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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104809

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104809

lundi 12 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104809
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantPION RICCIO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 septembre 2021 et 20 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Pion Riccio, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir,

-l'arrété n° MCC-0000059763 du 20 avril 2021, par lequel la ministre de la culture a prolongé sa disponibilité d'office pour une durée d'un an à compter du 18 avril 2018.

- l'arrêté n° MCC-0000059766 du 20 avril 2021, par lequel la ministre de la culture a prolongé sa disponibilité d'office pour une durée d'un an à compter du 18 avril 2019.

- l'arrêté n° MCC-0000060032 du 20 avril 2021, par lequel la ministre de la culture a prolongé sa disponibilité d'office à compter du 18 avril 2020 jusqu'au 21 septembre 2020 ;

- en leurs articles 2, en tant qu'ils prévoient qu'elle ne percevra aucun traitement,

- ensemble la décision expresse de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de régulariser sa situation administrative dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les arrêtés méconnaissent les dispositions de l'article 27 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, en ce qu'elle doit percevoir un demi traitement dans l'attente de l'ouverture de ses droits à pension ;

- son titre de pension l'admettant à la retraite pour invalidité ne lui a été notifié que le 27 juin 2021, la commission de réforme ayant statué le 22 septembre 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2022, la ministre de la culture, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la disponibilité d'office pour raison de santé dont Mme B avait bénéficié pour la période du 18 avril 2017 au 17 avril 2019 a été renouvelée à deux reprises pour une durée égale jusqu'au 17 avril 2020. Par la suite, elle a été maintenue dans cette position jusqu'au 21 septembre 2020, conformément aux dispositions de l'article 48 du décret 86-442 du 14 avril 1986.

Par une ordonnance du 22 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code civil ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Constans, substituant Me Pion, pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est technicienne d'art, titulaire de la fonction publique d'Etat depuis le 1er janvier 1994 et affectée à la manufacture de Lodève. Après réunion du comité médical du 8 novembre 2017 la reconnaissant inapte de façon absolue et définitive à toutes fonctions, Mme B a été, par arrêté du 22 janvier 2018, placée en disponibilité d'office pour raison de santé avec effet rétroactif pour une durée d'un an à compter du 18 avril 2017, date d'expiration de ses congés de maladie ordinaire. En sa réunion du 22 septembre 2020, la commission de réforme saisie pour statuer sur la retraite pour invalidité a rendu un avis favorable. Par un arrêté n° MCC-0000059763 du 20 avril 2021, son placement en disponibilité d'office a été prolongé pour une durée d'un an à compter du 18 avril 2018. Par un arrêté du même jour n° MCC-0000059766, son placement en disponibilité d'office a été prolongé pour une durée d'un an à compter du 18 avril 2019. Par un arrêté du même jour n° MCC-0000060032, son placement en disponibilité d'office a été prolongé pour une durée d'un an à compter du 18 avril 2020 jusqu'au 21 septembre 2020. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler les articles 2 desdits arrêtés du 20 avril 2021 en tant qu'ils prévoient qu'elle ne percevra aucun traitement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 27 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréées, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois public et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Lorsque, à l'expiration de la première période de six mois consécutifs de congé de maladie, un fonctionnaire est inapte à reprendre son service, le comité médical est saisi pour avis de toute demande de prolongation de ce congé dans la limite des six mois restant à courir. Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical : en cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 pris en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat en vue de faciliter le reclassement des fonctionnaires de l'Etat reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. (). ". Aux termes de l'article 48 du même décret : " La mise en disponibilité prévue aux articles 27 et 47 du présent décret est prononcée après avis du comité médical ou de la commission de réforme sur l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions. Elle est accordée pour une durée maximale d'un an et peut être renouvelée à deux reprises pour une durée égale. Toutefois, si à l'expiration de la troisième année de disponibilité le fonctionnaire est inapte à reprendre son service, mais s'il résulte d'un avis du comité médical qu'il doit normalement pouvoir reprendre ses fonctions avant l'expiration d'une nouvelle année, la disponibilité peut faire l'objet d'un troisième renouvellement. L'avis est donné par la commission de réforme lorsque le congé antérieur a été accordé en vertu du deuxième alinéa de l'article 34 (4°) de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. Le renouvellement de la mise en disponibilité est prononcé après avis du comité médical. Toutefois, lors du dernier renouvellement de la mise en disponibilité, l'avis est donné par la commission de réforme. ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'un fonctionnaire d'Etat qui a été reconnu par le comité médical définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, ne peut qu'être admis à la retraite, soit d'office, soit sur sa demande, après avis de la commission de réforme. Il appartient à l'autorité administrative, tenue de placer ses agents dans une position statutaire régulière, de placer d'office le fonctionnaire concerné en position de disponibilité jusqu'à ce que la commission de réforme se soit prononcée sur sa radiation des cadres, et, par extension jusqu'à ce que l'admission à la retraite pour invalidité soit prononcée. Si le fonctionnaire est inapte définitivement, la durée maximale d'un an de la disponibilité d'office ne peut qu'être renouvelée que deux fois. Il est, durant la période de disponibilité d'office, bénéficiaire d'un demi traitement.

