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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104769

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104769

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104769
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL CABINET GENTILHOMME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2021, la société Orange, représentée par la Selarl d'avocat Cabinet Gentilhomme, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2021 par lequel le maire de Fleury d'Aude s'est opposé à la déclaration préalable de travaux pour la réalisation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur un terrain situé au lieu-dit Saint-Pons sur la parcelle cadastrée EN 55 ;

2°) d'enjoindre au maire de Fleury d'Aude de prendre un arrêté de non-opposition dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Fleury d'Aude la somme de 5 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué n'est pas signé ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le maire n'a pas apprécié le projet par rapport au secteur urbanisé dans lequel il se trouve ;

- il méconnaît l'alinéa 2 de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dès lors que le projet, qui entre dans la catégorie des constructions et installations ayant pour objet l'implantation de services publics, se trouve dans un secteur urbanisé et s'inscrit dans un programme de développement urbain du schéma de cohérence territoriale de la Narbonnaise.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 17 et 23 mars 2022, la commune de Fleury d'Aude, représentée par la SCP d'avocats CGCB et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Orange en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

En application des dispositions combinées des articles R 611-11-1 et R 613-2 du code de justice administrative, il a été procédé à la clôture immédiate de l'instruction par l'avis d'audience du 6 mai 2022.

Vu :

- l'ordonnance du juge des référés n° 2106034 en date du 13 décembre 2021 ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Lafon, rapporteur public,

- et les observations de Me Guranna, représentant la société Orange, et de Me Senanedsch, représentant la commune de Fleury d'Aude.

Considérant ce qui suit :

1. La société Orange demande l'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2021 par lequel le maire de Fleury d'Aude s'est opposé à la déclaration préalable de travaux pour la réalisation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur un terrain situé au lieu-dit Saint-Pons sur la parcelle cadastrée EN 55.

2. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que ce dernier a été signé par son auteur, Mme C A, adjointe au maire de Fleury d'Aude, déléguée à l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de ce que cet arrêté méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, en vertu desquelles toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur, manque en fait et doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, applicable aux communes littorales dont relève la commune de Fleury d'Aude : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. () ". Aux termes du III de l'article 42 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " Jusqu'au 31 décembre 2021, des constructions et installations qui n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant, ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti, peuvent être autorisées avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat, après avis de la commission départementale de la nature des paysages et des sites, dans les secteurs mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction résultant de la présente loi, mais non identifiés par le schéma de cohérence territoriale ou non délimités par le plan local d'urbanisme en l'absence de modification ou de révision de ces documents initiée postérieurement à la publication de la présente loi. ".

4. D'une part, il résulte des dispositions du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable en l'espèce, que l'extension de l'urbanisation doit se réaliser, dans les communes littorales, soit en continuité avec les agglomérations et les villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement. Constituent des agglomérations ou des villages où l'extension de l'urbanisation est possible, au sens et pour l'application de ces dispositions, les secteurs déjà urbanisés caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions.

5. D'autre part, le deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, ouvre la possibilité, dans les autres secteurs urbanisés qui sont identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, à seule fin de permettre l'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et l'implantation de services publics, de densifier l'urbanisation, à l'exclusion de toute extension du périmètre bâti et sous réserve que ce dernier ne soit pas significativement modifié. En revanche, aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les espaces d'urbanisation diffuse éloignés de ces agglomérations et villages. Il ressort des dispositions de ce 2e alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme que les secteurs déjà urbanisés qu'elles mentionnent se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. Par ailleurs, le III de l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique autorise, par anticipation, jusqu'au 31 décembre 2021 et sous réserve de l'accord de l'Etat, les constructions qui n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant, ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti dans les secteurs déjà urbanisés non encore identifiés par le schéma de cohérence territoriale ou non délimités par le plan local d'urbanisme.

6. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet poursuivi par la société Orange, situé à proximité de la limite territoriale avec la commune de Salles d'Aude, au nord, est entouré de parcelles agricoles. Il se trouve à environ 130 mètres des premières habitations de la commune de Salles d'Aude et à plus de 110 mètres d'un ensemble de constructions situées au sud, le long de l'autoroute A9, distante de plus de 180 mètres. Il en résulte que, comme l'a relevé le maire de Fleury d'Aude dans l'arrêté attaqué, le projet conduirait à une extension de l'urbanisation en discontinuité avec les agglomérations et villages existants, exclue par le premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dont le principe s'applique aux infrastructures de téléphonie mobile.

7. Il ressort également des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet porté par la société Orange n'appartient pas à un secteur identifié comme déjà urbanisé, au sens du deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, par le schéma de cohérence territoriale et par le plan local d'urbanisme. La seule circonstance que le schéma de cohérence territoriale de la Narbonnaise, révisé en 2021, identifie la zone séparant les communes de Salles d'Aude et de Fleury d'Aude comme appartenant au pôle de développement économique narbonnais et ne la prend pas en compte dans la trame bleue ou verte ne saurait s'y substituer.

8. La situation du terrain d'assiette du projet en litige, telle que décrite au point 4 ci-dessus, ne permet pas, à ce stade, de le distinguer d'un espace d'urbanisation diffuse, compte tenu en particulier de la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par les voies et réseaux existants, en dépit de la présence d'une station d'épuration à environ 150 mètres. Il s'ensuit, alors même que l'implantation de l'antenne en cause participe à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile, que le projet en litige ne relevait en tout état de cause pas du dispositif transitoire prévu jusqu'au 31 décembre 2021 par le III de l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018, dans l'attente de l'actualisation du schéma de cohérence territoriale et du plan local d'urbanisme.

9. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté par lequel le maire de Fleury d'Aude s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la société Orange, après avoir implicitement mais nécessairement retenu que le terrain d'assiette du projet ne relevait pas d'un secteur déjà urbanisé, n'a pas méconnu les dispositions de l'alinéa 2 de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme et n'est pas davantage entaché d'erreur de droit.

10. En conséquence, la requête de la société Orange doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant au remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens.

11. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la société Orange une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune défenderesse.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la société Orange est rejetée.

Article 2 : La société Orange versera à la commune de Fleury d'Aude la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Orange et à la commune de Fleury d'Aude.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

Mme Crampe, premier conseiller,

M. Goursaud, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

Le président-rapporteur,

D. B

L'assesseur le plus ancien,

S. Crampe La greffière

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 1er juillet 202La greffière,

C. Arce

lr

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