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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104079

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104079

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104079
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantBECQUE - DAHAN - PONS-SERRADEIL CALVET - REY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 août 2021 et le 2 septembre 2022, M. D C, représenté par la SCP Vial-Pech de Laclause, Escale-Knoepffler-Huot-Piret-Joubes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° DCM-2021-043 du 1er juin 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune d'Espira de l'Agly a prononcé le déclassement du stade municipal situé sur la parcelle cadastrée AL 410 rue Thiers.

2°) de mettre à la charge de la commune d'Espira-de-l'Agly la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la convocation des conseillers municipaux ne mentionnait pas la désaffectation du stade en méconnaissance de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales ;

- son droit d'expression en qualité de conseiller municipal, prévu par l'article L. 2121-7 du code général des collectivités territoriales, a été méconnu dès lors qu'il n'a pu s'exprimer que pendant trois minutes lors de la séance ;

- la délibération méconnaît l'article L. 2141-1 du code général de la propriété des personnes publiques dès lors que le stade demeure affecté à l'usage direct du public.

Par des mémoires en défense enregistrés les 17 mai et 3 octobre 2022, la commune d'Espira-de-l'Agly, représentée par Me Pons-Serradeil, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, à titre principal, que la requête de M. C est irrecevable faute d'être accompagnée de l'acte attaqué et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Souteyrand, président-rapporteur,

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public,

- et les observations de Me Agier pour M. C et de Me Calvet pour la commune d'Espira de l'Agly.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est un élu de l'opposition du conseil municipal de la commune d'Espira de l'Agly. Par la présente requête, il demande l'annulation de la délibération du 1er juin 2021 par laquelle le conseil municipal de cette commune a prononcé le déclassement du stade municipal situé sur la parcelle cadastrée AL 410 rue Thiers.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 412-1 al 1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C a produit, dans son mémoire en réplique et avant la clôture de l'instruction fixée par ordonnance au 5 septembre à 12h00, la décision attaquée dont il avait au demeurant demandé sans succès la communication. Par suite, il n'y a pas lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée tiré du défaut de production de la délibération attaquée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 2141-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Un bien d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1, qui n'est plus affecté à un service public ou à l'usage direct du public, ne fait plus partie du domaine public à compter de l'intervention de l'acte administratif constatant son déclassement ". La décision portant déclassement d'un bien appartenant au domaine public emporte nécessairement constat de la désaffectation de ce bien, laquelle ne nécessite pas au préalable l'adoption d'un acte la constatant.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse ".

6. Il résulte des termes de la convocation adressée aux conseillers municipaux que l'ordre du jour du conseil municipal du 1er juin 2021 comprenait un point " 6. Déclassement de l'ancien stade municipal du domaine public ". Alors qu'il résulte de l'article L. 2141-1 du code général de la propriété des personnes publiques précité que la légalité de l'acte administratif de déclassement est subordonnée à la constatation de la désaffectation du bien concerné, cette dernière condition doit être regardée comme nécessairement incluse dans l'examen de la question du déclassement inscrite à l'ordre du jour. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la convocation au conseil municipal du 1er juin 2021 aurait dû également mentionner, outre le déclassement, la désaffectation du stade. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales ne peut par suite qu'être écarté.

7. En second lieu, il résulte des dispositions des articles L 2121-7 et suivants du code général de collectivités territoriales, et notamment des articles L. 2121-29 et L. 2121-12 de ce code, que les conseillers municipaux ont un droit à l'expression pour les affaires inscrites avec débat à l'ordre du jour du conseil municipal.

8. En l'espèce, M. C fait valoir qu'il a été interrompu après n'avoir pu s'exprimer que durant trois minutes durant la séance du conseil municipal du 1er juin 2022. Toutefois, s'il résulte des pièces du dossier, en particulier de l'extrait du procès-verbal de la séance, que le maire, dans le cadre de son pouvoir de direction des débats, a mis un terme à sa prise de parole, il résulte de ce même procès-verbal que M. C a pu développer une argumentation relative tant à la procédure de déclassement du stade en litige qu'à la réalité de sa désaffectation. Dès lors que M. C doit ainsi être regardé comme ayant suffisamment pu exprimer son avis, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à l'expression du conseiller municipal doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques: " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public. ".

10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, d'une part, qu'un nouveau stade accueille désormais les manifestations sportives et le public et, d'autre part, qu'aucun des aménagements de nature à permettre de poursuivre l'accueil du public n'a été réalisé dans le stade situé rue Thiers. En outre, si M. C soutient que la désaffectation ne serait que temporaire et résulterait de l'absence de volonté de la commune d'Espira de l'Agly de l'entretenir, il est constant que ce stade n'est plus utilisé depuis plusieurs mois. Dans ces conditions, la délibération attaquée a pu, sans méconnaître les dispositions citées au point 9. précédent, constater cette désaffectation de fait dudit stade. Par suite, alors que M. C n'établit pas que la désaffectation serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, le conseil municipal a pu, sans erreur de droit, prononcer le déclassement du stade municipal en litige.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 1er juin 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune d'Espira de l'Agly a prononcé le déclassement du stade municipal situé sur la parcelle cadastrée AL 410 rue Thiers.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune d'Espira de l'Agly, qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Espira de l'Agly et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera à la commune d'Espira de l'Agly une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la commune d'Espira-de-l'Agly.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

M. Huchot, premier conseiller,

Mme Lesimple première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

E. Souteyrand

L'assesseur le plus ancien,

M. BLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 3 novembre 2022.

La greffière,

M. A

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