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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2104845

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2104845

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2104845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2021, M. A D, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande du 26 octobre 2020 tendant à la délivrance d'une carte de résident de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de résident ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le préfet a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'une carte de résident sans motiver sa décision ;

- dès lors qu'il remplit l'ensemble des conditions prévues à l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a fait une inexacte application de ces dispositions en refusant de lui accorder la carte de résident qu'elles prévoient ;

- compte tenu de ses attaches familiales en France et du caractère pérenne de son séjour sur le territoire français, la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Ruffel, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant marocain né le 1er janvier 1979, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, a sollicité la délivrance d'une carte de résident de dix ans par une lettre du 26 octobre 2020. Le préfet de l'Hérault s'est borné à lui délivrer le 3 décembre 2020 une carte de séjour pluriannuelle, valable jusqu'au 2 décembre 2022. M. D demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de la décision implicite refusant de lui accorder la carte de résident qu'il sollicitait.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. D'une part, il résulte des termes mêmes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration qu'une décision implicite, intervenue dans les cas où une décision explicite aurait dû être motivée, n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Ainsi la décision implicite par laquelle le préfet de l'Hérault a rejeté la demande dont il était saisi de la part de M. D n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'a pas été motivée. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D aurait adressé au préfet une demande tendant à la communication des motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " est délivrée de plein droit à l'étranger qui justifie :/ () 2° De ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins. Ces ressources doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. () ". Aux termes de l'article R. 314-1-1 du même code, alors en vigueur : " L'étranger qui sollicite la délivrance de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " doit justifier qu'il remplit les conditions prévues aux articles L. 314-8, L. 314-8-1 ou L. 314-8-2 en présentant, outre les pièces mentionnées aux articles R. 311-2-2 et R. 314-1, les pièces suivantes :/ () 2° La justification qu'il dispose de ressources propres, stables et régulières, suffisant à son entretien, indépendamment des prestations et des allocations mentionnées au 2° de l'article L. 314-8, appréciées sur la période des cinq années précédant sa demande, par référence au montant du salaire minimum de croissance ; lorsque les ressources du demandeur ne sont pas suffisantes ou ne sont pas stables et régulières pour la période des cinq années précédant la demande, une décision favorable peut être prise, soit si le demandeur justifie être propriétaire de son logement ou en jouir à titre gratuit, soit en tenant compte de l'évolution favorable de sa situation quant à la stabilité et à la régularité de ses revenus, y compris après le dépôt de la demande./ () ".

5. M. D, qui se prévaut d'une résidence régulière en France depuis le mois de décembre 2015, ne justifie pas de ses ressources au titre des années 2016 et 2017. S'il soutient avoir perçu un salaire mensuel de plus de 2 000 euros par mois pendant l'année 2018, les bulletins de paie qu'il produit pour les seuls mois d'août, septembre et octobre 2018 ne permettent pas de l'établir. S'il justifie par la production de son avis d'imposition avoir perçu, au titre de l'année 2019, des salaires s'élevant à 15 886 euros, il ne produit pour l'année 2020 que cinq bulletins de salaire concernant les mois de juin, juillet, août, septembre et décembre, dont il ressort qu'il a perçu une somme totale de 11 826,62 euros au titre de ses salaires, en diminution par rapport à ceux de l'année précédente. Dans ces conditions, le requérant ne peut être regardé comme justifiant de ressources stables, régulières et suffisantes, à la date de la décision implicite rejetant sa demande. Par suite, le préfet de l'Hérault n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'une carte de résident.

6. En troisième lieu, dans les circonstances de l'espèce, alors même que

M. D réside en France depuis de nombreuses années et qu'il subvient aux besoins et à l'éducation de sa fille, née à Montpellier le 28 mai 2015, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation à laquelle il s'est livré de la situation personnelle du requérant en se bornant à renouveler sa carte de séjour pluriannuelle au lieu de lui délivrer la carte de résident sollicitée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite du préfet de l'Hérault contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de

M. D à fin d'injonction de délivrance d'une carte de résident ou de réexamen de sa situation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Charvin, président,

M. Verguet, premier conseiller,

Mme Doumergue, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

Le rapporteur,

H. B

Le président,

J. Charvin

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 4 avril 2023

La greffière,

M. C

Ls

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