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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2105419

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105419

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2105419
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat VERGUET
Avocat requérantPONS-SERRADEIL MATHIEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 octobre 2021, 19 janvier et 28 octobre 2022, Mme C B, représentée par Me Pons-Serradeil, demande au tribunal :

1°) de prononcer l'annulation de la décision référencée " 48 SI " du 12 août 2021 constatant la perte de validité de son permis de conduire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer les points retirés ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- aucune des décisions portant retrait de points ne lui ayant été notifiée, elle est recevable à exciper de l'illégalité de ces décisions ;

- le ministre de l'intérieur n'apporte pas la preuve que l'information préalable requise lui a été délivrée lors de la constatation des infractions commises les 13 février 2013, 24 février 2013, 25 juin 2014, 27 décembre 2016, 5 avril 2017, 31 mars 2018, 3 août 2018, 18 octobre 2018, 5 janvier 2019 et 21 juillet 2019 ;

- l'administration ne justifie pas que le formulaire référencé " 48 M " lui a été notifié ;

- l'administration n'a pas tenu compte du stage de sensibilisation à la sécurité routière auquel elle a participé les 23 et 24 octobre 2019, donnant droit à la récupération de quatre points.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 décembre 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens, tirés du défaut de notification des retraits de points successifs et du formulaire référencé " 48 M ", sont inopérants ;

- les autres moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Calvet, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B demande l'annulation de la décision référencée " 48 SI " du 12 août 2021, constatant la perte de validité de son permis de conduire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'illégalité des retraits de points consécutifs aux infractions constatées :

2. En premier lieu, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Mme B ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que les retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

3. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au ministre de l'intérieur, à peine de nullité de la procédure, d'avertir un conducteur lorsque le nombre de points de son permis de conduire va se trouver réduit à un nombre de points égal ou inférieur à six du fait d'un retrait de points prononcé à la suite d'une infraction. Ainsi les conditions de la notification au conducteur de la lettre l'invitant à effectuer un stage de sensibilisation n'entachent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité des retraits de points litigieux. Par suite, Mme B ne peut, en tout état de cause, utilement soutenir que le défaut de notification de la décision " 48 M ", l'invitant à effectuer un stage de sensibilisation à la sécurité routière dès lors que son capital de points est passé sous le seuil de six points, entache d'illégalité la décision d'invalidation de son titre de conduite.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire, à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.

5. D'une première part, s'agissant des retraits de points consécutifs aux infractions constatées par radar automatique, il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le paiement de l'amende forfaitaire correspondant à une infraction au code de la route est établi par la mention qui en est faite dans le système national des permis de conduire, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction. Il résulte des arrêtés pris pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment de leurs dispositions codifiées à l'article A. 37-8 de ce code dans sa rédaction en vigueur à la date des infractions en litige, que lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du code de la route est constatée par radar automatique, il découle du paiement de l'amende forfaitaire au titre de cette contravention que l'intéressé a nécessairement reçu l'avis de contravention.

6. Le paiement des amendes forfaitaires correspondant aux infractions, constatées par radar automatique, commises les 13 février 2013, 24 février 2013, 25 juin 2014, 27 décembre 2016, 31 mars 2018, 3 août 2018, 18 octobre 2018 et 5 janvier 2019 est mentionné sur le relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de Mme B. Il n'est ni établi ni même allégué, pour aucune de ces infractions, que cette dernière aurait présenté une requête en exonération. Les mentions dont l'avis de contravention est réputé être revêtu en vertu des dispositions mentionnées ci-dessus sont suffisantes au regard des exigences d'information du contrevenant résultant des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Faute pour Mme B de produire les avis de contravention qu'elle a nécessairement reçus pour démontrer qu'ils seraient inexacts ou incomplets, elle n'est pas fondée à soutenir que l'administration ne s'est pas acquittée envers elle de l'obligation d'information résultant des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

7. D'une deuxième part, depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.

8. Il résulte des mentions portées sur le procès-verbal électronique relatif à l'infraction relevée le 5 avril 2017, produit par le ministre de l'intérieur, que Mme B a apposé sa signature sur la page écran qui lui a été présentée. Dans ces conditions, le ministre rapporte la preuve que l'intéressée a reçu les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le moyen tiré du manquement à l'obligation d'information préalable au retrait de points consécutif à cette infraction doit dès lors être écarté.

9. D'une troisième part, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation. Cette dernière condition est également remplie lorsque la condamnation intervient selon la procédure simplifiée régie par les articles 524 et suivants du code de procédure pénale, qui permettent au juge de statuer sans débat préalable sur une contravention de police, mais qui réservent la possibilité, pour le prévenu, de former opposition à l'ordonnance pénale ainsi prononcée et d'obtenir que l'affaire soit portée à l'audience du tribunal judiciaire dans les formes de la procédure ordinaire.

10. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral relatif à la situation de Mme B que la réalité de l'infraction commise le 21 juillet 2019 a été établie par la condamnation, devenue définitive, prononcée le 14 février 2020 par le tribunal judiciaire de Brive. Par suite, Mme B ne saurait utilement soutenir qu'elle n'a pas bénéficié, à l'occasion de cette infraction, de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 222-3 et R. 222-3 du code de la route.

En ce qui concerne le droit à la récupération de quatre points :

11. En vertu du quatrième alinéa de l'article L. 223-6 du code de la route, le titulaire du permis de conduire qui a commis une infraction ayant donné lieu à retrait de points peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière qui peut être effectué dans la limite d'une fois par an. Selon le II de l'article R. 223-8 du même code, l'attestation délivrée à l'issue d'un tel stage donne droit à la récupération de quatre points dans la limite du plafond affecté au permis de conduire de son titulaire.

12. Mme B justifie, par la production d'une feuille d'émargement, avoir participé, les 23 et 24 octobre 2019, à un stage de sensibilisation à la sécurité routière dispensé par la société Recup Permis, titulaire d'un agrément en cours de validité à ces dates. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que Mme B ne s'est trouvée dans l'impossibilité de produire l'attestation prévue à l'article R. 223-8 du code de la route qu'en raison de la défaillance de la société Recup Permis. Dans ces circonstances, la requérante est fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration n'a pas pris en compte son droit à la récupération de quatre points. Il résulte de l'instruction que, compte tenu du droit de Mme B à la récupération de quatre points, le solde de points de son permis de conduire n'était pas nul à la date du 12 août 2021 à laquelle a été prise la décision référencée " 48 SI " contestée. Dès lors, le ministre de l'intérieur ne pouvait légalement, à cette date, constater la perte de validité de ce permis. La décision référencée " 48 SI " du 12 août 2021 doit, par suite, être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement n'implique pas la restitution de points illégalement retirés. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La décision référencée " 48 SI " du 12 août 2021 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé :

H. ALa greffière,

Signé :

A. Lacaze

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 6 décembre 202La greffière,

A. Lacaze

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