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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104721

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104721

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104721
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantPASSET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2021, Mme C, représentée par Me Passet, demande au tribunal :

1°) d'annuler, à titre principal, le titre de perception émis le 7 septembre 2020 pour le recouvrement de la somme de 105 909,36 euros correspondant aux frais de rapatriement sanitaire de son époux, ainsi que la décision du 29 mars 2021 par laquelle le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a rejeté son recours administratif ;

2°) de prononcer la décharge du paiement de la somme de 105 909,36 euros ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler le refus implicite opposé à sa demande de remise gracieuse de la somme ainsi réclamée ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil sous réserve de la renonciation de ce dernier à la contribution à la mission d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur la régularité du titre de perception :

- le titre de perception n'est pas signé, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Sur le bien-fondé de la créance :

- la créance est dépourvue de fondement juridique dès lors qu'il n'existe aucune disposition légale permettant un tel recouvrement et, d'autre part, que l'engagement à rembourser qu'elle a signé ne comportait pas de montant.

Sur le refus implicite de remise gracieuse :

- le refus est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les ressources du foyer, uniquement composées de l'allocation aux adultes handicapés perçue par son époux, ne permettent pas le règlement de cette dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2021, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 27 octobre 2021, le directeur de la direction spécialisée des finances publiques pour l'étranger conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le titre de perception n'est entaché d'aucune irrégularité ;

- le comptable public n'est pas compétent pour apprécier le bien-fondé de la créance ;

- la demande de remise gracieuse ne sera examinée qu'une fois que le tribunal se sera prononcé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le livre des procédures fiscales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°2010-873 du 27 juillet 2010 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Teuly-Desportes ;

- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public ;

- et les observations de Me Schneider, substituant Me Passet, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B s'est installé à Erbil (Irak) afin d'y occuper, à compter du mois de décembre 2012, un emploi de neurochirurgien, sans avoir souscrit d'assurance de santé prévoyant, en particulier, un rapatriement sanitaire en cas d'urgence. Il a été victime, le 9 décembre 2017, d'un accident vasculaire cérébral, entraînant la dégradation rapide de son état de santé, au point d'engager son pronostic vital. Un rapatriement d'extrême urgence vers la France a été effectué le 12 décembre 2017 par la société anonyme International SOS Assistance en avion médicalisé. L'épouse de M. B a saisi le tribunal du litige correspondant au remboursement de l'ensemble de ces frais de rapatriement. Le tribunal a, par un jugement n°1804415, rendu le 24 septembre 2019, annulé le titre de perception émis le 7 février 2018 pour le recouvrement de la somme de 105 909, 36 euros et la décision du 15 juin 2018 par laquelle le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a rejeté son recours administratif. Le 7 septembre 2020, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a émis un nouveau titre de recettes pour le recouvrement de la même somme. Le 5 janvier 2021, Mme B a formé un recours gracieux et a également présenté une demande de remise gracieuse de la somme. Le 29 mars 2021, le ministre a rejeté ce recours administratif. En outre, un refus implicite de lui accorder une remise gracieuse est né depuis lors. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation du titre de perception émis le 7 septembre 2020, de la décision du 29 mars 2021, sollicite la décharge de la somme de 105 909,36 euros et doit être regardée comme demandant, à titre subsidiaire, l'annulation du refus implicite opposé à sa demande de remise gracieuse.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. " Le V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 prévoit que, pour l'application de ces dispositions " aux titres de perception délivrés par l'État en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'État ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation. "

3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'État doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n'imposent pas, en revanche, de faire figurer, sur cet état, les nom, prénom et qualité du signataire.

4 Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire adressé à Mme B mentionnait le prénom, le nom et la qualité de l'ordonnateur, le responsable " pôle recettes du CSPF", que l'état récapitulatif des créances mises en recouvrement du 7 septembre 2020, versé au dossier par le directeur spécialisé des finances publiques pour l'étranger, que cet état comportait le prénom et le nom de l'ordonnateur, ainsi sa qualité d'adjointe à un responsable de secteur du bureau de la comptabilité centrale et sa signature. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 256 du livre des procédures fiscales doit être écarté.

