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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2105156

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105156

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2105156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCOURRECH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er octobre 2021 et 20 octobre 2022, la société Belin Promotion, représentée par Me Courrech, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 août 2021 par lequel le maire de la commune de Marseillan a refusé de lui délivrer un permis de construire pour édifier un bâtiment de 35 logements collectifs ;

2°) d'enjoindre à la commune de Marseillan de statuer à nouveau sur sa demande dans un délai de deux mois suivant le jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Marseillan une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée dès lors qu'elle repose sur une motivation par référence à un avis d'un service municipal et une note du directeur des services techniques qui n'étaient pas joints à l'arrêté ;

- le motif de refus tiré de l'inondabilité de la parcelle est entaché d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2022, la commune de Marseillan, représentée par la SCP Dillenschneider Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Belin Promotion une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Belin Promotion ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crampe,

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public,

- et les observations de Me Marti représentant la société Belin Promotion et de Me Dillenschneider représentant la commune de Marseillan.

Considérant ce qui suit :

1. La société Belin Promotion a déposé le 18 mai 2021 une demande de permis de construire visant à édifier un bâtiment de 35 logements collectifs sur une parcelle située 7, chemin de Fiend, en zone UC du plan local d'urbanisme de la commune de Marseillan. Par sa requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 12 août 2021 par lequel le maire de la commune de Marseillan a refusé de lui délivrer ce permis de construire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la motivation :

2. Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

3. Pour refuser de délivrer le permis de construire en litige, le maire de la commune de Marseillan s'est fondé, au visa de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, d'une part sur l'existence d'un risque lié au risque de saturation du réseau pluvial, dénoncé par l'avis défavorable du service des eaux pluviales urbaines de Sète Agglopôle méditerranée, dont les termes sont reproduits dans l'arrêté attaqué, et que le maire s'est ainsi approprié. D'autre part, le maire a retenu l'existence d'un risque d'inondation, matérialisé par " la note et les photos de M. A, directeur des services municipaux, concernant l'inondabilité du secteur lors de forte précipitations ". Toutefois, cette note à laquelle il est fait référence sans que sa teneur ne soit exposée n'était pas jointe à l'arrêté en litige, pas plus que les photographies réalisées. Compte tenu de la référence expresse au contenu de cette note interne supposée matérialiser le risque d'inondation, la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée.

S'agissant de l'erreur d'appréciation :

4. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations " ;

5. En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

6. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette de la construction en litige est situé dans une commune dont le territoire est couvert par un plan de prévention des risques mais n'est pas classé en zone à risque. Pour faire usage de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et refuser de délivrer l'autorisation sollicitée, la commune de Marseillan a invoqué, en premier lieu, une note de son directeur général des services techniques en date du 28 juin 2021, indiquant s'être trouvé sur le chemin de Fiend le 1er mars 2018, et y avoir pris une photographie montrant une hauteur d'1 mètre d'eau, jointe à cette note ainsi que deux autres photographies émanant de voisins, montrant une hauteur d'eau de 80 et 60 centimètres, sur des parcelles dont les eaux qui y sont retenues s'écouleraient sur le terrain d'assiette du projet.

7. Toutefois, d'une part, ces photographies, prises sur un chemin ou sur un terrain privé selon un angle serré et dont l'emplacement n'est pas reporté sur un plan de masse, qui représentent des murs et clôtures non transparents à l'eau, ne matérialisent pas le risque inondable qui existerait sur le terrain d'assiette de l'opération en litige, alors qu'il ressort des pièces du dossier que la commune a, depuis lors, inauguré un bassin de rétention d'une capacité de stockage de 10 000 m3 destiné à protéger le centre de Marseillan des inondations, situé à 600 mètres à vol d'oiseau de la parcelle en litige. Ces observations ne prennent pas davantage en considération les prévisions contenues dans la notice hydraulique du pétitionnaire, qui, outre un ouvrage de stockage des eaux conforme à l'exigence fixée par le PPRI d'un 120 litres par mètre carré imperméabilisé, a prévu une zone supplémentaire d'expansion des crues. A supposer que le terrain demeurerait inondable après l'aménagement d'un bassin de rétention communal et les aménagements projetés, il ne ressort pas des pièces du dossier que d'autres prescriptions ne permettraient pas d'assurer la conformité de la construction à l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

8. Par ailleurs, le maire de la commune a opposé, pour refuser de délivrer l'autorisation sollicitée, l'avis du service de l'agence Thau Méditerranée, gestionnaire des réseaux eau potable, usée et pluviales, lequel indique que le rejet dans la canalisation existante ne peut être autorisé compte tenu de la saturation régulière du réseau lors d'évènements pluviaux intenses et ajoute que plusieurs épisodes orageux significatifs ont confirmé la sensibilité hydraulique de ce secteur. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le pétitionnaire a prévu un bassin de rétention à ciel ouvert aménagé ainsi que la rétention en toiture, puis la redirection des eaux pluviales vers le réseau existant situé sous le chemin de Fiend ainsi qu'une gestion du débit de fuite conforme aux préconisations du schéma stratégique de la ville. Le pétitionnaire a rédigé une notice hydraulique aux termes de laquelle il mentionne le dimensionnement de l'ouvrage de stockage compensatoire imposé par le PPRI, soit 120 litres par mètre carré imperméabilisé, mais acte également que la ville de Marseillan se réserve la possibilité de demander une justification du dimensionnement en fonction, notamment, de la capacité du réseau pluvial en aval, et pourra demander la réalisation d'un ouvrage de type " noue " à ciel ouvert. Eu égard au caractère très général du service de l'agence Thau Méditerranée, il ne ressort pas des pièces du dossier que ne pourraient être recherchées la possibilité d'inclure une ou des prescriptions pour ne pas augmenter la saturation du réseau pluvial.

9. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier qu'il n'est pas légalement possible d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions permettant d'assurer la conformité de la construction à l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. C'est ainsi par une erreur d'appréciation que le maire de Marseillan a refusé, pour ce motif, de délivrer le permis sollicité.

10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les deux moyens soulevés dans la requête ont été accueillis.

11. Il résulte de ce qui précède que la société Belin Promotion est fondée à demander l'annulation de l'arrêté en date du 12 août 2021 par lequel le maire de la commune de Marseillan a refusé de lui délivrer un permis de construire.

Sur les conclusions en injonction :

12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : "Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution.". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette décision doit intervenir dans un délai déterminé " ;

13. L'exécution du jugement prononçant l'annulation du refus de permis de construire opposés par le maire de Marseillan à la société requérante sur le fondement de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, implique nécessairement que l'autorité administrative procède à une nouvelle instruction de la demande de permis de construire. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au maire de Marseillan de prendre une nouvelle décision sur la demande de permis de construire présentée par la société Belin Promotion dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Belin Promotion, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Marseillan, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

15. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Marseillan une somme de 1500 euros au titre des frais non compris dans les dépens exposés par la société Belin Promotion.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 août 2021 du maire de la commune de Marseillan portant refus de permis de construire est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Marseillan de prendre une nouvelle décision sur la demande de permis de construire de la société Belin Promotion dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Marseillan versera à la société Belin Promotion une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Marseillan au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Belin Promotion et à la commune de Marseillan.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente,

Mme Couegnat, première conseillère,

Mme Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure

S. Crampe La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 5 octobre 2023.

La greffière,

M. B

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