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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2105801

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105801

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2105801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantS.C.P. CHICHET-HENRY AVOCATS - HG&C

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 novembre 2021 et le 10 mars 2022, M. B C, représenté par la SCP Jean Codognes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2021 par lequel le maire de Saint-Cyprien l'a tenu au remboursement de la somme totale de 1 087 739,38 euros au titre d'un avantage pécuniaire injustifié ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Cyprien la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il appartient à la commune de Saint-Cyprien d'apporter la preuve de la date de publication de cet arrêté et de sa transmission au contrôle de légalité dans le délai de quinze jours suivant sa signature ;

- la commune de Saint-Cyprien n'a pas respecté le principe des droits de la défense ;

- les rémunérations versées n'étaient pas excessives compte tenu des responsabilités exercées ;

- les dispositions de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 ne sont pas applicables aux agents contractuels ;

- la créance correspondant aux rémunérations perçues du 1er mai 2005 au 30 septembre 2019 est prescrite et il ne peut se voir reprocher une fraude, la commune de Saint-Cyprien ne lui ayant jamais fait une nouvelle proposition contractuelle après qu'il soit devenu directeur de la régie autonome du port de plaisance ;

- la créance correspondant aux rémunérations perçues du 1er octobre 2019 au 28 février 2021 ne peut être valablement fondée sur un salaire mensuel de référence de 4 246,50 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2022, la commune de Saint-Cyprien, représentée par la SCP d'avocats Chichet, Henry, Pailles, Garidou, Renaudin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

En application des dispositions combinées des articles R 611-11-1 et R 613-2 du code de justice administrative, il a été procédé à la clôture immédiate de l'instruction par l'avis d'audience du 6 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités locales ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- la loi n° 2011-1978 du 28 décembre 2011 ;

- le décret n° 2011-1317 du 17 octobre 2011 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Lafon, rapporteur public,

- et les observations de Me Bonenfant, représentant M. C, et de Me Chichet, représentant la commune de Saint-Cyprien.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a été recruté par contrat à durée indéterminée à compter du 1er janvier 1997 en qualité de directeur adjoint de l'établissement public local en charge de la gestion du port de plaisance de la commune de Saint-Cyprien. Il a été désigné, à compter du 1er mai 2005, directeur de la régie à seule autonomie financière créée pour la gestion du port de plaisance par une délibération du conseil municipal du 29 mars 2005. Il demande l'annulation de l'arrêté du 28 septembre 2021 " portant liquidation et recouvrement d'un avantage pécuniaire injustifié " par lequel le maire de Saint-Cyprien l'a tenu au remboursement de la somme totale de 1 087 739,38 euros, correspondant, d'une part, à un excédent de rémunération indument perçu du 1er mai 2005 au 28 février 2021, date de son départ à la retraite, et, d'autre part, au versement d'une prime de fin de contrat d'un montant de 77 413,43 euros.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 28 septembre 2021 :

En ce qui concerne la régularité de l'arrêté du 28 septembre 2021 :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui se borne à tirer les conséquences d'un indu de rémunération résultant du défaut d'application du principe de parité entre agents relevant des différentes fonctions publiques, n'a pas le caractère d'une mesure prise en considération de la personne, qui ne peut légalement intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de faire valoir ses observations ou de prendre connaissance de son dossier. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que M. C n'aurait pas été mis en mesure de prendre connaissance des conclusions de l'audit de carrière réalisé par les services de la commune de Saint-Cyprien, auquel se réfère le courrier du 23 juin 2021 l'avertissant de l'intention de l'autorité administrative de prendre la mesure en cause, et de ce qu'il aurait été porté atteinte au principe des droits de la défense, doit être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui le fondent, est suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, le défaut de transmission au représentant de l'Etat d'un acte pris par une autorité communale ou son défaut de notification à son destinataire est sans incidence sur sa légalité et fait seulement obstacle à ce qu'il devienne exécutoire. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté n'aurait pas fait l'objet des formalités exigées par l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, à le supposer établi, doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'arrêté du 28 septembre 2021 :

5. D'une part, le contrat de recrutement d'un agent contractuel de droit public crée des droits au profit de celui-ci, sauf s'il présente un caractère fictif ou frauduleux. D'autre part, en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires relatives à la fixation de la rémunération des agents contractuels, l'autorité compétente dispose d'une large marge d'appréciation pour déterminer, en tenant compte notamment des fonctions confiées à l'agent et de la qualification requise pour les exercer, le montant de la rémunération ainsi que son évolution. Il appartient au juge, saisi d'une contestation en ce sens, de vérifier qu'en fixant ce montant l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de l'instruction que M. C, recruté en 1984 par la commune de Saint-Cyprien, a exercé à partir de 1997 des fonctions de directeur adjoint du port de plaisance de Saint-Cyprien. En qualité d'agent d'un service à caractère industriel et commercial, son contrat de travail relevait alors d'un régime de droit privé et était soumis à la convention collective des ports de plaisance et sa rémunération fixée dans ce cadre. Par deux délibérations du 27 avril 2005, M. C a, d'une part, été désigné directeur de la régie du port à compter du 1er mai 2005 et, d'autre part, sa rémunération a été fixée à l'indice 968 de la grille établie par la convention collective des ports de plaisance. Par un avenant du 1er juillet 2010, la rémunération de M. C a été fixée au coefficient 605-indice 978 prévu à l'annexe II de la convention collective des ports de plaisance pour la catégorie des directeurs. Ce recrutement dans les fonctions de directeur du port de plaisance a ainsi conféré à M. C la qualité d'agent contractuel de droit public.

