vendredi 1 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2104538 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Vice-Président GAYRARD |
| Avocat requérant | SEP D'AVOCATS ARMANDET - LE TARGAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er septembre 2021, M. A B, représenté par Me Armandet, demande au tribunal :
1°) d'annuler le compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2020 notifié le 7 avril 2021, ensemble le rejet de son recours hiérarchique notifié le 7 mai 2021 et la décision du 2 juillet 2021 modifiant ce même compte-rendu à la suite de l'avis de la commission administrative paritaire locale ;
2°) d'enjoindre à la direction départementale de l'Hérault de prendre une nouvelle décision relative à son évaluation professionnelle au titre de l'année 2020, après nouvelle instruction, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre à la direction départementale de l'Hérault de le réintégrer au sein de la liste d'aptitude pour accéder au grade d'inspecteur des finances publiques ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, l'autorité hiérarchique n'ayant pas respecté le délai de quinze jours francs prévu à l'article 6 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat ;
- elle est entachée d'inexactitude matérielle des faits ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, constituant un agissement de harcèlement moral.
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée de détournement de pouvoir ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B sont irrecevables ;
- les moyens soulevés sont infondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le jugement n° 2005496 du tribunal administratif de Montpellier du 1er juillet 2022.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gayrard,
- les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique,
- et les observations de Me Le Junter, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, titulaire du grande de contrôleur principal des finances publiques, exerçait ses fonctions au sein du service des impôts des entreprises (SIE) de Montpellier 1. A l'issue de son entretien professionnel le 15 février 2021, et après avoir été signé par le chef de service le 1er avril 2021, le compte-rendu d'entretien professionnel lui a été notifié le 7 avril 2021. Sa demande de révision formée le 20 avril 2021 a été rejeté le 3 mai 2021. A l'issue de la saisine de la commission administrative paritaire locale, un nouveau compte-rendu d'entretien professionnel a été notifié à l'intéressé le 2 juillet 2021. M. B, qui demande l'annulation de ces décisions, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler son compte rendu d'évaluation professionnelle au titre de 2020 dans sa version définitive du 2 juillet 2021.
Sur le cadre juridique applicable :
2. Aux termes de l'article 17 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 521-1 du code général de la fonction publique : " La valeur professionnelle des fonctionnaires fait l'objet d'une appréciation qui se fonde sur une évaluation individuelle donnant lieu à un compte rendu qui leur est communiqué ".
3. Aux termes de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat, dans sa rédaction applicable à la décision attaquée, désormais codifié aux articles L. 521-2 et suivants du code général de la fonction publique : " L'appréciation, par l'autorité territoriale, de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct qui donne lieu à l'établissement d'un compte rendu. Ce compte rendu est visé par l'autorité territoriale qui peut formuler, si elle l'estime utile, ses propres observations. () / A la demande de l'intéressé, la commission administrative paritaire peut demander la révision du compte rendu de l'entretien professionnel. () ".
4. Aux termes de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. / Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. () ". L'article 3 du même décret dispose que : " L'entretien professionnel porte principalement sur : / 1° Les résultats professionnels obtenus par le fonctionnaire eu égard aux objectifs qui lui ont été assignés et aux conditions d'organisation et de fonctionnement du service dont il relève ; / 2° Les objectifs assignés au fonctionnaire pour l'année à venir et les perspectives d'amélioration de ses résultats professionnels, compte tenu, le cas échéant, des perspectives d'évolution des conditions d'organisation et de fonctionnement du service ; / 3° La manière de servir du fonctionnaire ; / 4° Les acquis de son expérience professionnelle ; / 5° Le cas échéant, la manière dont il exerce les fonctions d'encadrement qui lui ont été confiées ; / 6° Les besoins de formation du fonctionnaire eu égard, notamment, aux missions qui lui sont imparties, aux compétences qu'il doit acquérir et à son projet professionnel ; / 7° Ses perspectives d'évolution professionnelle en termes de carrière et de mobilité. () ".
