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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104242

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104242

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104242
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 11 août 2021 et le 12 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2021 par lequel le préfet de l'Hérault lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle dans un délai de 15 jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente compte tenu d'une délégation trop générale ;

- la procédure est irrégulière car il a présenté des observations tendant à obtenir communication d'éléments complémentaires qui ne lui ont pas été transmis ;

- la décision est dépourvue de base légale et entachée d'une erreur de droit car les dispositions invoquées par le préfet visent les étrangers titulaires d'une carte de résident alors qu'il est titulaire d'une carte de séjour pluriannuel ;

- la décision est irrégulière car elle se fonde sur des faits pour lesquels il n'a pas été condamné et dont le préfet ne pouvait obtenir communication.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- une substitution de base légale doit être faite car c'est par erreur qu'il a mentionné les dispositions de l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au lieu de l'article L. 423-7 du même code ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,

- et les observations de Me Brulé, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 16 juin 2021, le préfet de l'Hérault a retiré la carte de séjour pluriannuelle valable du 15 mars 2021 au 14 mars 2023 dont était titulaire M. A, ressortissant marocain né en 1970, et lui a délivré une carte de séjour valable un an. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-I-725 du 18 juin 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département sous réserve de certaines exceptions dont ne relève pas l'arrêté litigieux. Le second alinéa de l'article 1er de cet arrêté du 18 juin 2020 précise en outre que cette délégation comprend les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Contrairement à ce que soutient le requérant, cette délégation ne revêt pas un caractère trop général et, par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, anciennement codifiées à l'article L. 313-5 du même code : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut être retirée à tout employeur, titulaire d'une telle carte, en infraction avec l'article L. 8251-1 du code du travail ainsi qu'à tout étranger qui méconnaît les dispositions de l'article L. 5221-5 du même code ou qui exerce une activité professionnelle non salariée sans en avoir l'autorisation ". Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ". Enfin, l'article L. 122-2 prévoit que : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ".

5. Un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

6. Il ressort des pièces du dossier que par courrier du 26 avril 2021, le préfet de l'Hérault a informé M. A qu'il envisageait de lui retirer la carte de séjour pluriannuelle dont il est titulaire en application des dispositions précitées, compte tenu de l'emploi d'un étranger non muni d'une autorisation de travail, révélé par une procédure judiciaire en cours, et l'invitait à présenter des observations orales ou écrites, par voie postale.

7. Si M. A fait valoir qu'il a demandé, par courriel du 15 mai 2021, à obtenir la communication de la procédure judiciaire, il est constant qu'il n'a pas respecté les modalités imposées par le courrier précité de présentation de ses observations écrites par voie postale et il n'établit pas la réception par le préfet du courriel adressé. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier qu'il a été auditionné le 2 mars 2020 par un officier de police judiciaire sur les faits reprochés, et il a alors eu connaissance des déclarations faites à son encontre, le 22 janvier 2020, par la personne déclarant avoir travaillé pour son compte. Alors, d'une part, que M. A avait connaissance des faits reprochés et de la teneur des éléments dont disposait le préfet, et, d'autre part, qu'il ne fait pas état d'éléments qu'il n'aurait pas été alors en mesure de faire valoir, la circonstance que le préfet n'ait pas répondu à son courriel du 15 mai 2021 et se soit abstenu de lui communiquer le procès-verbal du tiers déclarant avoir effectué pour lui un travail rémunéré, ne l'a pas privé d'une garantie et n'a pas eu d'influence sur le sens de la décision en litige. Dans ces conditions, à supposer que le procès-verbal en litige puisse être communiqué, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'irrégularité du fait d'un vice de procédure.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout employeur titulaire d'une carte de résident peut se la voir retirer s'il a occupé un travailleur étranger en violation des dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le courrier du 26 avril 2021 ci-dessus évoqué ainsi que la décision en litige se réfèrent aux dispositions désormais codifiées à l'article L. 432-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Alors que la décision en litige mentionne deux fois cet article, le fait qu'il soit fait état de la possibilité de retirer au requérant " sa carte de séjour pluriannuelle ", " conformément à l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " constitue une erreur de plume et n'entache pas la décision en litige d'une erreur de droit. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur de droit ou dépourvue de base légale doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 170 du code de procédure pénale : " Les copies des décisions non définitives, des décisions rendues par les juridictions d'instruction ou de l'application des peines et des décisions rendues par les juridictions pour mineurs ou après des débats tenus à huis clos, ainsi que les copies des autres actes ou pièces d'une procédure pénale, ne sont délivrées aux tiers qu'avec l'autorisation préalable du procureur de la République ou du procureur général et sous réserve que le demandeur justifie d'un motif légitime. L'autorisation peut n'être accordée que sous réserve de l'occultation des éléments ou des motifs de la décision qui n'ont pas à être divulgués ".

11. Il ressort des pièces du dossier que les procès-verbaux d'audition sur lesquels se fonde le préfet ont été transmis par le chef de la cellule coordination judiciaire sous couvert de sa voie hiérarchique. Au surplus, ces dispositions ne font pas obstacle à ce que l'autorité administrative compétente en matière de police des étrangers s'appuie sur les déclarations faites par un étranger lors de son audition par les services de police ou de gendarmerie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

12. En dernier lieu, l'article préliminaire du code de procédure pénale prévoit que : " () Toute personne suspectée ou poursuivie est présumée innocente tant que sa culpabilité n'a pas été établie. Les atteintes à sa présomption d'innocence sont prévenues, réparées et réprimées dans les conditions prévues par la loi () ".

13. La procédure qui tend à infliger une sanction administrative est indépendante de la procédure pénale. Par suite, y compris dans l'hypothèse où c'est à raison des mêmes faits que sont engagées parallèlement les deux procédures, l'autorité préfectorale ne méconnaît pas le principe de la présomption d'innocence en prononçant une sanction sans attendre que les juridictions répressives aient définitivement statué.

14. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a été auditionné à la suite, d'une part, de l'encaissement, par un étranger démuni d'autorisation de travail, d'un chèque provenant de la société du requérant et d'autre part, des déclarations de cet étranger faisant état d'un travail réalisé pour le compte de cette société. Si M. A a alors affirmé que la somme était destinée à apporter une aide financière à la sœur de l'étranger dont il s'agit, cette explication ne permet pas de justifier un encaissement par l'étranger de sommes provenant d'une société. Dans ces conditions, la seule circonstance que M. A n'ait pas fait l'objet de sanctions pénales pour ce fait ne permet pas de conclure à l'irrégularité de la décision.

15. Il résulte des éléments précités que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 juin 2021 par lequel le préfet de l'Hérault lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 15 décembre 2022.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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