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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2105390

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105390

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2105390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL MAILLOT AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 octobre 2021 et 15 juin 2022, M. C B, représenté par Me Lafon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2021 par lequel le maire de la commune de Villeneuve-les-Béziers l'a radié des effectifs de la collectivité pour abandon de poste, avec effet à compter de sa notification ;

2°) d'enjoindre à la commune de Villeneuve-les-Béziers de le réintégrer dans un emploi correspondant à son grade, de procéder à la reconstitution de sa carrière, de ses droits sociaux et de ses droits à pension de retraite à compter du 23 août 2021, de lui restituer la somme de 647,09 euros et de lui verser les traitements qu'il aurait dû percevoir à compter du 1er septembre 2021 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-les-Béziers la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la mise en demeure du 9 août 2021 de reprendre ses fonctions au 23 août 2021 adressée par la commune de Villeneuve-les-Béziers était irrégulière dès lors qu'il avait été placé en congé de maladie ordinaire par un arrêté du 5 août 2021 pour la période du 1er août 2021 au 1er septembre 2021 ;

- il n'a pas rompu le lien qui l'unit au service dès lors qu'il a adressé, par courrier du 23 août 2021, une demande de rendez-vous au maire de la commune de Villeneuve-les-Béziers ;

- il n'a pas rompu le lien qui l'unit au service dès lors qu'il se trouvait en situation d'absence régulière, en position de congé de maladie ordinaire et qu'il avait fourni deux arrêts de travail émanant de son médecin traitant et de son médecin psychiatre qui remettaient en cause l'avis du médecin agréé et l'avis du médecin du travail quant à son aptitude à la reprise de ses fonctions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2022, la commune de Villeneuve-les-Béziers, représentée par Me Maillot, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du 15 décembre 2021, le bureau de l'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle de M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B était adjoint technique principal de deuxième classe depuis le 1er janvier 2009. Par courrier du 9 août 2021, le maire de la commune de Villeneuve-les-Béziers a mis en demeure le requérant de reprendre son service le 23 août 2021 et l'a averti qu'en cas de refus, une procédure de radiation des cadres pour abandon de poste serait initiée. Par arrêté du 31 août 2021, le maire de la commune de Villeneuve-les-Béziers a radié M. B des effectifs de la collectivité pour abandon de poste. Par courrier du 7 octobre 2021, le maire a rejeté le recours gracieux introduit par le requérant le 13 septembre 2021. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 août 2021 et à ce qu'il soit enjoint à la commune de le réintégrer

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il encourt d'une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est pas présenté et n'a fait connaître à l'administration aucune intention de reprendre son service avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester une telle intention, l'administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la mise en demeure litigieuse du 9 août 2021 a été notifiée à l'intéressé le 11 août 2021, qu'elle mentionnait que l'intéressé devait se présenter sur le lieu d'exercice de ses fonctions le 23 août 2021 à 8h et qu'elle informait M. B que s'il n'obtempérait pas, il serait considéré comme ayant abandonné son poste et radié des cadres, sans procédure disciplinaire préalable, ni respect des droits de la défense. Le requérant soutient que cette mise en demeure présentait un caractère incompréhensible dès lors qu'il a été placé par la commune en congé de maladie ordinaire du 1er août 2021 au 1er septembre 2021. Toutefois, l'arrêté du 5 août 2021 plaçant, dans un premier temps, M. B en congé de maladie ordinaire a été notifié au requérant le 9 août 2021, soit antérieurement au 11 août 2021, date de notification à l'intéressé de la mise en demeure de reprendre ses fonctions au 23 août 2021. Cette dernière décision précisait à M. B que les arrêts de travail transmis pour la période du 31 juillet 2021 au 3 septembre 2021 et du 1er août 2021 au 1er septembre 2021 ne remettaient pas en cause les avis d'aptitude aux fonctions émis par le médecin du travail et le médecin agréé et elle présentait ainsi un caractère clair et non équivoque quant aux conséquences qui s'y attacheraient en cas de non-respect du délai octroyé. Dans ces conditions, le moyen tiré du caractère irrégulier de la mise en demeure du 9 août 2021 doit être écarté.