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 6 décret du 28 juillet 2010 susvisé : " L'autorité hiérarchique peut être saisie par le fonctionnaire d'une demande de révision du compte rendu de l'entretien professionnel. / Ce recours hiérarchique est exercé dans un délai de quinze jours francs à compter de la date de notification à l'agent du compte rendu de l'entretien. L'autorité hiérarchique notifie sa réponse dans un délai de quinze jours francs à compter de la date de réception de la demande de révision du compte rendu de l'entretien professionnel. () ".
6. M. B soutient que le compte rendu d'entretien professionnel litigieux serait entaché d'un vice de procédure du fait de la méconnaissance, par l'autorité administrative, du délai de quinze jours dont elle dispose pour notifier sa réponse à la demande de révision dont elle a été saisie, prévu à l'article 6 précité. Il ressort des pièces du dossier que la décision prise par l'autorité administrative le 3 mai 2021 sur la demande de révision de l'intéressé, réceptionnée le 20 avril 2021, n'a été notifiée que le 7 mai 2021, soit au-delà du délai prescrit de quinze jours francs. Toutefois, M. B n'établit, ni même n'allègue, que cette irrégularité aurait eu une incidence sur la teneur du compte rendu final qui en a résulté, ni qu'elle l'aurait privé d'une garantie. Dans ces conditions, le moyen invoqué doit être écarté.
7. En deuxième lieu, et d'une part, M. B conteste l'absence d'évaluation sur ses capacités d'encadrement. Or, il ne conteste pas l'absence d'exercice de fonctions d'encadrement au cours de l'année 2020, de sorte que l'appréciation ainsi portée n'est pas entachée d'erreur de fait. D'autre part, l'intéressé conteste la mention " en cours d'acquisition " concernant son aptitude pour exercer les fonctions du corps supérieur. S'il ressort des comptes rendus d'évaluation pour les années 2017 et 2018 que son aptitude à cet égard était jugée " confirmée " et qu'elle a ensuite été revue à la baisse en 2019 et 2020, M. B se borne à faire valoir sa charge de travail significative au cours de ces deux années et son étonnement face à cette appréciation. En outre, il ne conteste pas davantage les éléments apportés par le ministre, tenant à un comportement caractérisé par une propension à l'emportement et par une réticence au changement, peu compatibles avec les fonctions et le positionnement attendu de la part d'un agent relevant du corps supérieur. Dans ces conditions, l'appréciation ainsi portée n'est pas entachée d'erreur de fait.
8. En troisième lieu, si M. B soutient que l'autorité administrative ne pouvait légalement fonder l'évaluation de ses compétences personnelles, notamment en retenant la mention " très bon " au lieu de la mention " excellent ", sur les difficultés relationnelles relevées en 2019, dès lors que celles-ci se sont améliorées en 2020, tel qu'indiqué explicitement dans le compte rendu litigieux. S'il ressort du compte rendu contesté une amélioration du comportement de M. B en 2020, caractérisé par le retour à " une certaine sérénité qui lui permet d'entretenir des relations apaisées avec l'encadrement du SIE ", cette seule appréciation est insuffisante, par elle-même, pour établir que les difficultés relationnelles rencontrées par le requérant ont été complètement résorbées et, par suite, pour caractériser une erreur de droit de la part de l'autorité administrative. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
9. En quatrième lieu, il résulte de tout ce qui vient d'être énoncé que le compte rendu d'entretien professionnel au titre de 2020 n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable en l'espèce : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / () ".
11. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Par ailleurs, pour être qualifiés de harcèlement moral, les agissements en cause doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral.
12. Si M. B soutient que son évaluation au titre de 2020 serait intervenue dans le cadre d'un contexte de harcèlement moral à son égard, il ne fait état d'aucun élément de fait susceptible de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral et, en tout état de cause, que l'agissement en cause de l'autorité administrative aurait excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Par conséquent, le moyen ne peut qu'être écarté.
13. En dernier lieu, si M. B fait valoir la volonté de l'autorité administrative de lui nuire, notamment par l'évaluation professionnelle contestée, il ne produit aucun élément probant à l'appui de ces allégations, de sorte que le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.
14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, et en tout état de cause, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.
Le magistrat désigné,
J.-Ph. Gayrard
La greffière,
E. Tournier
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 1er décembre 2023.
La greffière,
E. Tournier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026