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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104177

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104177

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104177
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDIAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 août 2021, M. A C, représenté par Me Diaz, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 1er mars 2021 par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle sud-ouest a rejeté sa demande tendant au renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée, ainsi que la décision implicite par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au CNAPS de lui délivrer la carte professionnelle sollicitée dans un délai de deux mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 1er mars 2021 émane d'une autorité incompétente ;

- la décision du 1er mars 2021 est insuffisamment motivée ;

- faute d'établir que la consultation du traitement des antécédents judiciaires a été effectuée par un agent régulièrement habilité à cette fin, le refus de renouvellement de sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité est intervenu au terme d'une procédure irrégulière ;

- le CNAPS a commis une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, le CNAPS conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article

R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle sud-ouest du 1er mars 2021, à laquelle s'est substituée la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle du 25 août 2021 en application des dispositions de l'article R. 633-9 du code de la sécurité intérieure.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Verguet, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a sollicité le 5 janvier 2021 le renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée. Sa demande a été rejetée par une décision de la commission locale d'agrément et de contrôle sud-ouest du 1er mars 2021. Par lettre du 26 avril 2021, reçue le 30 avril 2021, il a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision. Le silence gardé pendant plus de deux mois par le conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Toutefois, le CNAPS a pris le 25 août 2021 une décision expresse de rejet. Dès lors, les conclusions de M. C dirigées contre la décision implicite de rejet doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du 25 août 2021.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 1er mars 2021 :

2. Aux termes de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure : " Tout recours contentieux formé par une personne physique ou morale à l'encontre d'actes pris par une commission d'agrément et de contrôle est précédé d'un recours administratif préalable devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. ". Aux termes de l'article R. 633-9 du même code, alors en vigueur : " () Toute décision de la Commission nationale d'agrément et de contrôle se substitue à la décision initiale de la commission locale d'agrément et de contrôle. () ".

3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.

4. La décision du 25 août 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a rejeté le recours préalable obligatoire formé par M. C et refusé de renouveler sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée s'est substituée à la décision initiale de la commission locale d'agrément et de contrôle sud-ouest. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 1er mars 2021 ne sont pas recevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la légalité de la décision du 25 août 2021 :

En ce qui concerne la légalité externe :

5. En premier lieu, la décision du 25 août 2021 a été signée par M. B D, élu président de la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS, le 25 mars 2021, en application des dispositions de l'article R. 632-10 du code de la sécurité intérieure. M. D était ainsi habilité à rejeter le recours administratif préalable obligatoire formé par M. C et à refuser le renouvellement sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée.

6. En deuxième lieu, la décision du 25 août 2021 fait référence à l'article

L. 612-20 du code de la sécurité intérieure dont il est fait application, mentionne les faits reprochés à M. C et expose les raisons pour lesquelles ces agissements ont justifié le refus de renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

7. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 :/ () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ;/ () ".

8. D'autre part, aux termes de l'article R. 40-28 du code de procédure pénale : " I. Ont accès à la totalité ou, à raison de leurs attributions, à une partie des données mentionnées à l'article R. 40-26 pour les besoins des enquêtes judiciaires : 1° Les agents des services de la police nationale exerçant des missions de police judiciaire individuellement désignés et spécialement habilités () ". Il résulte du 1° du I de l'article R. 40-29 du même code que les agents habilités selon les modalités prévues au 1° du I de l'article R. 40-28 peuvent consulter les données à caractère personnel figurant dans le traitement des antécédents judiciaires, qui se rapportent à des procédures judiciaires closes ou en cours, sans autorisation du ministère public, dans le cadre des enquêtes prévues à l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure, applicable en particulier à l'instruction des demandes d'autorisation concernant les emplois privés relevant du domaine de la sécurité.

9. Dès lors que les dispositions précitées du code de la sécurité intérieure prévoient la possibilité que certains traitements automatisés de données à caractère personnel soient consultés au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, préalablement à la délivrance d'une autorisation préalable, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été, en application des dispositions précitées du code de procédure pénale, régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la décision prise sur la demande d'autorisation. Dès lors, le moyen soulevé par le requérant, tiré de ce que la décision refusant le renouvellement de sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, est inopérant.

En ce qui concerne la légalité interne :

10. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 :/ () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ;/ () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative d'apprécier si les actes commis par le demandeur sont compatibles avec l'exercice de la profession, alors même que les agissements en cause n'auraient pas donné lieu à une condamnation inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire, qu'ils auraient été effacés du système de traitement des antécédents judiciaires ou qu'ils auraient fait l'objet d'un classement sans suite.

11. Il ressort des pièces du dossier que par jugement du tribunal judiciaire de Perpignan du 19 décembre 2019, M. C a été reconnu coupable des faits constitutifs de " violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint ", commis le 1er novembre 2017 à son domicile situé à Cabestany, lors d'une dispute avec son épouse. Nonobstant leur caractère isolé, eu égard à la nature et à la gravité de ces faits, qui étaient récents à la date de la décision contestée, la commission nationale d'agrément et de contrôle a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer qu'ils révélaient un comportement, contraire à l'honneur et de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes, incompatible avec l'exercice d'une activité privée de sécurité. C'est dès lors en faisant une exacte application des dispositions citées au point 10 que la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a refusé le renouvellement de sa carte d'agent de sécurité privée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS du 25 août 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision du 25 août 2021, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. C à fin d'injonction de délivrance d'une carte professionnelle d'agent de sécurité privée doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Charvin, président,

- M. Verguet, premier conseiller,

- Mme Couégnat, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

Le rapporteur,

H. VerguetLe président,

J. Charvin

La greffière,

L. Salsmann

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 31 janvier 2023.

La greffière,

L. Salsmann

Ls

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