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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2106466

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2106466

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2106466
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPECH DE LACLAUSE-JAULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 8 décembre 2021 et le 6 janvier 2023, Mme A B veuve D, représentée par la SCP Pech de Laclause-Jaulin-El Hazmi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Port-La-Nouvelle a rejeté sa demande en date du 31 mars 2021 aux fins de prise de toutes les mesures nécessaires pour faire cesser l'empiètement de l'espace inter-tombal entre sa concession et la concession mitoyenne de la famille C ;

2°) d'enjoindre à la commune de Port-La-Nouvelle de prendre toutes les mesures nécessaires afin de lui permettre de circuler normalement et en toute sécurité entre les deux tombes et ce dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Port-La-Nouvelle les dépens ainsi qu'une somme de 2 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que compte tenu de l'atteinte à l'accès et à la sécurité des usagers et en application des articles L. 2223-13 et R. 2223-4 du code général des collectivités territoriales, il appartient au maire de la commune de Port-La-Nouvelle de faire usage de ses pouvoirs de police de l'article L. 2213-8 du code général des collectivités territoriales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, la commune de Port-La-Nouvelle, représentée par la SELARL Lysis Avocats, conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit ordonné à Mme B de faire cesser l'empiétement de 4,5 centimètres au-dessus de l'espace inter-tombe dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à ce que les dépens ainsi qu'une somme de 3 000 euros soient mis à la charge de Mme B en application des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 2223-4 du code général des collectivités territoriales est inopérant dès lors que cet article concerne les fosses ;

- l'espace entre les tombes est suffisant ;

- le monument de la requérante déborde sur le domaine public communal de 4,5 centimètres.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article

R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la commune de Port-La-Nouvelle tendant à ce que le tribunal ordonne à Mme B de faire cesser l'empiétement au-dessus de l'espace inter tombal, les personnes publiques étant irrecevables à demander au juge des mesures qu'elles ont le pouvoir de prendre.

Des observations en réponse à ce moyen relevé d'office, présentées pour la commune de Port-La-Nouvelle, ont été enregistrées le 24 mai 2023.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique,

- et les observations de Me Girard, représentant la commune de Port-La-Nouvelle.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a acquis une concession perpétuelle sous le n° 324 à l'emplacement MH 30 du cimetière communal de Port-La-Nouvelle le 20 octobre 1976 d'une superficie de 6 m² où repose son mari. Cette concession est voisine de la concession MH 29 sur laquelle des travaux ont été réalisés en 2019. Estimant que la concession MH 29 empiétait désormais sur l'allée commune et ne lui permettait plus de passer entre les deux tombes, Mme B a adressé plusieurs courriers au maire dont un le 31 mars 2021 aux termes duquel la requérante sollicitait du maire de Port-La-Nouvelle de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire cesser cet empiétement sur l'espace inter-tombal. Le maire n'a pas apporté de réponse à cette demande et l'a ainsi implicitement rejetée. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Port-La-Nouvelle a implicitement rejeté sa demande du 31 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2213-8 du code général des collectivités territoriales : " Le maire assure la police des funérailles et des cimetières ". Aux termes de l'article L. 2223-12 du même code : " Tout particulier peut, sans autorisation, faire placer sur la fosse d'un parent ou d'un ami une pierre sépulcrale ou autre signe indicatif de sépulture ". Aux termes de l'article L. 2223-12-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut fixer des dimensions maximales des monuments érigés sur les fosses ". Aux termes de l'article L. 2223-13 du même code : " Lorsque l'étendue des cimetières le permet, il peut être concédé des terrains aux personnes qui désirent y fonder leur sépulture et celle de leurs enfants ou successeurs. Les bénéficiaires de la concession peuvent construire sur ces terrains des caveaux, monuments et tombeaux. () Le terrain nécessaire aux séparations et passages établis autour des concessions de terrains mentionnées ci-dessus est fourni par la commune. Aux termes de l'article R. 2223-4 de ce même code : " Les fosses sont distantes les unes des autres de 30 à 40 centimètres sur les côtés, et de 30 à 50 centimètres à la tête et aux pieds ".

3. Les prescriptions de l'article R. 2223-4 du code général des collectivités territoriales précité concernent l'espace entre les fosses et ne portent pas sur la largeur d'un passage de circulation entre les tombes. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune de Port-La-Nouvelle aurait approuvé le règlement du cimetière et fixé des prescriptions concernant un espace minimal entre les tombes. Les pièces versées aux débats ne permettent pas de démontrer que l'accès à la concession de Mme B ainsi que son entretien seraient rendus impossibles ou dangereux en raison des travaux réalisés sur la concession MH 29. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le maire devait mettre en œuvre les pouvoirs qu'il tient de l'article L. 2213-8 du code général des collectivités territoriales afin de permettre, même en l'absence de règlement communal du cimetière, une libre circulation entre les tombes de nature à permettre, sans danger pour les usagers, l'entretien de celles-ci.

4. Mme B soutient que les propriétaires de la concession voisine occupent irrégulièrement le domaine public communal dès lors que la réalisation des travaux qu'ils ont entrepris a réduit l'espace entre les tombes. Toutefois, comme il l'a été dit au point précédent, aucune disposition règlementaire ne définit de distance minimale entre les tombes et il n'existe aucun plan du cimetière permettant de délimiter l'étendue des concessions délivrées. Dès lors, l'occupation irrégulière du domaine public dont la requérante se prévaut en ressort d'aucune pièce du dossier.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Port-La-Nouvelle a rejeté sa demande en date du 31 mars 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la commune de Port-La-Nouvelle :

6. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 4 du présent jugement, l'occupation irrégulière du domaine public par Mme B n'est pas davantage établie par la commune. Les conclusions de la commune de Port-La-Nouvelle tendant à ce que le tribunal lui ordonne, sous astreinte, de faire cesser l'empiètement sur le domaine public doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision contestée, n'implique pas que le maire prenne des dispositions afin de rétablir le passage entre la concession de Mme B et la concession voisine. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au maire de prendre une telle mesure doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de Mme B et de la commune de Port-La-Nouvelle relatives aux dépens doivent, dans ces conditions, être rejetées.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Port-La-Nouvelle, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme B la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative présentées par la commune de Port-La-Nouvelle.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Port-La-Nouvelle tendant à ce qu'il soit enjoint à la requérante de faire cesser l'empiètement de 4,5 centimètres et celles présentées en application des articles R. 761-1 et L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la commune de Port-La-Nouvelle et à Me El Hazmi.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

Mme Camille Doumergue, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La rapporteure,

C. E

Le président,

J. Charvin

La greffière,

A. Lacaze

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 13 juin 2023

La greffière,

A. Lacaze

Ls

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