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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2106244

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2106244

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2106244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 novembre 2021, Mme A B, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 22 juin 2021 portant refus de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de deux mois à compter du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) subsidiairement, d'ordonner le réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le défaut de saisine de la commission du titre de séjour entache la décision en litige d'une illégalité car elle justifie d'une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans malgré la détention d'un titre de séjour espagnol ;

- le refus de statuer sur sa demande d'autorisation de travail caractérise un défaut d'examen de sa situation alors qu'elle bénéficiait d'un récépissé de demande de titre de séjour conformément aux dispositions de l'article R. 5221-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard à l'ancienneté de son séjour et à son intégration sur le territoire français, ainsi que celle de sa fille ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de régulariser sa situation sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 septembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 28 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,

- et les observations de Me Barbaroux, représentant Mme B.

Une note en délibéré, présentée par Mme B, représentée par Me Ruffel, a été enregistrée le 17 février 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 22 juin 2021, le préfet de l'Hérault a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, ressortissante marocaine née en 1982. Cette dernière demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

3. Si Mme B présente une pièce datant de 2009 faisant état de sa présence en France, celle-ci mentionne une adresse de résidence en Espagne. Cependant, la requérante établit avoir eu une résidence habituelle en France à compter de juin 2010 jusqu'à septembre 2011. A compter de cette date, les pièces transmises ne permettent pas d'établir sa résidence habituelle en France jusqu'en novembre 2015, date déclarée de sa dernière entrée en France, mais une présence ponctuelle, étant précisé qu'à compter de novembre 2012 elle a déclaré une nouvelle adresse correspondant à celle d'un tiers qui l'héberge. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans et le défaut de saisine de la commission du titre de séjour n'entache pas d'irrégularité la décision en litige.

4. En deuxième lieu, l'article R. 5221-14 du code du travail, dans sa version en vigueur jusqu'au 1er avril 2021 prévoyait : " Peut faire l'objet de la demande prévue à l'article R. 5221-11 l'étranger résidant hors du territoire national ou, lorsque la détention d'un titre de séjour est obligatoire, l'étranger résidant en France sous couvert d'une carte de séjour, d'un récépissé de demande ou de renouvellement de carte de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour ". Il dispose désormais que : " Peut faire l'objet de la demande prévue au I de l'article R. 5221-1 l'étranger résidant hors du territoire national ou l'étranger résidant en France et titulaire d'un titre de séjour prévu à l'article R. 5221-3 ". L'article R. 5221-3 de ce code vise différentes cartes de séjour ou visas de long séjour ainsi que " le récépissé de renouvellement de titre de séjour portant la mention " autorise son titulaire à travailler ".

5. Il ressort de la décision en litige que le préfet a opposé à Mme B le défaut de visa long séjour pour justifier son refus d'instruire sa demande d'autorisation de travail. Si Mme B soutient que ce motif méconnaît les dispositions de l'article R. 5221-14 du code du travail, elle se réfère aux dispositions anciennement en vigueur, non applicables dans le cadre du présent litige. Alors qu'il est constant que Mme B ne dispose pas d'une carte de séjour et que sa demande ne constituait pas le renouvellement d'un titre de séjour, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées, dans leur version applicable au litige, en refusant de lui délivrer une autorisation de travail faute de détention d'un visa long séjour.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il résulte des éléments développés au point 3 que Mme B n'établit pas séjourner de façon habituelle sur le territoire français depuis 2009. En revanche, il ressort des pièces du dossier que sa fille, née en 2003, est scolarisée en France depuis la rentrée 2015 et réside à ses côtés. Mme B fait également valoir l'exercice d'une activité professionnelle à temps partiel depuis mai 2019 sous couvert de chèques emploi service et en qualité d'agent d'entretien sous contrat à durée déterminée puis sous couvert d'un contrat à durée indéterminée à compter de septembre 2020. Néanmoins, alors que Mme B est célibataire et que l'année 2020-2021 marque l'achèvement du parcours lycéen de sa fille, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale de la requérante se reconstitue au Maroc, pays où elle a vécu la majeure partie de sa vie, où sa fille est née et où résident ses parents et sa fratrie. Dans ces conditions, malgré les efforts d'intégration de Mme B, celle-ci n'établit pas que le centre de ses intérêts privés et familiaux se situe en France et c'est sans méconnaître les dispositions et stipulations précitées que le préfet a pu refuser de lui délivrer un titre de séjour.

8. Enfin, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ".

9. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cité au point 2 du présent jugement, n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que les stipulations précitées de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoient la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour faire valoir l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet en refusant de lui délivrer un titre de séjour en sa qualité de salariée. En tout état de cause, eu égard aux éléments développés au point 7 du présent jugement, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle, familiale ou professionnelle de la requérante en refusant, d'une part, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, de régulariser sa situation en qualité de salariée.

11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B à l'encontre de l'arrêté du 22 juin 2021 portant refus de séjour pris par le préfet de l'Hérault. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 9 mars 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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