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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2105880

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105880

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2105880
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantMANYA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête n° 2105880, enregistrée le 8 novembre 2021, Mme A B, représentée par Me Manya, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 avril 2021 de la rectrice de l'académie de Montpellier en tant que celle-ci ne lui a accordé un allègement de service qu'à hauteur de trois heures pour la rentrée de septembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence d'avis préalable du médecin de prévention et du supérieur hiérarchique ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est illégale par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la circulaire du 7 janvier 2021 sur laquelle est fondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2022, la rectrice de l'académie de Montpellier conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

II - Par une requête n° 2205908, enregistrée le 11 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Manya, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 mai 2022 de la rectrice de l'académie de Montpellier en tant que celle-ci ne lui a accordé un allègement de service qu'à hauteur d'une heure pour la rentrée de septembre 2022 ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence d'avis préalable du médecin de prévention et du supérieur hiérarchique ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est illégale par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la circulaire du 7 janvier 2021 sur laquelle est fondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2023, la rectrice de l'académie de Montpellier conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gayrard,

- les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Manya, représentant Mme B

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, professeure certifiée de mathématiques, exerçant ses fonctions au sein du collège Pierre Mendès France de Saint-André (66), a sollicité, en raison de la dysphonie dont elle souffre, un allègement de service au titre de l'année scolaire 2021-2022, puis au titre de l'année scolaire 2022-2023. Par une décision du 30 avril 2021, dont elle demande l'annulation dans l'instance n° 2105880, la rectrice de l'académie de Montpellier a partiellement accédé à sa demande en lui accordant un allègement hebdomadaire à hauteur de trois heures pour la rentrée 2021. Puis, par un une décision du 11 mai 2022, dont l'intéressée demande également l'annulation dans l'instance n° 2205908, la rectrice de l'académie de Montpellier lui a accordé un allègement hebdomadaire d'une heure pour la rentrée 2022.

2. Les requêtes n° 2105880 et n° 2205908, présentées par Mme A B, concernent la situation d'un même fonctionnaire et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 30 avril 2021 :

4. Aux termes de l'article R. 911-12 du code de l'éducation, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Les personnels enseignants des premier et second degrés et les personnels d'éducation et d'orientation titulaires appartenant aux corps des professeurs des écoles, des instituteurs, des professeurs certifiés, des professeurs agrégés, des professeurs d'éducation physique et sportive, des chargés d'enseignement d'éducation physique et sportive, des professeurs de lycée professionnel, des adjoints d'enseignement, des professeurs d'enseignement général de collège, des conseillers d'orientation-psychologues et des conseillers principaux d'éducation, lorsqu'ils sont confrontés à une altération de leur état de santé, peuvent solliciter un aménagement de leur poste de travail ou une affectation sur un poste adapté, dans les conditions prévues aux articles R. 911-15 à R. 911-30 ". Aux termes de l'article R. 911-16 du même code : " Préalablement à toute décision d'aménagement du poste de travail, l'autorité compétente recueille l'avis du médecin conseiller technique ou du médecin de prévention et celui du supérieur hiérarchique du demandeur ". L'article R. 911-18 du même code dispose que : " L'aménagement du poste de travail peut consister, notamment, en une adaptation des horaires ou en un allégement de service, attribué au titre de l'année scolaire, dans la limite maximale du tiers des obligations réglementaires de service du fonctionnaire qui en bénéficie ".

5. En premier lieu, par un arrêté du 30 septembre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 7 octobre 2020, la rectrice de l'académie de Montpellier a délégué à Mme Alma Lopes, secrétaire générale, sa signature à l'effet de signer, notamment, le type de décision contestée. Le moyen tiré de l'incompétence manque en fait et doit ainsi être écarté.

6. En deuxième lieu, il résulte des dispositions citées au point 4 que l'allègement de service qu'elles prévoient pour le personnel enseignant ne constitue pas un droit mais est subordonné à la condition que l'altération de l'état de santé de l'enseignant le mette dans l'incapacité d'exercer la plénitude de ses fonctions d'enseignement. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation est inopérant et ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, et contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des pièces du dossier que l'avis de son supérieur hiérarchique a été recueilli, celui-ci figurant sur son formulaire de demande, et que l'avis du médecin de prévention, versé au dossier, a été recueilli le 19 mars 2021, de sorte que les vices de procédure invoqués manquent en fait et doivent être écartés.

