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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2105076

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105076

vendredi 23 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2105076
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantBETROM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n° 2105078, enregistrée le 28 septembre 2021, Mme D, représentée par Me Betrom, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 décembre 2020 par laquelle Montpellier Méditerranée Métropole a fixé la date de consolidation de sa rechute du 17 octobre 2016 au 27 avril 2018 avec un état antérieur de 7 % et un taux d'incapacité permanente partielle (IPP) de 10 % et a précisé que, postérieurement à cette date, les arrêts relèveraient de la maladie ordinaire ou d'un congé de longue maladie ;

2°) d'enjoindre à l'administration de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service dans un délai de 30 jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Montpellier le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure quant à la réunion de la commission de réforme en méconnaissance des dispositions de l'article 19 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions du 2° de l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 et celles de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2022, Montpellier Méditerranée Métropole, représentée par Me Merland, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été présentée à l'expiration des délais de recours contentieux ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

II. Par une requête n° 2105076, enregistrée le 28 septembre 2021, Mme D, représentée par Me Betrom, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2021 par lequel Montpellier Méditerranée Métropole l'a placée en position disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 28 avril 2021 jusqu'à la date de sa mise à la retraite pour invalidité d'office ;

2°) d'enjoindre à l'administration de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service dans un délai de 30 jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Montpellier le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure quant à la réunion du comité médical en méconnaissance des dispositions de l'article 4 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 57 2° de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 et celles de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2022, Montpellier Méditerranée Métropole, représentée par Me Merland, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique,

- et les observations de Me Charre, représentant Montpellier Méditerranée Métropole.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D est adjoint administratif de 2ème classe et exerce ses fonctions au sein de Montpellier Méditerranée Métropole. Le 2 juillet 2008, elle a ressenti après un effort de torsion du tronc, un claquement suivi d'une lombosciatalgie gauche. Cet accident a été déclaré imputable au service, la date de consolidation des lésions a alors été fixée au 15 juillet 2008. Mme D a été victime d'une première rechute suite à cet accident de service le 1er juillet 2010. Elle a été victime d'une seconde rechute le 17 octobre 2016. Par décision du 6 août 2018, Montpellier Méditerranée Métropole a décidé de suivre l'avis de la commission de réforme du 31 juillet 2018 et a fixé la date de consolidation de la rechute du 17 octobre 2016 au 27 avril 2018 avec un taux d'IPP de 17 % dont 7 % d'état antérieur. Par un jugement du 18 septembre 2020, le tribunal administratif de Montpellier a annulé cette décision pour vice de procédure et a enjoint à Montpellier Méditerranée Métropole de réexaminer la situation de Mme D. Par une décision du 14 décembre 2020, Montpellier Méditerranée Métropole a décidé de suivre l'avis de la commission de réforme du 7 décembre 2020 en fixant la date de consolidation de la rechute du 17 octobre 2016 au 27 avril 2018 avec un état antérieur de 7 % et un taux d'IPP de 10 % et en précisant que postérieurement à cette date, les arrêts relèveraient de la maladie ordinaire ou d'un congé de longue maladie. Par un courrier du 2 février 2021, Mme D a introduit un recours administratif à l'encontre de cette décision. Par un arrêté du 28 juillet 2021, Mme D a été placée en position de disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 28 avril 2021 jusqu'à la date de sa mise à la retraite pour invalidité d'office conformément à l'avis du comité médical du 1er juin 2021. Par une requête n° 2105078, Mme D demande au tribunal d'annuler la décision du 14 décembre 2020. Par une requête n° 2105076, Mme D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2021.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2105078 et 2105076 présentées par Mme D concernent la situation d'un même fonctionnaire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par conséquent, de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par Montpellier Méditerranée Métropole dans l'instance n° 2105078 et dirigée contre la décision du 14 décembre 2020 :

3. Aux termes des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

4. En dehors des cas où, ni la décision initiale, ni les décisions prises sur les recours administratifs ne comportent la mention des délais et voies de recours prévue par les dispositions de l'article R. 421-5 précité, la formation d'un recours administratif contre une décision établit que l'auteur de ce recours administratif a eu connaissance de la décision qu'il a contestée au plus tard à la date à laquelle il a formé ce recours.

