921

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2103921

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2103921
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantDE GUARDIA-DEPONTE CYRIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juillet 2021 et 2 février 2023, Mme C B, représentée par Me De Guardia de Ponte, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 février 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Montpellier a confirmé son admission à la retraite pour limite d'âge au 12 juillet 2018 et a refusé de lui accorder une prolongation d'activité de 5 mois et demi pour carrière incomplète, ensemble la décision rejetant implicitement son recours gracieux formé le 26 mars 2021 ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Montpellier de procéder à sa réintégration juridique dans le corps des attachés d'administration de l'Etat pour la période comprise entre le 14 juillet et le 31 décembre 2018, de lui accorder la prolongation d'activité sollicitée et de l'admettre à la retraite à compter du 1er janvier 2019 ;

3°) de condamner l'Etat à titre principal, à lui verser la somme de 3 491,82 euros, à parfaire, avec application des intérêts au taux légal à compter du 17 août 2018 en réparation du préjudice financier subi du fait de la perte d'activité et du traitement correspondant pour la période comprise entre le 15 juillet et le 31 décembre 2018, de lui verser la somme de 10 000 euros avec application des intérêt au taux légal à compter du 14 juillet 2018 en réparation du préjudice moral subi, ou à titre subsidiaire, de lui verser la somme globale de 25 872 euros en réparation du manque à gagner résultant d'une perte de chance sur la période compris entre août 2018 et août 2040 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision du 12 février 2021 :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- l'avis du président de l'université est illégal ; il est entaché d'incompétence, d'erreur de fait, d'erreur de qualification juridique des faits, d'un défaut de base légale, d'une violation de la loi d'un détournement de pouvoir et de procédure ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que la rectrice n'a pas, dans le cadre de son réexamen, procéder à une appréciation d'ensemble de sa situation ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle méconnait les droits de la défense.

S'agissant de la décision implicite portant rejet de son recours gracieux :

- elle est entachée d'erreur de droit ;

S'agissant des préjudices subis :

- elle a subi un préjudice financer à hauteur de 3 491,82 euros à parfaire correspondant à la différence entre le montant net de sa pension de retraite et le montant de son traitement net en juin 2018 pour la période comprise entre le 14 juillet et le 31 décembre 2018 ;

- elle a subi une perte de chance sérieuse à hauteur de 1332 euros par an soit un montant global de 29 304 euros d'août 2018 à août 2040 ;

- elle a subi un préjudice moral évalué à la somme de 10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2022, la rectrice de l'académie de Montpellier conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu :

- le jugement du tribunal administratif de Montpellier du 30 décembre 2020 sous le n° 1900223 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, attachée principale d'administration affectée à l'université de Perpignan, a sollicité, le 7 juin 2018, une prolongation d'activité pour cinq mois et demi pour carrière incomplète sur le fondement de l'article 1-1 de la loi n°84-834 du 13 septembre 1984. Après un avis défavorable du président de l'université de Perpignan du 21 juin 2018, la rectrice de l'académie de Montpellier a, par courrier du 26 juin 2018, refusé la prolongation pour carrière incomplète sollicitée et l'a en conséquence informée de son admission à la retraite à compter du 1er juillet 2018, en lui transmettant un arrêté en ce sens daté du 22 juin 2018. Par jugement du 30 décembre 2020, sous le n° 1900223, le tribunal de céans a prononcé l'annulation de cette décision pour défaut de motivation et a enjoint à la rectrice de procéder au réexamen de la demande de Mme B. Par décision du 12 février 2021 la rectrice a, à nouveau, refusé la prolongation pour carrière incomplète sollicitée et a en conséquence confirmé son admission à la retraite à compter du 1er juillet 2018. Mme B a formé un recours hiérarchique contre cette dernière décision, qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de la décision du 12 février 2021 de la rectrice de l'académie de Montpellier, ensemble la décision de rejet implicite opposée à son recours hiérarchique, ainsi que l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de leur illégalité fautive.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 7° Refusent une autorisation () ". Il résulte de l'article L. 211-5 du même code que la motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. L'article L. 232-4 du code précité dispose que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".

3. D'autre part, aux termes de ceux de l'article 1-1 de la loi du 13 septembre 1984 relative à la limite d'âge dans la fonction publique et le secteur public issue de la loi n°2003-775 du 21 août 2003 portant réforme des retraites: " Sous réserve des droits au recul des limites d'âge reconnus au titre des dispositions de la loi du 18 août 1936 concernant les mises à la retraite par ancienneté, les fonctionnaires dont la durée des services liquidables est inférieure à celle définie à l'article L. 13 du code des pensions civiles et militaires de retraite peuvent, lorsqu'ils atteignent les limites d'âge applicables aux corps auxquels ils appartiennent, sur leur demande, sous réserve de l'intérêt du service et de leur aptitude physique, être maintenus en activité. La prolongation d'activité prévue à l'alinéa précédent ne peut avoir pour effet de maintenir le fonctionnaire concerné en activité au-delà de la durée des services liquidables prévue à l'article L. 13 du même code ni au-delà d'une durée de dix trimestres. ". La décision par laquelle l'autorité administrative refuse de faire droit à une demande de maintien en activité présentée en application des dispositions précitées doit être regardée comme un refus d'autorisation, au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, et soumise comme telle à l'obligation de motivation.