7. En premier lieu, la circonstance qu'un nouveau contrat de travail n'a pas été formellement conclu avec M. C lorsqu'il a pris les fonctions de directeur du port de plaisance ne saurait établir que le contrat qui le liait alors au service et s'est poursuivi à cette occasion aurait un caractère fictif. L'évolution de ses fonctions a seulement eu pour effet qu'après avoir été soumis à un régime de droit privé, le contrat de travail de M. C était désormais soumis aux règles du droit public. En outre, le défaut de formalisation du contrat de recrutement en tant que directeur de la régie autonome et l'important avantage financier qu'il en a retiré ne permettent pas d'établir, en dépit de la nature des fonctions alors exercées par M. C, qui le rendaient responsable de l'administration de la régie, de son niveau d'expertise et de ses responsabilités extérieures, et dès lors également que sa rémunération a fait l'objet de délibérations du conseil municipal, qu'il aurait contribué activement et consciemment à l'obtention indue et à la dissimulation d'un avantage pécuniaire, constitutif d'une manœuvre frauduleuse. Par suite, le contrat d'agent contractuel de droit public de M. C n'était ni fictif ni entaché de fraude et créait ainsi des droits à son profit.

8. En deuxième lieu, en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires fixant la rémunération des directeurs de port de plaisance, la commune de Saint-Cyprien disposait d'une large marge d'appréciation pour déterminer, en tenant compte notamment des fonctions confiées à M. C et de la qualification requise pour les exercer, le montant de sa rémunération ainsi que son évolution. Il ne résulte pas de l'instruction que la rémunération de M. C, fixée par référence à celle allouée aux directeurs de ports de plaisance par la convention collective applicable à cette branche d'activité, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 88 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, alors en vigueur : " Les organes délibérants des collectivités territoriales et de leurs établissements publics fixent les régimes indemnitaires, dans la limite de ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat. Ces régimes indemnitaires peuvent tenir compte des conditions d'exercice des fonctions, de l'engagement professionnel et, le cas échéant, des résultats collectifs du service. () ". Les collectivités territoriales ne peuvent attribuer à leurs agents titulaires ou non titulaires des rémunérations qui excèderaient celles auxquelles peuvent prétendre des agents de l'Etat occupant des fonctions et ayant des qualifications équivalentes. Il appartient à l'autorité territoriale de fixer, sous le contrôle du juge, la rémunération des agents non titulaires recrutés sur des emplois pour lesquels une correspondance étroite avec la fonction publique d'Etat ne peut être trouvée, en prenant en compte, notamment, les fonctions occupées comme la qualification de l'agent. Cette rémunération ne doit pas être manifestement disproportionnée par rapport à celle d'agents de l'Etat de qualification équivalente exerçant des fonctions analogues.

10. Pour estimer que la rémunération de M. C ne respectait pas le principe de parité posé par les dispositions de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984, le maire de Saint-Cyprien s'est référé à la rémunération attribuée à un attaché principal d'administration de l'Etat à l'échelon 10 correspondant au dernier échelon du deuxième grade du corps interministériel des attachés d'administration de l'Etat avec une ancienneté de vingt-et-un ans dans le grade et à une rémunération de 4 246,50 euros net par mois. Cependant, d'une part, il ne résulte pas de l'instruction que des attachés d'administration de l'Etat auraient effectivement vocation à exercer des fonctions de directeur de port de plaisance. D'autre part, comme il a été dit ci-dessus au point 8, il ne résulte pas de l'instruction que le niveau de rémunération de M. C serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ni que ce niveau de rémunération excéderait manifestement celui qui serait alloué à un agent contractuel de l'Etat exerçant des fonctions analogues. Par suite, M. C est fondé à soutenir que c'est à tort que le maire de Saint-Cyprien lui demande le remboursement d'une partie des rémunérations perçues du 1er mai 2005 au 28 février 2021, date de son départ à la retraite.

11. En quatrième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que le contrat de travail de M. C stipulait le versement d'une indemnité de départ à la fin de son contrat. En outre, aucune disposition légale ou réglementaire n'instaure une telle indemnité au moment du départ en retraite d'un agent contractuel. Par suite, la commune de Saint-Cyprien est en droit de récupérer l'indemnité de fin de contrat, d'un montant de 77 413,43 euros, qui a été versée sans fondement légal à M. C lors de son départ à la retraite le 28 février 2021.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander la décharge du paiement de la somme de 1 010 325,95 euros mise à sa charge par l'arrêté du 28 septembre 2021. En revanche, le surplus de sa demande est rejeté en ce qui concerne l'indemnité de fin de contrat d'un montant de 77 413,43 euros. Il y a lieu dès lors de réformer l'arrêté du 28 septembre 2021 en ce qu'il a de contraire à la décharge qui vient d'être prononcée.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. C, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de quelque somme que ce soit sur leur fondement. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Cyprien une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est déchargé du paiement de la somme de 1 010 325,95 euros mise à sa charge par l'arrêté du 28 septembre 2021.

Article 2 : L'arrêté du maire de Saint-Cyprien du 28 septembre 2021 est réformé en ce qu'il a de contraire à l'article 1er du présent jugement.

Article 3 : La commune de Saint-Cyprien versera à M. C une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Saint-Cyprien tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Saint-Cyprien.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

M. Myara, premier conseiller,

Mme Crampe, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

Le président-rapporteur,

D. A

L'assesseur le plus ancien,

A. Myara La greffière

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 1er juillet 202La greffière,

C. Arce

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