5. En l'espèce, si Montpellier Méditerranée Métropole n'établit pas que la décision attaquée du 14 décembre 2020 a été notifiée à la requérante, il ressort du recours administratif exercé par cette dernière qu'elle atteste en avoir été destinataire " par voie d'huissiers suite à l'avis de la CR du 07/12/2020 ". Ainsi, Mme D a eu connaissance de la décision contestée au plus tard le 2 février 2021, date de son recours administratif que Montpellier Méditerranée Métropole confirme avoir reçu ce même jour. Il ressort, en outre, des termes de la décision du 14 décembre 2020 qu'elle mentionnait les délais et voies de recours. Par ailleurs, l'administration n'avait pas à accuser réception du recours gracieux présenté par Mme D en précisant les voies et délais de recours contre une décision implicite de rejet, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration, l'article L. 112-2 de ce même code disposant que ces dispositions " () ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents. ". Dans ces conditions, le délai de recours contentieux a commencé à courir à la date à laquelle la décision implicite de rejet du recours gracieux peut être regardée comme étant née, soit le 2 avril 2021, et est venu à expiration le 3 juin 2021. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision litigieuse du 14 décembre 2020, enregistrées au greffe du tribunal le 28 septembre 2021, sont tardives et ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 28 juillet 2021 :

6. Aux termes de l'article 4 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " () Le secrétariat du comité médical informe le fonctionnaire : -de la date à laquelle le comité médical examinera son dossier ; -de ses droits concernant la communication de son dossier et de la possibilité de faire entendre le médecin de son choix ; -des voies de recours possibles devant le comité médical supérieur. () ".

7. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

8. Il ressort des pièces du dossier que le comité médical départemental a été consulté en ce qui concerne le placement en position de disponibilité d'office pour raison de santé de l'intéressée lors de sa séance du 1er juin 2021. D'une part, s'il est constant que, par courrier du 27 avril 2021, le secrétariat du comité médical a informé la requérante que la réunion se tiendrait, soit le 1er juin 2021, soit le 6 juillet 2021, selon la date de réception du compte-rendu médical du docteur A, cette mention ne peut être regardée comme lui permettant de connaître, sans équivoque, la date à laquelle son dossier serait examiné et être mise en mesure d'y faire valoir effectivement ses droits. D'autre part, si Montpellier Méditerranée Métropole fait valoir qu'un second courrier en date du 19 mai 2021 a été adressé à la requérante et mentionne que le rapport du docteur A a été réceptionné et que la réunion du comité médical se tiendra le 1er juin 2021 à 8 h tout en précisant également que le médecin ou le médecin du travail de la requérante peut assister à la séance, que, sur demande écrite, l'intéressée peut avoir accès à son dossier et obtenir une copie du rapport d'expertise et qu'elle peut contester l'avis rendu devant le comité médical supérieur, elle ne démontre pas que Mme D aurait effectivement reçu cette correspondance, qui ne porte d'ailleurs aucune référence d'envoi en recommandé avec accusé de réception. La requérante a dès lors été privée d'une garantie et est fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que l'arrêté du 28 juillet 2021 par lequel Montpellier Méditerranée Métropole a placé la requérante en position disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 28 avril 2021 jusqu'à la date de sa mise à la retraite pour invalidité d'office doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à Montpellier Méditerranée Métropole de procéder au réexamen de la situation de Mme D, après avoir saisi le comité médical départemental, et ce dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne l'instance n°2105076 :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme D, qui n'est pas la partie perdante, la somme que réclame Montpellier Méditerranée Métropole au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Montpellier, qui n'est pas partie à l'instance, la somme réclamée au même titre par Mme D.

En ce qui concerne l'instance n°210578 :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Montpellier, qui n'est pas partie à l'instance, la somme que réclame Mme D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme D la somme demandée par Montpellier Méditerranée Métropole au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 28 juillet 2021 par lequel Montpellier Méditerranée Métropole a placé la requérante en position de disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 28 avril 2021 jusqu'à la date de sa mise à la retraite pour invalidité d'office est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à Montpellier Méditerranée Métropole de procéder au réexamen de la situation de Mme D, après avoir saisi le comité médical, et ce dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à Montpellier Méditerranée Métropole.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.

La rapporteure,

M. BossiLe président,

J.-Ph. Gayrard

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 décembre 2022.

La greffière,

B. Flaesch

N°s 2105076 et 2105078

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