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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2105839

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105839

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2105839
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 novembre 2021, M. B C, représenté par la SELARL Valette-Berthelsen, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Montpellier a fait opposition à sa déclaration préalable en vue du détachement d'un lot à bâtir sur la parcelle cadastrée section BE n° 235 située 1288 rue de l'Aiguelongue, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux née le 24 octobre 2021 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Montpellier de lui délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Montpellier une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le maire a commis une erreur de fait en considérant que le projet méconnaissait l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme dès lors que le périmètre de constructibilité se situe en dehors de l'espace boisé classé délimité par le plan local d'urbanisme ;

- il a commis une erreur de droit dès lors que le respect des dispositions de l'article 13 du règlement de la zone 2U2 du plan local d'urbanisme relatif aux espaces libres et plantations pourra être assuré ultérieurement lors de la délivrance du permis de construire ;

- au surplus il a bénéficié par arrêté du 25 septembre 2017 d'une précédente autorisation de division foncière pour un projet identique ;

- c'est à tort que le maire s'est fondé sur le motif tiré de l'incomplétude du formulaire Cerfa s'agissant de l'unité foncière du projet sans avoir préalablement demandé au pétitionnaire de compléter son dossier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2022, la commune de Montpellier, représentée par la SCP CGCB et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goursaud, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;

- les observations de Me Furstenheim, représentant M. C, et celles de Me Silleres, représentant la commune de Montpellier.

Une note en délibéré a été présentée pour M. C le 23 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 juin 2021, M. C a déposé en mairie de Montpellier une déclaration préalable en vue du détachement d'un lot à bâtir sur la parcelle cadastrée section BE n° 235 située 1288 rue de l'Aiguelongue. Par arrêté du 1er juillet 2021, le maire de la commune de Montpellier a fait opposition à cette déclaration préalable. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. A titre liminaire, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique () ". Aux termes de l'article L. 421-7 de ce code : " Lorsque les constructions, aménagements, installations et travaux font l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à leur exécution ou imposer des prescriptions lorsque les conditions prévues à l'article L. 421-6 ne sont pas réunies ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'un projet de division foncière ayant pour but l'implantation de constructions doit respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'il n'a pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière en vue de bâtir. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de division en vue du détachement d'un lot à bâtir permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer comme espaces boisés, les bois, forêts, parcs à conserver, à protéger ou à créer, qu'ils relèvent ou non du régime forestier, enclos ou non, attenant ou non à des habitations. Ce classement peut s'appliquer également à des arbres isolés, des haies ou réseaux de haies ou des plantations d'alignements. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 113-2 de ce code : " Le classement interdit tout changement d'affectation ou tout mode d'occupation du sol de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création des boisements. ".

5. Il est constant que la partie haute de la parcelle cadastrée section BE n° 235 destinée à recevoir le lot à détacher est incluse dans le périmètre d'espaces boisés classés à conserver instauré par le plan local d'urbanisme. Toutefois il ressort des pièces du dossier, notamment de la pièce cotée DP 10 matérialisant les limites de constructibilité du lot à bâtir, que l'accès projeté au niveau de la rue de l'Aiguelongue ne se fera pas au travers de cet espace boisé classé tandis que le périmètre de constructibilité est situé en retrait par rapport au boisement à conserver. Par ailleurs, il n'est pas établi que la simple division foncière sollicitée serait de nature à compromettre la conservation ou la protection de l'espace boisé classé situé à proximité immédiate de la zone de constructibilité. Par suite, le maire de Montpellier n'était pas fondé à s'opposer à la déclaration préalable en litige au motif que le projet ne permettra pas la conservation des arbres situés dans l'espace boisé classé.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 13 du règlement de la zone 2U2 du plan local d'urbanisme, relatif aux espaces libres et plantations : " Définition des espaces libres : Ces espaces libres comprennent : - les espaces verts, - les espaces piétonniers y compris lorsqu'ils sont accessibles aux véhicules de sécurité, s'ils sont traités en matériaux perméables. Sont exclus tous les espaces accessibles aux autres véhicules. 1) Dans tous les secteurs : () En règle générale, les arbres de hautes tiges existants et les masses végétales significatives doivent être maintenus. En cas d'incompatibilité avec le projet, ils pourront être exceptionnellement transplantés sur l'unité foncière, si cela est techniquement possible. Dans le cas contraire, ils seront remplacés par des plantations de valeur équivalente sur l'unité foncière. 5 () 3) Dans le secteur 2U2-3 : Les espaces libres devront être plantés et représenter : () - 70 % de la surface de l'unité foncière quand celle-ci est supérieure ou égale à 500 m². () ".