5. D'autre part, aux termes de l'article 22 de la loi du 27 juillet 2010 relative à l'action extérieure de l'Etat : " L'Etat peut exiger le remboursement de tout ou partie des dépenses qu'il a engagées ou dont il serait redevable à l'égard de tiers à l'occasion d'opérations de secours à l'étranger au bénéfice de personnes s'étant délibérément exposées, sauf motif légitime tiré notamment de leur activité professionnelle ou d'une situation d'urgence, à des risques qu'elles ne pouvaient ignorer. Les conditions d'application du présent article sont précisées, en tant que de besoin, par décret en Conseil d'Etat. ".

6. M. B, en ne contractant pas, ainsi qu'il a été dit au point 1, d'assurance de santé prévoyant notamment un rapatriement sanitaire en cas d'urgence, s'est délibérément exposé à un risque qu'il ne pouvait ignorer. En application des dispositions de l'article 22 de la loi du 27 juillet 2010 citées au point précédent et, sur le fondement d'un engagement au remboursement, signé par Mme B le 10 décembre 2017, ne comportant pas de montant, puis du devis adressé le lendemain, par la SA International SOS Assistance à hauteur d'un montant de 105 909,76 euros, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a réclamé le remboursement de la somme. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la créance dont se prévaut le ministre serait dépourvue de fondement légal.

7. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est fondée à demander ni l'annulation du titre de perception et de la décision rejetant son recours administratif, ni la décharge de la somme ainsi réclamée.

Sur la demande de remise gracieuse :

8. Aux termes de l'article 120 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Le comptable chargé du recouvrement des titres de perception peut consentir des remises sur la somme en principal, sur les majorations, sur les frais de poursuites et sur les intérêts, dans la limite pour une même créance d'un montant de 76 000 euros. Le ministre chargé du budget peut consentir des remises de même nature, dans la limite pour une même créance d'un montant compris entre 76 000 euros et 150 000 euros. Au-delà de cette dernière somme, le ministre chargé du budget peut consentir des remises, par une décision prise après avis du Conseil d'Etat et publiée au Journal officiel. ".

9. La décision d'un comptable ou du ministre chargé du budget refusant une remise gracieuse sollicitée sur le fondement des dispositions précitées du décret du 7 novembre 2012 peut être contestée par la voie d'un recours pour excès de pouvoir. Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur sa demande de remise gracieuse présentée le 5 janvier 2021.

10. Ni le comptable public, ni le ministre des affaires étrangères ne contestent l'impossibilité financière dans laquelle se trouve placé le foyer de rembourser une dette d'un tel montant. La requérante produit, par ailleurs, les avis de non-imposition à l'impôt sur le revenu du foyer au titre des années 2018, 2019 et 2020 portant le mention " aucun revenu ", et établit qu'elle et son époux ont vu leur bien immobilier situé en Syrie complètement détruit, et n'ont, à leur disposition, que les seules ressources issues de l'allocation aux adultes handicapés perçue M. B, soit un montant mensuel de 903,60 euros et une allocation logement d'un montant mensuel de 328 euros. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que la décision implicite par laquelle le comptable public lui a refusé l'octroi d'une remise gracieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

Sur les frais liés au litige :

11. Mme B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Passet de la somme de 1 200 euros, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

DECIDE :

Article 1er : La décision implicite de refus d'octroi d'une remise gracieuse née du silence gardé par l'administration sur la demande de Mme B est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à Me Passet, avocate de la requérante, la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, au directeur spécialisé des finances publiques pour l'étranger, à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères et à Me Passet.

Délibéré à l'issue de l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère.

M. Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La rapporteure,

D. Teuly-Desportes

La greffière,

C. Arce

La présidente,

S. Encontre

La République mande et ordonne à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Montpellier, le 30 janvier 2024,

La greffière,

C. Arce

N°2104721

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