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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2105145

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105145

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2105145
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMANYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2021, complétée le 5 octobre 2021, Mme C B, représentée par Me Manya, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 29 juillet 2021 par laquelle le maire de la commune de Vivès a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre à la commune de Vivès de lui accorder la protection fonctionnelle sollicitée et de prendre toutes mesures adéquates de nature à la protéger et la défendre contre les agissements caractérisant un harcèlement moral, et ce dans un délai de huit jours, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de condamner la commune de Vivès à lui verser une somme de 100 000 euros au titre du préjudice moral subi ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Vivès la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- le maire de la commune de Vivès a procédé à la diminution progressive de ses heures de travail dans l'objectif de la contraindre à quitter son poste ;

- elle a engagé cinq recours contre l'ensemble de décisions illégales que le maire a retiré avant l'audience de référé ;

- la délibération du 5 août 2019 rétablissant son temps de travail initial est empreinte de mauvaise foi et d'inexactitude dès lors qu'elle avait demandé une augmentation de huit heures, pour compenser le départ de la secrétaire de mairie, partie à la retraite, et de la comptable, alors que seules 4 heures lui ont été accordées ,

- elle avait donc refusé une diminution de son temps de travail ainsi qu'en atteste le compte-rendu du conseil municipal du 26 novembre 2020 et, par un courrier du 21 mai 2021, le centre de gestion avait signalé l'illégalité de ces délibérations, le cumul d'emplois étant légal dans les limites fixées par l'article 8 du décret n°91-298 du 20 mars 1991 ;

- le maire avait connaissance du temps de travail effectué à raison de 16 heures par semaine auprès du syndicat interscolaire (SIS) au sein duquel siègent deux de ses délégués.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 décembre 2021, la commune de Vivès, représentée par Me Bonnet, conclut au rejet de la requête et la condamnation de la requérante à lui verser une somme de 2 000 euros au titre de l'article au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune en défense soutient que les moyens de la requête de Mme B ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du juge des référés n°2103955 du 28 juillet 2021 ;

- l'ordonnance du juge des référés n°2103976, 2103978, 2103979, 2103980, 2104005

du 20 août 2021 ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 91-298 du 20 mars 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Lafon, rapporteur public ;

- les observations de Me Pion-Riccio, représentant Mme B, et de Me Bonnet, représentant la commune de Vivès.

Une note en délibéré, présentée pour Mme B par Me Manya, a été enregistrée le 6 juillet 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, qui exerce les fonctions de secrétaire de mairie auprès de la commune de Vivès (Pyrénées-Orientales) à raison de 24 heures par semaine, a sollicité, par courrier reçu en mairie le 2 juin 2021, le bénéfice de la protection fonctionnelle et la réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de mesures illégales portant réduction de son temps de travail et de propos tenus à son égard, constitutifs de harcèlement moral. Cette demande a été rejetée par une décision du premier adjoint au maire en date du 29 juillet 2021. Par la présente requête, Mme B, qui conteste le bien-fondé de cette décision, demande le paiement par la commune de Vivès d'une somme de 100 000 euros en réparation de son préjudice moral.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 codifié à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique: " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ". Aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires désormais codifié à l'article L. 134-5 du code général de la fonction publique: " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. "

3. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Pour contester le rejet de sa demande de protection fonctionnelle, Mme B soutient que les délibérations du 12 avril et 21 mai 2019 réduisant la quotité de son temps de travail hebdomadaire de 24 heures à 20 heures, puis à 21,30 et 22 heures ont été prises dans le but d'obtenir son éviction, que la délibération du 5 août 2019 rétablissant son temps de travail initial est empreinte de mauvaise foi et d'inexactitude, dès lors qu'elle avait demandé une augmentation de huit heures pour compenser le départ de la secrétaire de mairie, et que le centre de gestion des Pyrénées-Orientales a estimé que la diminution son temps de travail de plus 10 % ne pouvait intervenir sans son accord. Il est toutefois constant que les délibérations précitées ont été retirées et que le temps de travail de Mme B, qui cumulait ses fonctions avec d'autres fonctions auprès du syndicat interscolaire (SIS) de Céret à hauteur de 16/35ème par semaine, ne pouvait, en vertu des articles 8 et 9 du décret du 20 mars 1991 portant dispositions statutaires applicables aux fonctionnaires territoriaux nommés dans des emplois permanents à temps non complet, exercer ses fonctions auprès de ses deux employeurs pendant une durée totale de service excédant de plus de 15 % celle afférente à un emploi à temps complet.

5. Si, par ailleurs, Mme B soutient avoir fait l'objet de la part du maire de Vivès de brimades et remarques déplacées sur ses compétences et son physique, ayant eu pour effet de la marginaliser du service, elle ne verse au soutien de ses allégations que ses propres témoignages. L'attestation d'une ancienne employée, dénonçant les propos que lui avait personnellement tenu le maire et relatant un échange téléphonique avec Mme B, sans être le témoin direct des agissements dénoncés par la requérante, ne sont pas davantage probants. Il en est de même des échanges de courriers avec le médecin de prévention. La circonstance que le signataire de la décision refusant l'octroi de la protection fonctionnelle a indiqué que Mme B n'avait jamais fait part de la moindre difficulté relationnelle, alors qu'elle l'avait, ainsi que son épouse, préalablement alerté de l'attitude du maire, ne saurait établir une situation de harcèlement moral, pas plus que le refus de congés en date du 14 janvier 2021. Enfin, rien ne tend à démontrer que Mme B aurait été empêchée d'entrer dans la mairie de manière arbitraire et que les actes du maire seraient insusceptibles, par leur nature ou leur gravité, de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique ou révéleraient des représailles qu'elle aurait subis pour avoir dénoncé de tels faits.

6. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 et 5 que les faits allégués par Mme B ne sont pas constitutifs d'un harcèlement moral. Par suite, la commune de Vivès a pu, à bon droit, refuser d'accorder à l'intéressée le bénéfice de la protection fonctionnelle. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Vivès qui n'est pas partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Vivès et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Vivès au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la commune de Vivès.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

M. Myara, premier conseiller,

Mme Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

A. ALa présidente,

S. Encontre

La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 juillet 2022.

La greffière,

C. Arce

N°S 2105145

lr

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