mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2106587 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CABINET GENTILHOMME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces et un mémoire, enregistrés les 13 décembre 2021, 6 janvier et 5 avril 2022, M. D A et Mme C B contestent la décision du 26 octobre 2021 par laquelle le maire de la commune de Sigean n'a pas fait opposition à la déclaration préalable présentée par la société anonyme Orange et visant à l'implantation d'une antenne de radiotéléphonie sur une parcelle située au lieudit " La Clauze ".
Ils soutiennent que :
- le projet relevait du régime du permis de construire et non de celui de la déclaration préalable ;
- la décision contestée leur occasionne un trouble de jouissance au sens de l'article 544 du code civil et un préjudice patrimonial ;
- elle méconnaît l'article L. 34-9-1 du code des postes et télécommunications ;
- elle méconnaît le règlement du plan de prévention des risques naturels et notamment du risque inondations ;
- elle porte atteinte au principe de précaution ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle n'a pas étudié un site alternatif situé au lieudit " Croix de Saint Jean ", qui constituait un choix technique économiquement plus intéressant ;
- elle porte atteinte à la démarche " éviter, réduire, compenser " (ERC) en ce qui concerne le choix de l'implantation de l'antenne-relais.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2022, la commune de Sigean, représentée par la société civile professionnelle (SCP) Chichet, Henry, Pailles, Garidou et Renaudin, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge des requérants la somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête, faute de respecter l'obligation de notification prévue à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, est irrecevable ;
- faute de produire un titre de propriété, les requérants n'ont pas qualité à agir et ne sont donc pas recevables à contester la décision en litige ;
- les requérants, qui n'indiquent pas que le projet est de nature à affecter les conditions d'occupation de leur bien immobilier, n'ont pas davantage justifier de leur intérêt à agir ;
- au surplus, les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 1er avril 2022, la SA Orange, représentée par Me Gentilhomme, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge des requérants la somme de 5 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête, faute de respecter l'obligation de notification prévue à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, est irrecevable ;
- les requérants, qui n'indiquent pas que le projet est de nature à affecter les conditions d'occupation de leur bien immobilier, n'ont pas justifier de leur intérêt à agir ;
- au surplus, les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte de l'environnement ;
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le décret n° 2018-1123 du 10 décembre 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Teuly-Desportes ;
- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public ;
- et les observations de Me Alzeari, représentant la commune de Sigean.
Considérant ce qui suit :
1. Le 27 septembre 2021, la SA Orange a déposé une déclaration préalable en vue de l'implantation d'une antenne de radiotéléphonie sur un terrain situé au lieudit " La Clauze " à Sigean (Aude). Par arrêté du 26 octobre 2021, le maire de Sigean ne s'est pas opposé à cette déclaration. M. A et Mme B, voisins immédiats, demandent l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de l'urbanisme : " Les constructions nouvelles doivent être précédées de la délivrance d'un permis de construire, à l'exception : / a) Des constructions mentionnées aux articles R. 421-2 à R. 421-8-2 qui sont dispensées de toute formalité au titre du code de l'urbanisme ; / b) Des constructions mentionnées aux articles R. 421-9 à R. 421-12 qui doivent faire l'objet d'une déclaration préalable ". L'article R. 421-2 du même code dispose que : " Sont dispensées de toute formalité au titre du présent code, en raison de leur nature ou de leur très faible importance () a) Les constructions nouvelles répondant aux critères cumulatifs suivants : Une hauteur au-dessus du sol inférieure ou égale à douze mètres ; - Une emprise au sol inférieure ou égale à cinq mètres carrés ; - Une surface de plancher inférieure ou égale à cinq mètres carrés () ". Aux termes de l'article R. 421-9 du même code, dans sa version issue du décret du 10 décembre 2018 et applicable aux déclarations préalables déposées à compter du 13 décembre 2018 : " () les constructions nouvelles suivantes doivent être précédées d'une déclaration préalable, à l'exception des cas mentionnés à la sous-section 2 ci-dessus : () / j) Les antennes-relais de radiotéléphonie mobile et leurs systèmes d'accroche, quelle que soit leur hauteur, et les locaux ou installations techniques nécessaires à leur fonctionnement dès lors que ces locaux ou installations techniques ont une surface de plancher et une emprise au sol supérieures à 5 m² et inférieures ou égales à 20 m² ".
3. Il résulte de la combinaison des dispositions citées au point précédent qu'est soumise à déclaration préalable de travaux, et non à permis de construire, l'implantation des antennes-relais de radiotéléphonie mobile et de leurs systèmes d'accroche d'une hauteur supérieure à 12 mètres dès lors que la surface de plancher et l'emprise au sol des locaux et installations techniques nécessaires à leur fonctionnement n'excèdent pas 20 m².
