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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104573

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104573

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104573
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2021, M. D B A, représenté par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er avril 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ainsi qu'à sa famille dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte ;

3°) de condamner l'OFII à payer la somme de 1 000 euros à verser à Me Rosé au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée, les motifs sont confus car ils divergent entre les décisions des 1er avril et 5 mars 2021 portant toutes deux refus des conditions matérielles d'accueil ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen, révélé notamment par la confusion entre les motifs de la décision du 1er avril et ceux de la décision du 5 mars 2021 ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit, dès lors que sa situation n'a pas été strictement examinée et qu'il n'a pas été pris de mesure pour lui assurer un niveau de vie digne en conformité avec l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013 ;

- le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est cru en compétence liée ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à l'évaluation de sa vulnérabilité car, souffrant d'une maladie grave, hébergé de manière précaire et sans ressources, il entre dans la catégorie des personnes vulnérables et le motif tiré du manquement à ses obligations est erroné ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit de solliciter une protection internationale au sens de l'article 20, paragraphes 4 et 5, de la directive 2013/33/UE.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'OFII sollicite une substitution de base légale, sur le fondement du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Crampe, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Monsieur D B A, né le 21 octobre 1994, de nationalité somalienne, a présenté une demande d'asile, enregistrée en guichet unique le 17 avril 2018. Sa demande d'asile ayant été rejetée, il en a sollicité le réexamen et sa demande a fait l'objet d'un nouveau rejet par l'OFPRA puis, en dernier lieu, par la cour nationale du droit d'asile le 16 août 2021. Il a sollicité, le 5 mars 2021, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans le cadre du réexamen de sa demande, et l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a opposé une décision de refus le même jour, remise en main propre, après la conduite d'un entretien de vulnérabilité sur le fondement des article L. 744-8, 2° et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la décision attaquée du 1er avril suivant, l'OFII a opposé un refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. B A demande l'annulation de la décision du 1er avril 2021 portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'Office français de l'immigration et de l'intégration sollicite une substitution de base légale, sur le fondement du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des pièces du dossier qu'une décision de refus des conditions matérielles d'accueil a été prise sur ce fondement le 5 mars 2021, notifiée au demandeur par remise en main propre, et que la décision de refus de rétablissement de ces conditions matérielles datée du 1er avril, adressée en lettre recommandée avec accusé réception au requérant, dont les motifs sont sans relation avec la situation de l'intéressé, résulte d'une erreur matérielle. Cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie, et l'OFII dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces articles. Il y a donc lieu d'accueillir la substitution de base légale sollicitée.

3. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise en effet la directive n° 2012/33/UE du 26 juin 2013 et les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que le demandeur ne justifie pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Elle indique également que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et alors que la régularité formelle d'un acte ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, pour les mêmes motifs exposés au points qui précèdent, la décision attaquée ne révèle pas un défaut d'examen de la situation de M. B A, car si la mention d'un défaut de respect par celui-ci des obligations auxquelles il avait consenti lors de sa prise en charge relève à l'évidence d'une erreur matérielle de la part de l'OFII, ayant opposé un refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 5 mars précédent, il ressort des pièces du dossier que l'édiction de la décision contestée a été précédée d'un entretien de vulnérabilité. Au cours de cet entretien, les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ont questionné le requérant sur sa situation personnelle et ont établi un compte rendu, sous forme d'une fiche d'évaluation de vulnérabilité, relatant notamment la prise en charge médicale avec hébergement du demandeur. Il est ainsi indiqué dans la décision attaquée que cette évaluation n'a pas fait apparaître de facteur particulier de vulnérabilité, ni besoin particulier en matière d'accueil, éléments de motivation que ne comprenait pas la décision du 5 mars précédent. Ainsi le moyen tiré de ce que la décision n'aurait pas été précédée d'un examen réel de sa situation manque en fait et doit être écarté.

5. En quatrième lieu, dans sa rédaction applicable au présent litige, l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, portant transposition de l'article 20 de la directive 2013/33/CE du 26 juin 2013, dispose : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : () / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. () La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () ".

6. Le cas de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, prévu par les dispositions du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait partie des hypothèses fixées à l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE. En outre, ces dispositions de l'article L. 744-8 écartent toute automaticité de ce refus et imposent un examen particulier de la situation du demandeur d'asile, en particulier sa vulnérabilité. Au demeurant, il ne ressort ni de ces dispositions, ni d'aucune autre que le refus ferait en toutes circonstances obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013 précitée, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'Etat ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Par suite, le moyen tiré de ce que ces dispositions seraient incompatibles avec les objectifs de la directive n° 2013/33/UE ne peut qu'être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. (). Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B A, qui a levé le secret médical, est atteint d'une baisse d'acuité visuelle, diagnostiquée comme pouvant relever d'une maladie tuberculeuse, et dont il a évoqué l'existence lors de l'entretien d'évaluation de vulnérabilité. Toutefois, d'une part, il bénéficiait d'une prise en charge et d'un hébergement sous forme d'un lit à la " halte soin santé CHRS Adages ". D'autre part, les documents médicaux qu'il produit évoquent, outre le diagnostic probable, un traitement de sortie et deux rendez-vous de contrôle, sans qu'il puisse s'en déduire d'une vulnérabilité particulière du requérant du fait de cette pathologie. C'est donc sans méconnaître les dispositions précitées que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas retenu une particulière vulnérabilité du requérant.

9. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs évoqués aux points qui précèdent, la décision ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit de solliciter une protection internationale au sens de l'article 20, paragraphes 4 et 5, de la directive 2013/33/UE.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision du 1er avril 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement qui rejette les conclusions en annulation présentées par M. B A n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite ses conclusions en injonction au besoin sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation " ;

13. Les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que le requérant demande au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D B A, à Me Rosé et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couegnat, première conseillère.

M. Sophie Crampe, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

La rapporteure,

S. Crampe

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 mai 2024

La greffière,

M. C00

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