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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2105786

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105786

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2105786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP BEDEL DE BUZAREINGUES - BOILLOT - BLAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2021, la SCI Joe's, représentée par Me Boillot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 septembre 2021 par laquelle le maire de la commune de Montpellier a implicitement refusé de dresser un procès-verbal d'infraction sur la parcelle cadastrée KM n°72 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Montpellier de dresser un procès-verbal d'infraction et de le transmettre au procureur de la république dans un délai maximal de 15 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Montpellier une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision méconnait l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme ;

- le maire était tenu de dresser un procès-verbal d'infraction en ce que la société Saint-Loup a procédé à l'élagage et à l'abattage d'arbres sans autorisation sur la parcelle KM n°72 et ce en méconnaissance de l'article R. 421-24 du code de l'urbanisme ; d'autre part, il devait dresser un procès-verbal d'infraction pour non-respect de la réglementation relative aux établissements recevant du public ; en effet l'association ANPAA a indiqué dans son dossier de déclaration préalable que les travaux avaient vocation à créer un foyer-logement tout en précisant qu'il ne s'agissant pas d'un établissement recevant du public ; en réalité elle a transformé une maison d'habitation en un centre thérapeutique résidence en méconnaissance des dispositions du code de l'urbanisme et du code de la construction et de l'habitation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le maire a dressé un procès-verbal d'infraction le 26 janvier 2022 pour l'abattage d'un arbre sans autorisation ;

- le foyer-logement autorisé par arrêté de non-opposition à déclaration préalable du 17 mars 2020 n'entre pas dans le champ d'application des règles relatives aux autorisations d'ERP s'agissant de pièces collectives inférieures à 50 m² de superficie.

Par un mémoire, enregistré le 3 février 2023, la commune de Montpellier, représentée par CGCB et associés, conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public (ERP).

- l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments d'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pastor, première conseillère,

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique,

- les observations de Me Chavrier, représentant la SCI Joe's, et celles de Me Sillères, représentant la commune de Montpellier.

Considérant ce qui suit :

1. Par courrier du 1er juillet 2021 la SCI Joe's a saisi le maire de la commune de Montpellier d'une demande tendant à ce qu'il dresse un procès-verbal d'infraction à l'encontre de la société Saint-Loup au double motif, d'une part, qu'elle a réalisé d'importants travaux d'élagage et de coupe d'arbres sur la parcelle KM n°72 sans autorisation d'urbanisme et, d'autre part, qu'elle n'a pas déclaré le foyer-logement créé en établissement recevant du public en méconnaissance des règles applicables à de tels établissements. Le maire de Montpellier a, au nom de l'Etat, opposé un refus tacite à cette demande. Par la présente requête, la SCI Joe's demande l'annulation de cette décision implicite.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort des pièces du dossier que le 26 janvier 2022 le maire de Montpellier a dressé un procès-verbal d'infraction à l'adresse de la société Saint-Loup pour avoir réalisé des travaux modifiant l'aménagement des espaces non bâtis autour d'un bâtiment existant situé dans un site patrimonial remarquable ou aux abords des monuments historiques, en procédant à l'abattage d'un arbre dans une zone de protection des monuments historiques classés ou inscrits. Dans ces conditions, il y a lieu de considérer, pour partie, que la demande adressée par courrier du 1er juillet 2021 au maire de Montpellier a été satisfaite, procédant ainsi partiellement au retrait du refus implicite de dresser ledit procès-verbal. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer, ainsi que l'oppose le préfet dans ses écritures, sur la légalité de la décision implicite en tant qu'elle refuse de dresser un procès-verbal pour la coupe d'arbres.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. ". Il résulte de ces dispositions que le maire est tenu dans tous les cas de constater par procès-verbal les infractions dont il a connaissance, qu'il s'agisse de l'absence ou de la méconnaissance d'une autorisation d'urbanisme.

4. D'une part, aux termes de l'article R. 421-24 du code de l'urbanisme : " Dans le périmètre des sites patrimoniaux remarquables et les abords des monuments historiques, les travaux, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires, ayant pour effet de modifier l'aménagement des espaces non bâtis autour d'un bâtiment existant doivent être précédés d'une déclaration préalable. ".