4. Il ressort des pièces du dossier que si la hauteur de l'antenne relais de radiotéléphonie mobile projetée par la SA Orange est supérieure à 12 mètres, l'emprise au sol de la dalle support des armoires techniques, est de 5,625 m², selon les mentions figurant sur la déclaration préalable. Dès lors que l'emprise au sol de ces installations n'excédait pas 20 m², le projet relevait du champ d'application de la déclaration préalable et non de celui du permis de construire. Il suit de là que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les dispositions des articles R. 421- et R. 421-9 du code de l'urbanisme auraient été méconnues.
5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions des articles R. 425-16 à R. 425-22-1 du code de l'urbanisme qu'une décision prise sur une déclaration préalable n'est pas subordonnée au dépôt du dossier d'information prévu par l'article L. 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques. En vertu du principe de l'indépendance des législations, il n'appartient donc pas à l'autorité en charge de la délivrance des autorisations d'urbanisme de veiller au respect de la réglementation des postes et communications électroniques, qui relève d'une police spéciale des communications électroniques sans application dans le cadre de l'instruction des demandes d'autorisation d'urbanisme. Il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire qu'une concertation avec les habitants soit à mener avant de statuer sur une demande d'implantation d'une antenne relais comme en l'espèce. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que la décision attaquée n'aurait pas été précédée de la procédure d'information prévue par ces dispositions.
6. En troisième lieu, l'autorisation d'urbanisme a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'elle autorise avec les dispositions législatives et réglementaires d'urbanisme en vigueur. Ainsi, si les atteintes portées par le projet à l'occupation, l'utilisation, la jouissance et la valeur du bien des requérants leur confèrent un intérêt à agir, elles ne peuvent être utilement invoquées pour contester la légalité de la décision de non-opposition à déclaration préalable contestée, qui a été délivrée sous réserve des droits des tiers. Par suite, les moyens tirés de l'existence de nuisances visuelles et de la dépréciation de leur bien immobilier induites par la réalisation du projet en litige doivent être écartés comme inopérants.
7. En quatrième lieu, il n'appartient pas au juge administratif de contrôler l'appréciation à laquelle s'est livrée l'autorité administrative pour le choix de l'implantation de l'antenne par rapport à d'autres choix d'implantation éventuels. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'absence d'étude d'un site alternatif comme de la méconnaissance de la séquence " éviter réduire compenser " dans le choix de l'implantation ne peuvent, en tout état de cause, qu'être écartés.
8. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du règlement du plan de prévention des risques naturels, qui ne mentionne aucune disposition de ce règlement, n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 5 de la Charte de l'environnement : " Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage ". Aux termes de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme, reprenant les dispositions de l'article R. 111-15 : " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable doit respecter les préoccupations d'environnement définies aux articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement. Le projet peut n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si, par son importance, sa situation ou sa destination, il est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement. Ces prescriptions spéciales tiennent compte, le cas échéant, des mesures mentionnées à l'article R. 181-43 du code de l'environnement ".
10. Il appartient à l'autorité administrative compétente pour se prononcer sur l'octroi d'une autorisation en application de la législation sur l'urbanisme, de prendre en compte le principe de précaution énoncé à l'article 5 de la Charte de l'environnement et rappelé par l'article L. 110-1 du code de l'environnement auquel renvoie l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme. Toutefois ces dispositions ne lui permettent pas, indépendamment des procédures d'évaluation des risques et des mesures provisoires et proportionnées susceptibles, le cas échéant, d'être mises en œuvre par les autres autorités publiques dans leur domaine de compétence, de refuser légalement la délivrance d'une autorisation d'urbanisme en l'absence d'éléments circonstanciés sur l'existence, en l'état des connaissances scientifiques, de risques, même incertains, de nature à justifier un tel refus d'autorisation.
11. Les requérants se prévalent de l'existence de risques sanitaires liés à l'exposition d'ondes électromagnétiques en faisant état de la multiplication des cas d'électro-sensibilité. Cependant, ils ne versent pas, à l'appui de leurs allégations d'éléments circonstanciés de nature à établir l'existence, en l'état des connaissances scientifiques, d'un risque pouvant résulter de leur exposition aux champs électromagnétiques émis par les antennes relais de téléphonie mobile, de nature à justifier une opposition à la déclaration en litige. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en ne s'opposant pas à la déclaration préalable déposée par la société pétitionnaire, le maire de la commune de Sigean aurait méconnu le principe de précaution garanti notamment par l'article 5 de la charte de l'environnement et les dispositions de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme, doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 26 octobre 2021.
Sur les frais liés au litige :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants les sommes que sollicitent la SA Orange et la commune de Sigean en application au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A et de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la SA Orange et la commune de Sigean en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et Mme C B, à la société anonyme Orange et à la commune de Sigean.
Délibéré à l'issue de l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Encontre, présidente,
Mme Teuly-Desportes, première conseillère,
M. Rousseau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.
La rapporteure,
D. Teuly-Desportes
La greffière,
C. Arce
La présidente,
S. Encontre
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Montpellier, le 30 janvier 2024,
La greffière,
C. Arce
N°2106587 lr
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026