4. Il ressort des pièces du dossier, qu'après réunion du comité médical du 8 novembre 2017 la reconnaissant inapte de façon absolue et définitive à toutes fonctions, Mme B a été placée par arrêté du 22 janvier 2018 en disponibilité d'office pour un an à compter du 18 avril 2017. Elle a formé le 20 mars 2020 une demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de son état de santé qui a été implicitement rejetée. En sa réunion du 22 septembre 2020, la commission de réforme saisie pour statuer sur la retraite pour invalidité a rendu un avis favorable.

5. Si dans ces circonstances, l'administration ne pouvait que régulariser la situation de Mme B en la plaçant de façon rétroactive en disponibilité d'office, elle n'était autorisée à le faire, en application des dispositions précitées, que durant deux ans supplémentaires soit jusqu'au 17 avril 2020, faute pour Mme B de remplir les conditions pour qu'il soit procédé à une nouvelle prolongation.

6. Mme B devait dès lors, en application des dispositions précitées, percevoir durant la période de renouvèlement autorisée un demi-traitement. Par suite, en décidant, par un article 2 que " dans cette position, l'intéressée ne percevra aucun traitement ", la ministre de la culture a entaché les arrêtés MCC-0000059763 et MCC-0000059766 d'une erreur de droit.

7. Par suite, les articles 2 des arrêtés MCC-0000059763 et MCC-0000059766 des 20 avril 2021 décidant de placer Mme B en disponibilité d'office du 18 avril 2018 au 18 avril 2020, en tant qu'ils prévoient l'absence de versement d'un traitement doivent être annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / () ".

9. Le présent jugement implique nécessairement, de par ses motifs, qu'il soit enjoint à la ministre de la culture de procéder au versement d'un demi-traitement à Mme B pour la période du 18 avril 2018 au 17 avril 2020, dans un délai de deux mois à compter du présent jugement. Il n'y a pas lieu de prononcer une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens

D É C I D E :

Article 1er : Les articles 2 des arrêtés MCC-0000059763 et MCC-0000059766 des 20 avril 2021 de la ministre de la culture décidant de placer Mme B en disponibilité d'office du 18 avril 2018 au 18 avril 2020 sont annulés, en tant qu'ils prévoient l'absence de versement d'un traitement.

Article 2 : Il est enjoint à la ministre de la culture de procéder au versement d'un demi-traitement à Mme B pour la période du 18 avril 2018 au 17 avril 2020, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre de la culture.

Délibéré après l'audience publique du 29 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

V. Rabate

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne à la ministre de la culture, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 13 février 2024.

Le greffier,

F. Balicki

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N° 1901371

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N° 1901371

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