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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104401

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104401

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104401
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 août 2021 et le 16 mai 2022, M. B A, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir du 20 août 2021 fixant le pays à destination duquel il sera éloigné ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête n'est pas tardive eu égard à ses conditions de rétention et aux mentions incomplètes des voies et délais de recours ;

- la décision a été signée par une autorité incompétente faute de délégation régulière ;

- la décision est insuffisamment motivée car il n'est pas fait état de l'obtention, par le passé, de la protection subsidiaire ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de la situation en Afghanistan et notamment dans la province dont il est originaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,

- et les observations de Me Ruffel, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né en 1997, a fait l'objet d'une interdiction définitive du territoire national prononcée par le tribunal judiciaire de Brest le 26 novembre 2020. Par arrêté du 20 août 2021, la préfète d'Eure-et-Loir a fixé l'Afghanistan comme pays à destination duquel il sera éloigné. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 5a/2021 du 25 janvier 2021, visé par la décision en litige régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de la préfecture, la préfète d'Eure-et-Loir a donné délégation à M. Adrien Bayle, secrétaire général de la préfecture d'Eure-et-Loir et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer toutes décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département sous réserve de certaines exceptions dont ne relève pas l'arrêté litigieux. Cette délégation donnait compétence au signataire de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 20 août 2021 serait entaché d'incompétence manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision en litige fait état des circonstances de droit et de faits qui la fondent. La seule circonstance que la préfète n'ait pas fait état de l'obtention par M. A, le 2 juin 2020, de la protection subsidiaire, n'est pas de nature à entacher la décision en litige d'un défaut de motivation alors qu'il est constant qu'à la date à laquelle elle fut prise cette protection avait été retirée. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision serait insuffisamment motivée doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Ces stipulations font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de renvoi d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un Etat pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de renvoi ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.

7. S'il est constant que M. A s'est vu octroyer la protection subsidiaire par une décision du 2 juin 2020 de la Cour nationale du droit d'asile, au regard de la situation existante à Kaboul et dans la province de Maidan Wardak, dont il est originaire, il ne peut se prévaloir de cette protection qui lui a été retirée par décision du 30 juillet 2021. Par ailleurs, si la victoire militaire des forces talibanes a pu induire une désorganisation du pays et le développement de violences, à compter du 16 août 2021, le requérant n'établit pas en quoi il serait sujet à des risques de représailles de la part des talibans. Dans ces conditions, la seule circonstance que les forces talibanes aient pris le contrôle du territoire afghan est insuffisante pour établir que le requérant serait soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de reconduite dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de M. A. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète d'Eure-et-Loir et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 29 décembre 2022.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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