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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104360

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104360

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104360
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 août 2021, M. B A, représenté par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 mai 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation pour les demandeurs d'asile dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à verser à son conseil la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bazin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son absence était justifiée par un rendez-vous médical et compte tenu de l'absence de prise en compte de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;

- si besoin, il sollicite une substitution de base légale de la décision (L. 551-15 au lieu du L. 744-7) qui ne prive le requérant d'aucune garantie.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du président du bureau d'aide juridictionnelle du 23 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Couégnat, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1 M. A, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1996, s'est présenté au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture de la Haute Vienne, où il a déposé une demande d'asile, enregistrée en procédure Dublin le 22 février 2019, puis a accepté, le même jour, l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Le 20 septembre 2019, il a été transféré en Espagne, Etat responsable de sa demande d'asile. Le 27 février 2020, il s'est présenté à nouveau au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture de l'Hérault, où sa demande d'asile a été enregistrée en procédure Dublin. Le même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié une décision de refus des conditions matérielles d'accueil. Le 4 septembre 2020, sa demande d'asile a été requalifiée en procédure normale et le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui a été rétabli. Le 16 mars 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a proposé un hébergement dans la ville de Marguerittes (30 320), qu'il a accepté. Par un courrier du 14 avril 2021, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a notifié à M. A son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil au motif qu'il ne s'était pas présenté à l'hébergement proposé. Par un courrier reçu le 3 mai 2021, M. A a présenté des observations. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision du 15 juillet 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de cette date.

2. La décision attaquée vise les articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le point 18 de l'arrêt du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019 n° 428530 et énonce le motif sur lequel se fonde la suspension prononcée, à savoir la circonstance que le requérant n'a pas rejoint le lieu d'hébergement proposé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et qu'il avait accepté. La décision mentionne également la procédure contradictoire qui a eu lieu et la circonstance que l'évaluation de la situation personnelle et familiale de l'intéressé ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité. Elle énonce ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, pour regrettable que soit le visa erroné des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur avant l'entrée en vigueur, le 1er mai 2021, de l'ordonnance du 16 décembre 2020 procédant à la recodification à droit constant de la partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur jusqu'au 1er mai 2021 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région () ". Aux termes de l'article L. 551-15 du même code, dans sa version issue de la loi n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 applicable à compter du 1er mai 2021 : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article R. 551-28 du même code, entré en vigueur le 1er mai 2021 : " () Le demandeur d'asile qui ne s'est pas présenté au gestionnaire du lieu d'hébergement dans les cinq jours suivant la décision de l'office est considéré comme ayant refusé l'offre d'hébergement. ".

4. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point. Ainsi que le fait valoir l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans son mémoire en défense enregistré le 16 août 2023, la décision contestée de suspension des conditions matérielles d'accueil vise l'article L.744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au lieu de l'article L.551-15 du même code issu de la recodification entrée en vigueur le 1er mai 2021. Dès lors que le requérant, qui a pu présenter des observations écrites, n'a pas été privé de garanties procédurales, il y a lieu de procéder à la substitution de base légale demandée.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier, alors que la décision attaquée mentionne que l'évaluation de la situation personnelle et familiale de M. A ne fait pas apparaitre de facteur particulier de vulnérabilité, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas pris en compte la situation de vulnérabilité du requérant. Si celui-ci évoque de graves problèmes de santé, l'ordonnance médicale qu'il produit ne permet pas d'en justifier. S'il se prévaut par ailleurs d'un rendez-vous médical dont il disposait le 24 mars 2021 à Montpellier, sans apporter aucun élément de nature à justifier de l'urgence de ce rendez-vous, cette circonstance ne suffit pas à justifier sa défaillance à rejoindre l'hébergement qu'il avait accepté dans le département voisin et pour lequel un billet de train lui avait été remis, ce même jour et en tout état de cause dans le délai de cinq jours au-delà duquel il avait été informé qu'il serait considéré comme ayant refusé l'hébergement. Par suite les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 5 mai 2021 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Bazin.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

Mme Sophie Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

La rapporteure,

M. Couégnat

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 décembre 2023.

La greffière,

A. Junon

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