jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2104119 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SERGENT CHLOE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 août 2021, M. A B, représenté par
Me Sergent, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 mai 2021 par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales, sous astreinte de 100 euros à compter de la notification du jugement, d'enregistrer sa demande de titre de séjour et lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à séjourner et travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que la décision :
- est entachée d'un vice d'incompétence car il n'est pas établi que la personne présente au guichet de la préfecture avait délégation pour décider de refuser l'enregistrement de sa demande ;
- rendue oralement, n'a pas été motivée par écrit ;
- est entachée d'une erreur de droit puisque son dossier était complet, son épouse n'ayant pas à établir qu'elle travaille puisqu'elle est de nationalité française et elle a acquis, en tout état de cause, un droit au séjour permanent en qualité de ressortissante communautaire ;
- est entachée d'une seconde erreur car le préfet devait étudier sa demande en qualité de parent d'enfant français ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle car il ne peut justifier de la régularité de son séjour et il ne peut travailler.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 août 2021, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'est pas matériellement établi que M. B ait fait l'objet d'un refus de séjour ;
- le requérant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour et celle-ci fait obstacle au dépôt d'une nouvelle demande de titre de séjour ;
- il était fondé à solliciter des informations complémentaires sur les ressources de la concubine de M. B puisque son droit au séjour dépend de celui de sa compagne et des ressources de celle-ci ;
- M. B n'établit pas subvenir aux besoins de son enfant et il ne peut prétendre à un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 19 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lesimple, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né en 1995, soutient que sa demande de titre de séjour a fait l'objet d'un refus verbal d'enregistrement par le préfet des Pyrénées-Orientales le 11 mai 2021. Il demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision :
2. En premier lieu, si le préfet conteste la matérialité des faits allégués par le requérant, ce dernier produit la confirmation de son rendez-vous en préfecture, un formulaire de dépôt d'une demande de titre de séjour accompagné de plusieurs pièces justificatives de sa situation familiale et professionnelle ainsi qu'une attestation de sa concubine confirmant sa présence sur place et le refus d'enregistrement opposé en préfecture. Dans ces conditions, M. B établit avoir fait l'objet, le 11 mai 2021, d'un refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour.
3. En deuxième lieu, en vertu des articles R. 431-2 et R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande de titre de séjour doit s'effectuer, selon sa nature, au moyen d'un téléservice ou auprès des services préfectoraux, le cas échéant par voie postale. Les articles R. 431-9 à R. 431-11 fixent les documents qui doivent alors être présentés à l'appui d'une demande de titre de séjour. Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". Les articles R. 233-11 à R. 233-18 précisent les dispositions, analogues, relatives aux conditions de dépôt et de délivrance des titres de séjour, applicables aux citoyens de l'union européenne ainsi qu'aux membres de leur famille.
4. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. Le simple fait que l'étranger ait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ne suffit pas à le caractériser.
5. Il résulte du principe précité que si M. B a fait l'objet le 11 août 2020 d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour de six mois, qu'il ne justifie pas avoir exécutée, cette circonstance ne fait pas obstacle à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour alors au demeurant qu'il se prévaut d'éléments nouveaux relatifs à sa situation familiale.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° () ". Aux termes de l'article R. 233-14 du même code : " () Les membres de famille mentionnés aux 4° et 5° de l'article L. 233-1 () présentent à l'appui de leur demande une carte d'identité ou un passeport en cours de validité, un justificatif de leur lien familial ainsi que du droit au séjour du citoyen de l'Union européenne qu'ils accompagnent ou rejoignent. Lorsque le citoyen de l'Union européenne qu'ils accompagnent ou rejoignent n'exerce pas d'activité professionnelle, ils justifient en outre des moyens dont celui-ci dispose pour assurer leur prise en charge financière et d'une assurance offrant les prestations mentionnées aux articles L. 160-8 et L. 160-9 du code de la sécurité sociale () ".
7. Par ailleurs, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an () "
8. M. B soutient que la décision en litige repose sur le défaut de présentation d'un contrat de travail ou de bulletins de paie de sa concubine.
9. Alors que M. B se prévaut de la qualité de ressortissante espagnole de sa concubine et mère de son enfant pour faire valoir son droit au séjour, le préfet était fondé à demander que celle-ci justifie de ses ressources. En revanche, il ne pouvait exiger qu'elle exerce une activité professionnelle. Par ailleurs, si le requérant a fait valoir sa qualité de concubin et père de ressortissants de l'Union européenne, il produit, à l'appui de sa requête, le certificat de nationalité française de son épouse et se prévaut de sa qualité de père d'un enfant français qui lui ouvrirait droit à un titre de séjour dont la délivrance ne dépend pas de la situation professionnelle ou financière de sa concubine. Dès lors, il résulte de ce qui précède que le préfet a commis une erreur de droit en refusant d'enregistrer sa demande de titre de séjour faute de justification de la situation professionnelle de sa concubine.
10. Si le préfet des Pyrénées-Orientales fait valoir que M. B n'établit pas subvenir aux besoins de son enfant, il ne conteste pas l'exercice de l'autorité parentale du requérant et ce nouveau motif, soulevé en défense, ne permet pas de justifier le refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour.
11. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, il y a lieu d'annuler la décision du 11 mai 2021 par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. B.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé () ".
13. L'exécution du présent jugement implique d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. B et de procéder à son examen. Une nouvelle décision devra être prise dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte. Dans l'attente, en application des dispositions de l'article R. 233-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, le cas échéant, de l'article R. 431-14 du même code, il est enjoint au préfet de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour, l'autorisant à travailler.
Sur les frais d'instance :
14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. B sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 11 mai 2021 refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour de
M. B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales d'enregistrer et d'examiner la demande de M. B et de prendre une décision dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement. Dans l'attente, il est enjoint au préfet de délivrer à
M. B un récépissé valant autorisation provisoire de séjour et de travail.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Sergent.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.
La rapporteure,
A. Lesimple Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 15 juin 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026