7. Si les dispositions de l'article R. 151-21 du code de l'urbanisme prévoient que, dans le cas d'un lotissement, l'ensemble du projet est, en principe, apprécié au regard des règles du plan local d'urbanisme, la déclaration préalable déposée par M. C ne mentionne aucun projet autre qu'une division foncière pour le détachement d'un lot à bâtir. Dès lors, l'appréciation du respect de la règle d'urbanisme précitée ne pouvait se faire qu'au niveau du lot détaché.

8. S'il ressort du plan de division foncière fourni au dossier de déclaration préalable que l'opération de division foncière du terrain de M. C provoquera nécessairement la disparition de 27 arbres de hautes tiges situés dans le périmètre de constructibilité du lot à bâtir, cette circonstance n'implique pas, à elle seule, que soit portée une quelconque atteinte aux dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme, qui autorisent, le cas échéant, le remplacement de la végétation existante supprimée par des plantations au moins équivalentes. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier, le projet en litige permettrait l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme, notamment en terme de superficie des espaces libres, ne pourra en aucun cas être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises. Par suite, c'est à tort que le maire de Montpellier a considéré que le projet litigieux ne permettra pas la conservation des masses végétales significatives.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Aux termes de l'article R. 423-22 du même code : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ".

10. Pour faire opposition à la déclaration préalable déposée par M. C, le maire de Montpellier a considéré que le formulaire Cerfa ne fait pas mention de la parcelle BE n° 723 alors même que le projet doit s'apprécier au regard de l'unité foncière formée par les parcelles BE n° 235 et n° 723. Toutefois, à défaut d'avoir demandé au pétitionnaire de compléter son dossier, le maire ne pouvait se fonder sur son insuffisance, alors en tout état de cause que les autres pièces du dossier lui permettaient d'apprécier la contenance de l'unité foncière du projet.

11. En quatrième et dernier lieu, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

12. Il appartient également au juge d'apprécier la portée des écritures de l'administration pour déterminer si celle-ci peut être regardée comme faisant valoir un autre motif que celui ayant initialement fondé la décision en litige, de telle sorte que l'auteur du recours soit, par la seule communication de ces écritures, mis à même de présenter ses observations sur la substitution de cet autre motif au motif initial, sans exiger de l'administration qu'elle formule une demande expresse de substitution de motif.

13. En l'espèce, la commune fait valoir en défense que l'opposition à déclaration préalable était légalement justifiée par le motif, autre que ceux opposés à M. C par l'arrêté attaqué, résultant de la méconnaissance des dispositions de l'article 13 du règlement de la zone 2U2 du plan local d'urbanisme qui, dans le secteur 2U2-3, prévoient que : " Les espaces libres devront être plantés et représenter : () - 70 % de la surface de l'unité foncière quand celle-ci est supérieure ou égale à 500 m². () ". Le même article précise : " Définition des espaces libres : Ces espaces libres comprennent : - les espaces verts, - les espaces piétonniers y compris lorsqu'ils sont accessibles aux véhicules de sécurité, s'ils sont traités en matériaux perméables. Sont exclus tous les espaces accessibles aux autres véhicules. ".

14. S'il ressort du plan de division que le lot à bâtir représente une superficie de 1 041 m² avec une limite de constructibilité légèrement en deçà, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que le projet de division ne permettrait pas une implantation de la construction à venir et un aménagement des espaces libres dont la compatibilité avec l'article 13 du règlement du plan local d'urbanisme ne pourrait être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". D'autre part, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6 () ".

17. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation.

18. Il ne résulte pas de l'instruction qu'il existerait un obstacle à ce qu'il soit enjoint au maire de délivrer à M. C une décision de non opposition à sa déclaration préalable. Il y a donc lieu d'ordonner au maire de Montpellier de délivrer cette décision de non opposition à M. C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas partie perdante, la somme demandée par la commune de Montpellier au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Montpellier le versement à M. C de la somme de 1 500 euros au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 1er juillet 2021 du maire de Montpellier et la décision implicite rejetant le recours gracieux de M. C sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Montpellier de délivrer à M. C une décision de non opposition à sa déclaration préalable dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Montpellier versera à M. C une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Montpellier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Montpellier.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

Le rapporteur,

F. Goursaud

La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. A00

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