4. En deuxième lieu, le courrier du 23 août 2021 émanant de M. B qui se borne à solliciter un rendez-vous avec le maire ne peut être regardé comme manifestant l'intention du requérant de reprendre son service.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version alors applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie () en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 58 ". Aux termes de l'article 58 de cette même loi, dans sa version alors applicable : " Des décrets en Conseil d'Etat : 1° Fixent les modalités des différents régimes de congé, déterminent leurs effets sur la situation administrative du fonctionnaire et prévoient les obligations auxquelles le fonctionnaire demandant le bénéfice ou bénéficiant des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57 est tenu de se soumettre en vue de l'octroi ou du maintien de ces congés, sous peine de voir réduire ou supprimer le traitement qui lui avait été conservé ; () ". Aux termes de l'article 15 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " Pour obtenir un congé de maladie ainsi que le renouvellement du congé initialement accordé, le fonctionnaire adresse à l'autorité territoriale dont il relève, dans un délai de quarante-huit heures suivant son établissement, un avis d'interruption de travail. Cet avis indique, d'après les prescriptions d'un médecin, d'un chirurgien-dentiste ou d'une sage-femme, la durée probable de l'incapacité de travail. () L'autorité territoriale peut faire procéder à tout moment à la contre-visite du demandeur par un médecin agréé ; le fonctionnaire doit se soumettre, sous peine d'interruption du versement de sa rémunération, à cette contre-visite. Le comité médical compétent peut être saisi, soit par l'autorité territoriale, soit par l'intéressé, des conclusions du médecin agréé. ".

6. L'agent qui se trouve en position de congé de maladie est regardé comme n'ayant pas cessé d'exercer ses fonctions. Par suite, il ne peut en principe faire l'objet d'une mise en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service à la suite de laquelle l'autorité administrative serait susceptible de prononcer, dans les conditions définies au point 2 ci-dessus, sa radiation des cadres pour abandon de poste. Il en va toutefois différemment lorsque l'agent, reconnu apte à reprendre ses fonctions suite à la contre-visite médicale diligentée par l'administration et effectuée par un médecin agréé, se borne, pour justifier sa non présentation ou l'absence de reprise de son service, à produire un certificat médical prescrivant un nouvel arrêt de travail sans apporter, sur l'état de santé de l'intéressé, d'éléments nouveaux par rapport aux constatations sur la base desquelles a été rendu l'avis du médecin agréé.

7. Il est constant que l'intéressé bénéficiait de deux certificats médicaux d'arrêt de travail délivré pour la période du 31 juillet 2021 au 3 septembre 2021 ainsi que pour la période du 1er août 2021 au 1er septembre 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la commune de Villeneuve-les-Béziers avait organisé une contre-visite médicale par un médecin agréé conformément aux dispositions précitées de l'article 15 du décret du 30 juillet 1987 concernant l'arrêt de travail transmis par le requérant pour la période antérieure du 25 juin 2021 au 31 juillet 2021. Le médecin agréé mandaté a conclu, le 23 juillet 2021, que le requérant était apte à reprendre ses fonctions au 1er août 2021 et M. B n'a pas saisi le comité médical compétent pour contester les conclusions de ce médecin agréé comme il en avait pourtant la faculté. Ainsi, M. B ne pouvait être régulièrement placé en congé de maladie ordinaire à compter du 1er août 2021 et ne saurait être ainsi regardé comme étant en position régulière au regard de la mise en demeure qui lui a été adressée le 9 août 2021 dès lors qu'il n'est pas établi, alors même qu'un des nouveaux arrêts de travail transmis émanait d'un médecin psychiatre, que ces derniers apportaient des éléments nouveaux sur son état de santé par rapport aux constatations sur la base desquelles a été rendu cet avis du médecin agréé. Dès lors, l'intéressé, qui ne justifie pas s'être trouvé dans l'impossibilité de reprendre son travail suite à la mise en demeure du 9 août 2021, doit être regardé, contrairement à ce qu'il soutient, comme ayant rompu le lien qui l'unissait à la commune de Villeneuve-les-Béziers qui pouvait, ainsi, prononcer sa radiation des cadres pour abandon de poste sans entacher sa décision d'illégalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Ses conclusions à fin d'injonction doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Villeneuve-les-Béziers, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la commune de Villeneuve-les-Béziers au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Villeneuve-les-Béziers sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Villeneuve-les-Béziers.

Délibéré après l'audience du 3 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

La rapporteure,

M. BossiLe président,

J.-P. Gayrard

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 24 février 2023.

La greffière,

B. Flaesch

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