8. En quatrième lieu, il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'un enseignant confronté à l'altération de son état physique peut solliciter, notamment, un aménagement de son poste de travail, dont l'adaptation des horaires et l'allègement de service constituent l'une des modalités. Il appartient alors à l'autorité administrative compétente, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, d'apprécier si sa demande peut être satisfaite compte tenu des nécessités du service et de définir les mesures d'adaptation du poste en prenant en considération l'ampleur des difficultés éprouvées et les conditions concrètes d'accomplissement du service.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B souffre d'une dysphonie fonctionnelle déclarée depuis 2014, au titre de laquelle elle a bénéficié d'emplois du temps aménagés jusqu'en 2018. Après avoir été ensuite placée en congé de maladie ordinaire du 6 décembre 2018 au 13 septembre 2019, en raison de cette pathologie, le statut de travailleur handicapé lui a été reconnu puis elle a repris ses fonctions à temps partiel thérapeutique pendant un an. A l'appui de ses écritures, elle produit au débat un certificat médical et un compte-rendu d'un médecin hospitalier spécialisé établis le 17 mai 2021, soit postérieurement à la décision attaquée. Toutefois, s'il en ressort qu'un aménagement de ses conditions de travail est nécessaire et justifié et qu'un regroupement des heures le matin serait indispensable, ces éléments sont insuffisants pour démontrer qu'un allègement de service de trois heures, tel qu'accordé, était alors insuffisant, alors qu'il ne ressort pas du formulaire de demande de la requérante que celle-ci aurait expressément demandé un allègement de cinq heures. En outre, la rectrice fait valoir, sans être contredite, qu'au titre de l'année 2021-2022 la requérante bénéficiait d'un aménagement lui permettant de n'effectuer que trois ou quatre heures par semaine les après-midis, au lieu de quinze heures, aménagement ayant permis de concilier ses contraintes médicales avec les emplois du temps de l'ensemble des enseignants de l'établissement. Dès lors, en l'état des éléments versés au dossier, Mme B ne démontre pas qu'en lui accordant seulement un allègement de service de trois heures, la rectrice de l'académie de Montpellier aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

10. En dernier lieu, et contrairement à ce que soutient Mme B, la circulaire du 7 janvier 2021 de la rectrice de l'académie de Montpellier n'est pas entachée d'illégalité du seul fait de l'abrogation du décret cité du 27 avril 2007 relatif à l'adaptation du poste de travail, dès lors que ces dispositions ont été, en tout état de cause, reprises et codifiées aux articles R. 911-12 et suivants du code de l'éducation. Ainsi, le moyen tiré de l'illégalité par voie d'exception de la décision contestée doit, en tout état de cause, être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de la rectrice du 30 avril 2021 sont rejetées, y compris les conclusions à fin d'injonction.

En ce qui concerne la décision du 11 mai 2022 :

12. Il ressort des pièces du dossier que, par la mesure contestée, la rectrice de l'académie de Montpellier a accordé à Mme B un allègement de service d'une heure hebdomadaire. La requérante verse au débat un certificat médical établi le 24 mars 2022 par lequel le médecin hospitalier spécialisé qui assure son suivi estime un allègement de service d'au moins cinq heures hebdomadaires justifié. Sans remettre en cause la valeur probante de ce certificat, le défendeur se borne à faire valoir l'absence d'indication, par le médecin de Mme B, des conséquences éventuelles sur son état de santé d'un exercice des fonctions à temps plein. Or, par ces seules considérations, la rectrice de l'académie de Montpellier ne démontre pas pour quelles raisons, tenant notamment aux nécessités du service, l'allègement préconisé par le médecin spécialisé, de manière non équivoque, assurant le suivi de Mme B ne pourrait être mis en œuvre. Au surplus, la rectrice a accordé à la requérante un allègement de service inférieur à l'année précédente, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier une quelconque amélioration de l'état de santé de Mme B. Dans ces conditions, en prenant la mesure contestée, l'intéressée est fondée à soutenir que la rectrice de l'académie de Montpellier a commis une erreur manifeste d'appréciation.

13. Il résulte de ce qui précède que la décision de la rectrice de l'académie de Montpellier du 11 mai 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. L'annulation de la décision du 11 mai 2022 implique le réexamen de la situation de Mme B. Il y a lieu d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Montpellier d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés aux litiges :

15. Au titre de l'instance n° 2105880, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, l'Etat étant partie perdante dans l'instance n° 2205908, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à sa charge la somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la rectrice de l'académie de Montpellier du 11 mai 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Montpellier de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : : Le surplus des deux requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Montpellier.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pastor, première conseillère,

M. Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le président-rapporteur,

JP. Gayrard

L'assesseure la plus ancienne,

I. Pastor

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et la jeunesse, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 20 février 2024,

La greffière,

B. Flaesch

2, 2205908

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