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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2105424

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105424

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2105424
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL MAILLOT AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée les 15 octobre 2021, la SAS LED'S GO, représentée par

Me Deniau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du maire de la commune de La Grande Motte du 18 août 2021 rejetant sa demande d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de la Grande Motte de prendre une nouvelle décision après réexamen de sa situation, ce dans un délai de 60 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous peine d'une astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de la Grande Motte la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 18 août 2021 rejetant sa demande d'occupation du domaine public est entachée d'un défaut de motivation ;

- l'auteur de la décision était incompétent en l'absence de justification d'une délégation de signature ou de fonction ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, aucun problème de sécurité justifiant la décision n'est établi ;

- l'arrêté n° 3625 sur lequel se fonde la décision attaquée constitue une sanction n'ayant pas fait l'objet d'une procédure contradictoire préalable ;

- l'arrêté n° 3625 constitue également une mesure de police administrative disproportionnée.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 4 janvier 2023, la commune de la Grande Motte, représentée par Me Maillot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SAS LED'S GO la somme de 2 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 18 août 2021 comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent ;

- l'auteur de la décision disposait d'une délégation de signature ;

- la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté n° 3625 sur lequel se fonde la décision attaquée n'est ni une sanction ni une mesure de police impliquant une procédure contradictoire préalable ;

- en tout état de cause, la décision est proportionnée.

Par ordonnance du 22 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Souteyrand ;

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public ;

- et les observations de Me Bard, représentant la commune de la Grande Motte.

Considérant ce qui suit :

1. Par un premier arrêté n° 3076 du 13 juin 2017, la commune de la Grande Motte a autorisé la société LED'S GO à installer une terrasse commerciale sur le trottoir au droit du local commercial qu'elle exploite au 339, place Pau Valéry, pour la vente et la location de matériel de mobilité électrique. Le 26 avril 2018 cette autorisation a été abrogée par un second arrêté n° 3625 au motif que le matériel de mobilité électrique loué ou vendu par la société générait des problèmes de sécurité sur les voies piétonnes et routières. Le 9 juin 2021, la SAS LED'S GO a de nouveau sollicité une autorisation d'occupation temporaire du domaine public, demande qui a été rejetée le le 18 août 2021 par le maire de la Grande Motte. La SAS LED'S GO demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision et d'enjoindre au maire de prendre une nouvelle décision après réexamen de sa situation, ce dans un délai de 60 jours à compter de la notification la décision à intervenir sous peine d'une astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il résulte des principes généraux de la domanialité publique que les titulaires d'autorisations ou de conventions d'occupation temporaire du domaine public n'ont pas de droit acquis au renouvellement de leur titre, il appartient au gestionnaire du domaine d'examiner chaque demande de renouvellement en appréciant les garanties qu'elle présente pour la meilleure utilisation possible du domaine public. Il peut décider, sous le contrôle du juge, de rejeter une telle demande pour un motif d'intérêt général.

3. Aux termes l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs ". En vertu de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, l'enlèvement des encombrements, la démolition ou la réparation des édifices et monuments funéraires menaçant ruine, l'interdiction de rien exposer aux fenêtres ou autres parties des édifices qui puisse nuire par sa chute ou celle de rien jeter qui puisse endommager les passants ou causer des exhalaisons nuisibles ainsi que le soin de réprimer les dépôts, déversements, déjections, projections de toute matière ou objet de nature à nuire, en quelque manière que ce soit, à la sûreté ou à la commodité du passage ou à la propreté des voies susmentionnées () ".

4. Pour refuser à la société LED'S GO, par la décision du 18 août 2021 en litige, l'autorisation sollicitée le 9 juin précédent pour installer une terrasse commerciale sur le trottoir communal au droit du local commercial qu'elle exploite au 339, place Paul Valéry, pour la vente et la location de matériels de mobilité électrique, autorisation qu'il lui avait précédemment consentie, au 205, avenue de l'Europe, pour la seule année 2017, le maire de la commune de la Grande Motte s'est fondé sur des motifs de sécurité des personnes en se référant à l'arrêté de refus du 28 avril 2018 aux termes duquel " ces engins électriques génèrent des problèmes de sécurité sur les voies piétonnes et routières ". Mais, d'une part, il n'est pas établi, par les pièces produites, et notamment pas par les articles rédigés en termes généraux de la presse nationale, ni même par le courrier du 12 août 2016 dans lequel le maire relevait qu'il avait été constaté, par procès-verbaux de gendarmerie, que les comportements de certains de ses clients étaient " facteurs de risques de collisions avec les piétons " et qu'il allait prendre un " arrêté afin d'interdire la circulation de ces engins sur les fronts de mer et les quais ", que la seule occupation statique de véhicules électriques sur une portion du trottoir communal, pour les présenter à la location, et pour laquelle la société LED'S GO a sollicité au titre de l'année 2021 l'autorisation en cause, présente un risque direct pour la sécurité des personnes, justifiant, que pour un motif d'intérêt général, tiré de la police de la sécurité visée à l'article L. 2212-2 précité du code général des collectivités territoriales du même code, le maire refuse cette autorisation d'occupation domaniale, alors qu'au surplus, le risque d'une utilisation inadéquate desdits véhicules, notamment par des clients de la société LED'S GO, paraît déjà pris en compte dès lors que, par arrêté réglementaire n° 71 du 29 juillet 2020, le maire avait expressément interdit la circulation de tout véhicule sur les allées et les voies piétonnes ainsi que sur les espaces verts de la commune. Par suite, il y a lieu d'accueillir le moyen de la société LED'S GO tiré de ce qu'en lui refusant, pour le motif invoqué, l'autorisation qu'elle avait sollicitée, le maire de la commune de La Grande Motte a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que les conclusions à fin d'annulation présentées par la société LED'S GO doivent être accueillies. Et, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de La Grande Motte de réexaminer la demande de la société LED'S GO dont il demeure saisi par l'effet cette annulation

Sur les frais du litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la société LED'S GO, qui n'est pas partie perdante à la présente instance, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de la Grande Motte le versement à la société LED'S GO d'une somme de 1 200 euros sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commune de la Grande Motte du 18 août 2021 est annulée.

Article 2 : La commune de la Grande Motte versera à la SAS LED'S GO une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de la Grande Motte sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Articles 4 : La présente décision sera notifiée à la SAS LED'S GO et à la commune de la Grande Motte.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

M. Huchot, premier conseiller,

Mme Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

E. Souteyrand

L'assesseur le plus ancien,

N. Huchot La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 13 juillet 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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