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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104618

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104618

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104618
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 septembre 2021, M. A D et Mme F C, représentés par Me Rosé, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 août 2021 portant cessation des conditions matérielles d'accueil accordé à M. D ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'intégration et de l'immigration d'accorder à M. D les conditions matérielles d'accueil avec Mme C et leurs fils, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'intégration et de l'immigration la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que la décision :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE dès lors que sa situation n'a pas été strictement examinée et qu'il n'a pas été pris de mesure pour lui assurer un niveau de vie digne ;

- est entachée d'un défaut d'examen réel et complet en ce que la demande de M. D a été traitée séparément de celle de Mme C et de leur fils ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en ce qu'une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil ne pouvait pas être prise mais seulement de refus ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- méconnaît le droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés ;

- au besoin, le motif de la méconnaissance du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peut se substituer au motif retenu par la décision attaquée tenant à la méconnaissance du 3° du même article ;

- il a ajouté M. D à la cellule familiale de Mme C dès novembre 2021.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, de nationalité sierra-léonaise, est entré sur le territoire français et a déposé une demande d'asile courant 2019, puis a fait l'objet d'un arrêté de transfert vers l'Allemagne, responsable de sa demande d'asile. M. D a été reconduit en Allemagne. L'intéressé a de nouveau présenté une demande d'asile en France, enregistrée le 7 juillet 2021, accompagné cette fois de son épouse et de son fils né en 2017, laquelle a également demandé l'asile. Par un courrier du 16 juillet 2021, l'Office français de l'intégration et de l'immigration a informé M. D de son intention de cesser l'octroi des conditions matérielles d'accueil, ce qui a été réalisé par une décision du 17 août 2021. Par sa requête, M. D demande l'annulation de cette décision. Par une ordonnance du 23 septembre 2021, le juge des référés du présent tribunal a suspendu l'exécution de cette décision du 17 août 2021.

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et le motif qui constituent son fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a été informé par courrier du 16 juillet 2021 de l'intention de l'Office français de l'intégration et de l'immigration de procéder à la cessation des conditions matérielles d'accueil et que l'intéressé a pu faire valoir sa situation avant que la décision attaquée ne soit prise le 17 août 2021 portant cessation des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit en ce que sa situation n'aurait pas été strictement examinée et qu'il n'a pas été pris de mesure pour assurer un niveau de vie digne ainsi que le moyen tiré du défaut d'examen particulier doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () ; 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; (). Un décret en Conseil d'Etat prévoit les sanctions applicables en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement. La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. "

5. D'une part, et dès lors que M. D a de nouveau bénéficié des conditions matérielles d'accueil à partir du 7 juillet 2021, la décision en litige constitue donc bien une décision de cessation d'octroi des conditions matérielles d'accueil et non un refus d'accorder cette aide, contrairement à ce que soutient le requérant. D'autre part, la décision litigieuse est fondée sur la circonstance que M. D n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Allemagne, Etat membre responsable de l'instruction de sa demande. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir été réacheminé vers ce pays, le 23 janvier 2020, M. D est revenu en France en juillet 2021 sans justifier de ce que sa demande d'asile n'aurait pas été enregistrée ou traitée par l'Allemagne, méconnaissant ainsi les exigences de la procédure Dublin dont il avait été régulièrement informé. Dès lors, l'OFII n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur d'appréciation en estimant que M. D n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants (), l'intérêt supérieur doit être une considération primordiale. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que compte tenu du parcours de M. D et de ce qui a été dit au point 5, la décision de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil du requérant ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que son enfant, rattaché à la demande de son épouse, est bénéficiaire des conditions matérielles d'accueil incluant un hébergement. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent être écartés.

8. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs qu'indiqué aux points 5 et 7, le moyen tiré de ce que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit de solliciter la protection internationale doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la substitution de base légale sollicitée à titre subsidiaire par l'Office français de l'intégration et de l'immigration. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 seront rejetées par voie de conséquence.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A D, à Mme C F, à Me Rosé et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

Le rapporteur,

N. B

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 23 novembre 2023.

La greffière,

M. E

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