4. En l'espèce, la décision contestée du 12 février 2021 rejette la demande de prolongation d'activité de Mme B par le seul motif de l'intérêt du service, après avoir rappelé les dispositions de l'article 1-1 de la loi n°84-834 du 13 septembre 1984 et l'article 69 de celle du 21 août 2003. En particulier, la rectrice précise que le maintien en fonction d'un fonctionnaire qui refuse explicitement de travailler est contraire à l'intérêt du service. Enfin, elle poursuit que, compte tenu des refus systématiques d'effectuer les taches confiées, rien ne permet de penser que la situation puisse évoluer favorablement. Dans ces conditions, et alors même que la requérante conteste l'appréciation ainsi portée sur sa manière de servir, la décision attaquée répond à l'exigence légale de motivation formelle, précisant suffisamment les motifs de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. En l'espèce, l'avis porté par le président de l'université de Perpignan, où Mme B était affectée en dernier lieu, est une mesure préparatoire à la décision en litige et ne constitue, donc, pas sa base légale. La décision en litige n'en est pas davantage une mesure d'application de cet avis. Dans ces conditions, Mme B ne peut utilement par la voie de l'exception contester la légalité de cet avis. Par suite, et en tout état de cause, les moyens tirés de ce que cet avis est entaché d'incompétence, d'erreur de fait, d'erreur de qualification juridique des faits, d'un défaut de base légale, d'une violation de la loi et d'un détournement de pouvoir et de procédure doivent être écartés comme inopérants.

6. En troisième lieu, Mme B conteste l'appréciation ainsi portée par le président de l'université à son encontre. En particulier, elle fait valoir qu'à compter de 2016, elle a été victime de manœuvres de déstabilisation et a été progressivement mise au placard au point que plus aucune tâche ne lui était confiée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment d'un courriel du 7 mars 2018, que Mme B a refusé d'accomplir des tâches confiées par sa hiérarchie. Si elle explique le contexte de ces refus par le fait qu'on lui a retiré les fonctions de responsable du service des affaires générales et juridiques à compter du 1er septembre 2016, puis qu'il lui a été proposé d'exercer en qualité de conseillère juridique ressources humaines dans le service de la DGS à compter de cette même date et que 18 mois plus tard on lui enjoint d'exercer des fonctions analogues à celles assurées entre septembre 2010 et août 2016 sans les responsabilités afférentes et avec une perte de rémunération, elle ne conteste pas sérieusement les refus de réaliser des tâches confiées. Par suite, l'avis du président de l'université sur le fondement duquel la rectrice a apprécié l'intérêt de service à l'autoriser à prolonger son activité au-delà de la limite d'âge n'est pas entaché d'erreur de fait. Dans ces conditions, Mme B ne démontre pas davantage que la décision serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de l'intérêt du service à refuser de prolonger son activité au-delà de la limite d'âge.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la rectrice se serait estimée en compétence liée par l'avis simple du président de l'université pour refuser la demande de prolongation d'activité faite par Mme B. Le moyen tiré de l'erreur de droit en ce sens doit, donc, être écarté.

8. En cinquième lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 5 et 6, le moyen tiré de l'absence de base légale à la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

9. En sixième lieu, le fonctionnaire atteint par la limite d'âge qui lui est applicable sans disposer du nombre de trimestres nécessaires pour obtenir le pourcentage maximum de la pension civile de retraite ne dispose d'aucun droit acquis à être maintenu en activité en application des dispositions précitées de l'article 1-1 de la loi du 13 septembre 1984 relative à la limite d'âge dans la fonction publique et le secteur public. Il en résulte qu'alors même que la décision de ne pas le maintenir en activité au-delà de la limite d'âge est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il est appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne, elle n'est pas au nombre des mesures qui ne peuvent légalement intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de faire valoir ses observations ou de prendre connaissance de son dossier, et n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et les règlements. Dans ces conditions, en se bornant à invoquer la violation des droits de la défense sans se prévaloir d'une méconnaissance d'une règle précise, Mme B ne met pas le tribunal à même d'apprécier le bien-fondé de son moyen.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 12 février 2021. Par voie de conséquence, elle n'est pas davantage fondée à demander l'annulation de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions indemnitaires :

11. En l'absence d'illégalité fautive, Mme B n'est pas fondée à demander l'engagement de la responsabilité de l'Etat à son égard et de procéder à la réparation des préjudices financiers et moraux qu'elle estime avoir subis. Par suite, les conclusions indemnitaires qu'elle présente doivent également être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige:

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du rectorat de l'académie de Montpellier, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la rectrice de l'académie de Montpellier.

Copie en sera adressée pour information à l'université de Perpignan Via Domitia.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Philippe Gayrard, président,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

Mme Brigitte Pater, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

La rapporteure,

I. ALe président,

J-Ph. Gayrard

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 1er décembre 2023.

La greffière,

B. Flaesch

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