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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104475

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104475

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104475
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationmagistrat BAYADA
Avocat requérantCABINET CASTAGNOS - DELACROIX - BERNARD STENTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

Le tribunal administratif de Montpellier

La magistrate désignée Par une requête et un mémoire, enregistré le 27 août 2021 et le 20 décembre 2022, M. C A, représenté par Me Castagnos, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 110683 du 29 avril 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a déclaré l'insalubrité du logement dont il est propriétaire situé 43 boulevard Rabelais, à Montpellier , lui a ordonné de faire cesser la mise à disposition de ces locaux à des fins d'habitation, de procéder au relogement des occupants et décidé d'une interdiction définitive de location de ces locaux à l'habitation ainsi qu'à toute utilisation dans un délai d'un mois, ensemble le rejet de son recours gracieux du 29 juin 2021 ;

2°) d'ordonner le retrait ou la mainlevée de l'arrêté du 29 avril 2021 ;

3°) subsidiairement d'ordonner avant-dire-droit une mesure d'expertise judiciaire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi qu'aux entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité ne disposant pas d'une délégation régulière ;

- la décision est insuffisamment motivée et a été prise sur la base d'un rapport de l'ARS insuffisamment motivé ;

- il est permis de s'interroger sur la qualité et l'habilitation de l'auteur des constats ;

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure méconnaissant le principe du contradictoire ;

- la décision repose sur des faits inexacts ;

- la décision portant interdiction définitive d'habiter est disproportionnée ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'ensemble des moyens soulevés par la requérante est infondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bayada pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bayada, magistrate désignée,

- et les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire d'un local à usage d'habitation situé 43 boulevard Rabelais sur la commune de Montpellier. Par un arrêté du 29 avril 2021, le préfet de l'Hérault a déclaré le local insalubre et l'a mis en demeure de faire cesser définitivement la mise à disposition à des fins d'habitation de ce local et de procéder au relogement de ses occupants. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté n° 2020-I-725 du 18 juin 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 98 du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de l'Hérault a accordé à M. Thierry Laurent, nommé secrétaire général de la préfecture de l'Hérault par décret du 27 mai 2020, une délégation de signature à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault () ". M. Thierry Laurent était ainsi compétent pour signer l'arrêté attaqué, pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique, relevant des attributions de l'Etat dans le département. Cette délégation de signature habilitait ainsi M. B à signer l'arrêté litigieux déclarant insalubre l'immeuble dont M. A est propriétaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté litigieux vise les textes qui le fondent, notamment les articles L. 1331-22, L. 1331-23 du code de la santé publique, mentionne le rapport daté du 23 mars 2021 de l'agence régionale de santé (ARS) Occitanie et en retrace les principaux éléments, désignant ainsi la nature et l'origine du danger occasionné pour la santé et la sécurité physique des personnes. Cette motivation est suffisante pour permettre à l'intéressée d'en contester le bien-fondé. Par ailleurs, le rapport du 18 mars 2021, par l'inspecteur de salubrité du service communal d'hygiène et de santé (SCHS) de la commune de Montpellier, auquel l'arrêté attaqué fait expressément référence, comporte une description complète du local, et les désordres constatés affectant ledit local. La circonstance, à la supposer établie, que certains éléments soient erronés demeurent sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, en se bornant à émettre des interrogations sur la qualité et l'habilitation de l'auteur des constats opérés lors de la visite des lieux, le requérant n'apporte pas au tribunal des éléments permettant d'apprécier le bien-fondé de ses allégations.

5. En quatrième lieu, selon l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ". En l'absence de dispositions législatives instaurant une procédure contradictoire particulière préalablement aux mises en demeure de faire cesser l'occupation aux fins d'habitation, les mesures prévues par les dispositions précitées de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique, qui présentent le caractère de mesures de police, doivent être précédées, en application des dispositions combinées précitées des articles L. 211-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, d'une information préalable du propriétaire qui doit être mis à même de présenter des observations sur les mesures que l'administration envisage de prendre.

6. Toutefois d'une part, aucun texte, ni aucun principe n'imposait que la visite du logement appartenant aux requérants par l'inspecteur de salubrité du service communal d'hygiène et de santé (SCHS) de la commune de Montpellier en vue de l'établissement du rapport prévu par les dispositions de l'article L. 511-8 du code de la construction et de l'habitation soit réalisée de manière contradictoire avec les propriétaires ou qu'ils en soient informés.

7. D'autre part, il résulte de l'instruction que, par un courrier du 23 mars 2021, le préfet de l'Hérault a informé M. A qu'était engagée la phase contradictoire préalable à la prise d'un arrêté de traitement de l'insalubrité prescrivant certaines mesures à savoir la cessation de la mise à disposition du local ou de l'installation à des fins d'habitation dans un délai d'un mois. Le préfet de l'Hérault a également communiqué au requérant, joint à ce même courrier, le rapport en date du 18 mars 2021 du directeur général de l'ARS Occitanie établi suite des deux visites effectuées les 19 janvier et 8 février 2021 par l'inspecteur de salubrité du service communal d'hygiène et de santé (SCHS) de la commune de Montpellier. Il était demandé au requérant de présenter ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Le requérant a présenté par courriel ses observations sur ce rapport. La circonstance que l'autorité préfectorale, qui n'était ni tenue d'accuser réception des observations présentées par le requérant ni de les adresser pour une éventuelle réponse de l'agence régionale de santé d'Occitanie, ait pris l'arrêté contesté huit jours après la présentation des observations, n'est pas de nature à révéler une absence de prise en compte desdites observations. Par suite, le moyen la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

