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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2106512

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2106512

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2106512
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 décembre 2021, Mme D C, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 octobre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande de reconnaissance de qualité d'apatride ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides de lui reconnaitre cette qualité ou à défaut de réexaminer sa demande dans le délai de trois mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que la décision :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- est entachée d'une erreur de fait quant aux conséquences à tirer de ses recherches auprès des autorités russes ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 janvier 2022, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de New-York du 28 septembre 1954 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Huchot ;

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public ;

- les observations de Me Brulé, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, expose être née en 1959 en république socialiste soviétique d'Azerbaïdjan. Prétendant ne pouvoir se prévaloir d'aucune nationalité, Mme C a sollicité, le 22 février 2021, la reconnaissance du statut d'apatride sur le fondement des stipulations de la convention de New-York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de la décision du 12 octobre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande.

2. En premier lieu, Mme B A, cheffe du bureau des apatrides, bénéficiait,

en vertu de l'article 10 de la décision du 3 mai 2021 du directeur général de l'OFPRA, régulièrement publiée le lendemain sur le site internet de l'OFPRA, d'une délégation lui permettant de signer la décision en litige au nom de cette autorité. Le moyen tiré de ce que la compétence du signataire de cette décision ne serait pas établie doit ainsi être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent, en particulier les références aux articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le détail de la demande de la requérante et les démarches effectuées par elle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, Mme C, qui déclare être née en Azerbaïdjan de parents de nationalité arménienne, ne produit aucune pièce d'identité probante, justifiant de ce que l'acte d'état civil dont elle se prévaut se rapporte à sa propre personne, alors que la légalisation et l'apostille présentés portent seulement sur la traduction de l'acte d'état civil et non sur l'acte d'état civil lui-même. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait quant à son identité doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 1er de la convention de New-York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides : " Aux fins de la présente Convention, le terme "apatride" désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation. ". Aux termes de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York, du 28 septembre 1954, relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention ".

6. Il résulte de ces stipulations et dispositions qu'il incombe à toute personne se prévalant de la qualité d'apatride d'apporter la preuve qu'en dépit de démarches répétées et assidues, l'Etat de la nationalité duquel elle se prévaut a refusé de donner suite à ses démarches.

7. Si Mme C indique avoir adressé le 30 janvier 2020 des courriers à l'ambassade d'Azerbaïdjan, d'Arménie et de Russie pour obtenir la nationalité de ces pays, ceux-ci, très succincts, ne permettaient pas aux destinataires de traiter utilement les demandes de la requérante, ainsi que le répond d'ailleurs l'ambassade de Russie en France par un courrier du 6 février 2020 qui la réoriente vers le consulat général de Russie à Marseille afin d'entamer une procédure de vérification de nationalité russe. Dans ces conditions, Mme C ne justifie pas avoir accompli les démarches répétées et assidues nécessaires pour obtenir la reconnaissance de la qualité d'apatride. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait quant à ses démarches auprès des autorités russes, et le moyen tiré de ce que l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides aurait fait une inexacte application des stipulations et dispositions précitées, doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme D C, à Me Ruffel et à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

M. Huchot, premier conseiller,

Mme Lesimple, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le rapporteur,

N. Huchot

Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M.-A Barthélémy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 29 juin 2023,

La greffière,

M.-A Barthélémy

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