5. Il ressort des pièces du dossier et notamment du constat d'huissier établi le 22 décembre 2021 à la demande de la société requérante que la société Saint-Loup a procédé à l'élagage sévère des arbres présents sur la parcelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal précité du 26 janvier 2022, que si l'agent verbalisateur a constaté l'élagage sévère des diverses essences présentes sur la parcelle, des lauriers sauce, muriers, micocouliers, il a également affirmé que les végétaux ont tous repris. Dans ces conditions, les travaux opérés sur ces arbres, de simples élagages, doivent être regardés comme des travaux d'entretien de ceux-ci. Par suite, alors qu'ils n'étaient pas au nombre de ceux devant être précédés d'une déclaration préalable en application des dispositions de l'article R. 421-24 du code de l'urbanisme, la SCI Joe's n'est pas fondée à soutenir que le maire aurait commis une erreur d'appréciation en refusant de procéder au procès-verbal d'infraction de ces travaux.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet porte sur un établissement recevant du public, le permis de construire tient lieu de l'autorisation prévue par l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation dès lors que la décision a fait l'objet d'un accord de l'autorité administrative compétente qui peut imposer des prescriptions relatives à l'exploitation des bâtiments en application de l'article L. 143-2 du code de la construction et de l'habitation. Le permis de construire mentionne ces prescriptions. Toutefois, lorsque l'aménagement intérieur d'un établissement recevant du public ou d'une partie de celui-ci n'est pas connu lors du dépôt d'une demande de permis de construire, le permis de construire indique qu'une autorisation complémentaire au titre de l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation devra être demandée et obtenue en ce qui concerne l'aménagement intérieur du bâtiment ou de la partie de bâtiment concernée avant son ouverture au public. ". Aux termes de l'article R. 425-25 " Lorsque le projet porte sur un établissement recevant du public, le permis de construire tient lieu de l'autorisation prévue par l'article L. 122 - 3 du code de la construction et de l'habitation dès lors que la décision a fait l'objet d'un accord de l'autorité compétente. " et l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation qui dispose que " Les travaux qui conduisent à la création, l'aménagement ou la modification d'un établissement recevant du public ne peuvent être exécutés qu'après autorisation délivrée par l'autorité administrative, qui vérifie leur conformité aux règles d'accessibilité prévues à l'article L. 161-1 et, lorsque l'effectif du public et la nature de l'établissement le justifient, leur conformité aux règles de sécurité contre l'incendie prévues aux articles L. 141-2 et L. 143-2. ".

7. Il résulte de la combinaison de ces articles que, contrairement au permis de construire, la décision de non-opposition intervenant sur une déclaration préalable présentée sur le fondement du code de l'urbanisme ne vaut pas autorisation de création d'un établissement recevant du public et ne sanctionne donc pas les règles de sécurité et d'accessibilité propres au établissements recevant du public. Les autorisations de création d'un établissement recevant du public et les décisions de non-opposition à déclaration de travaux délivrées en application du code de l'urbanisme relèvent donc de législations distinctes.

8. Alors qu'il n'est ni établi ni même allégué que les travaux d'aménagement réalisés par la société Saint-Loup en foyer-logement relevaient du champ du permis de construire, la SCI Joe's ne peut utilement se prévaloir d'une infraction aux règles d'urbanisme en se fondant sur la méconnaissance des règles relatives aux établissements recevant du public qui sont inopérantes à l'appui d'une déclaration préalable de travaux. Dans ces conditions, compte tenu de l'indépendance des législations, lorsque le projet d'aménagement entre dans le champ de la déclaration préalable, la société requérante ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, d'une infraction aux règles d'urbanismes pour non-respect de la légalisation des établissements recevant du public. En tout état de cause, il résulte des dispositions combinées de l'article PE1 et PE2 de l'arrêté du 25 juin 1980 que les foyers-logements sont inclus dans les établissements de 5ème catégorie pour lesquels les locaux à usage collectif d'une surface unitaire inférieure à 50 mètres carrés ne sont pas assujettis aux dispositions du livre II du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public. Ainsi, les deux pièces dont la SCI Joe's se prévaut, d'une superficie inférieure à 50 m², ne nécessitaient pas d'autorisation au sens du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public. Par suite, et donc en tout état de cause, la SCI Joe's n'est pas fondée à soutenir que le maire de Montpellier aurait méconnu les dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme en refusant de procéder à un procès-verbal d'infraction pour cet aménagement.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Joe's n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le maire de Montpellier a implicitement refusé de dresser un procès-verbal d'infraction sur le fondement de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme s'agissant de l'élagage d'arbres et du non-respect de la règlementation relative aux établissement recevant du public.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement qui constate le retrait partiel de la décision en litige et rejette le surplus des conclusions à fin d'annulation n'appelle aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par la SCI requérante ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge la commune de Montpellier, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, et qui au demeurant a agi au nom de l'Etat la somme demandée par la SCI Joe's, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite attaquée en tant qu'elle refuse de dresser un procès-verbal d'infraction sur le fondement de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme pour l'abattage d'un arbre.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Joe's, au préfet de l'Hérault et à la commune de Montpellier.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Denis Besle, président,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure

I. Pastor Le président,

D. Besle

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Montpellier, le 16 mars 2023.

La greffière,

M. A.

2

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