8. Aux termes de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique : " Tout local, installation, bien immeuble ou groupe de locaux, d'installations ou de biens immeubles, vacant ou non, qui constitue, soit par lui-même, soit par les conditions dans lesquelles il est occupé, exploité ou utilisé, un danger ou risque pour la santé ou la sécurité physique des personnes est insalubre. " Aux termes de ceux de l'article L. 1331-23 du même code : " Ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux, les locaux insalubres dont la définition est précisée conformément aux dispositions de l'article L. 1331-22, que constituent les caves, sous-sols, combles, pièces dont la hauteur sous plafond est insuffisante, pièces de vie dépourvues d'ouverture sur l'extérieur ou dépourvues d'éclairement naturel suffisant ou de configuration exiguë, et autres locaux par nature impropres à l'habitation, ni des locaux utilisés dans des conditions qui conduisent manifestement à leur sur-occupation. " Le recours en annulation contre une telle mise en demeure du préfet est un recours de pleine juridiction. Il appartient par suite au juge saisi d'un tel recours de se prononcer sur le caractère impropre à l'habitation des locaux en cause en tenant compte de la situation existant à la date à laquelle il statue.

9. Il appartient à l'administration de prendre en compte toutes les caractéristiques des locaux litigieux, notamment celles qui caractérisent une méconnaissance de la règlementation applicable, telle qu'elle est en particulier prévue par le règlement sanitaire départemental, même si toute méconnaissance de ce règlement, qui n'a pas pour objet de définir les modalités d'application des dispositions de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique, ne justifie pas la qualification de local impropre par nature à l'habitation.

10. Pour décider de déclarer insalubre le local dont M. A est propriétaire, le préfet de l'Hérault a relevé, d'une part, que l'unique pièce du local dispose de deux fenêtres mais qui donnent sur un passage couvert non modifiable et en face d'un mur, qui apportent un éclairement insuffisant sur la totalité du logement ne permettant pas l'exercice, par temps clair, des activités normales de l'habitation et d'autre part que la hauteur sous plafond est de 2, 14 mètres entrainant un sentiment général d'écrasement, qui constituent un danger pour la santé et la sécurité physique des personnes. Si le requérant conteste le premier motif en faisant valoir la présence de deux fenêtres d'une taille suffisante au sein du local, le rapport de l'ARS d'Occitanie ne met pas en cause la taille des ouvertures du logement mais celle de configuration des lieux, qui ne permet pas un éclairage naturel suffisant du logement. Le requérant, qui se borne à faire valoir les conditions météorologiques médiocres lors des deux visites de l'inspecteur, ne conteste pas utilement ce désordre. D'autre part, le requérant soutient que le préfet de l'Hérault ne pouvait retenir que le local présentait une hauteur inférieure à 2,20 mètres. S'il résulte du rapport de l'ARS Occitanie du 18 mars 2021 que cette hauteur est mesurée à 2,14 mètres par l'inspecteur de la salubrité publique, ce dernier a également constaté que ces mesures étaient rendues difficiles en raison du défaut de planéité des sols et plafonds. Le requérant produit, à l'appui de sa contestation, un rapport d'expertise établi le 13 juillet 2021, dans lequel l'expert de l'assureur de M. A relève une hauteur de 2, 216 m devant la porte d'entrée puis de 2,203 m en milieu de la pièce principale et de 2,089 mètres sous une poutre de 7,5 centimètres de large, puis 2,188 m entre la pièce principale et la cuisine, le reste du local présentant une hauteur inférieure, pour une surface habitable déclarée de 22 m2, et verse également aux débats un constat d'huissier de justice réalisé à la suite de travaux de réfection du local en date du 2 décembre 2022, qui constate une hauteur sous plafond supérieur à 2,20 m dans l'ensemble du local. Dans ces conditions, le requérant établit par les éléments qu'il produit que la hauteur sous plafond est suffisante au regard de l'article 40.4 du règlement sanitaire départemental de l'Hérault.

11. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préfet de l'Hérault aurait pris la même décision au regard du manquement ci-dessus relevé qui suffit à qualifier le local en cause d'impropre à l'habitation, quand bien même le logement serait pourvu d'un dispositif d'aération et que les autres désordres relevés par la décision attaquée auraient fait l'objet de travaux destinés à les faire cesser. Demeure sans incidence à cet égard la circonstance, à la supposer même établie, que les désordres relevés par le préfet de l'Hérault trouveraient leur origine dans le comportement du locataire du local. Dans ces conditions le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique doivent être écartés.

12. Aux termes de l'article L. 511-11 du code de la construction et de l'habitation dispose que : " () L'arrêté ne peut prescrire la démolition ou l'interdiction définitive d'habiter que s'il n'existe aucun moyen technique de remédier à l'insalubrité ou à l'insécurité ou lorsque les travaux nécessaires à cette résorption seraient plus coûteux que la reconstruction. () ".

13. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'arrêté litigieux a relevé un désordre relatif à l'éclairage naturel affectant la structure même du logement et qui, même à l'issue de la réalisation de travaux, ne lui permet pas de lui assurer un caractère habitable. Par suite, le requérant n'est pas fondé à faire valoir le caractère disproportionné de la décision d'interdiction définitive des locaux à l'habitation.

14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise judiciaire, laquelle est dépourvue d'utilité, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 avril 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a déclaré l'insalubrité du logement dont il est propriétaire situé 43 boulevard Rabelais, à Montpellier, lui a ordonné de faire cesser la mise à disposition de ces locaux à des fins d'habitation, de procéder au relogement des occupants et décidé d'une interdiction définitive de location de ces locaux à l'habitation ainsi qu'à toute utilisation dans un délai d'un mois.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à M. A de la somme qu'il demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de l'Hérault

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2023.

La magistrate désignée,

A. Bayada

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 3 juillet 2023

La greffière,

B. Flaesch

N°2104475

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