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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2106610

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2106610

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2106610
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat TEULY-DESPORTES
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS DUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 15 décembre 2021 et le 8 février 2022, M. C B, représentée par Me Dumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 septembre 2021 par laquelle la commission de médiation de l'Hérault a rejeté sa demande de logement social dans le cadre des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et du réexamen ordonné par le tribunal ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de l'Hérault de reconnaître sa demande prioritaire et de lui attribuer un logement en urgence ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de saisir la commission de médiation du département de l'Hérault afin que celle-ci reconnaisse sa demande de logement prioritaire et urgente dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil ou, en l'absence d'admission à l'aide juridictionnelle la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le coût de son loyer est trop élevé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le logement est inadapté à son handicap.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 15 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Teuly-Desportes, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Mme A représentant le préfet de l'Hérault.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a saisi la commission de médiation du département de l'Hérault d'un recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement en application de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 7 janvier 2020, la commission de médiation a rejeté son recours. Par jugement rendu le 28 juin 2021, le magistrat désigné du tribunal a annulé cette décision et a enjoint au préfet de l'Hérault de saisir la commission de médiation du département de l'Hérault afin qu'il soit procédé à un nouvel examen de la demande et que soit prise une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement. Dans le cadre de ce réexamen, la commission de médiation du département de l'Hérault a, par une décision du 7 septembre 2021, notifiée le 19 octobre suivant, rejeté la demande. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision contestée, qui est prise au visa des articles L. 300-1, L. 441-2-3 II et R. 441-13 et suivants du code de la construction et de l'habitation, comporte également les éléments de fait tenant à la situation de M. B qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision du 7 septembre 2021 manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, dans le cadre du réexamen ordonné par le magistrat désigné, la commission de médiation du département de l'Hérault a, pour rejeter le recours de M. B tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de relogement, estimé, d'une part, que l'intéressé, qui vit avec sa famille composé de quatre personnes, dans un appartement de 84 m2, n'avait pas un logement affecté par la sur-occupation et que, d'autre part, s'il faisait état de sa situation de handicap et de sa difficulté d'accéder à son logement situé au 2ème étage, il n'a pas produit, en dépit du courrier l'invitant à le faire, des pièces supplémentaires sur ses difficultés d'accès. Si le requérant soutient que la commission de médiation, qui n'a pas statué sur le montant du loyer, a entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux, il ressort toutefois des pièces du dossier et notamment du dispositif du jugement rendu le 28 juin 2021 et des motifs qui en constituent le soutien nécessaire que la commission de médiation, dont le magistrat désigné a relevé qu'elle ne s'était pas prononcée sur le point de savoir si son handicap rendait son logement inadapté à ses besoins, avait seulement à se prononcer sur le caractère adapté ou non de ce logement. Le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit donc être écarté.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement sur-occupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap (). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y'a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte des démarches précédemment effectuées. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : () : -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 () - -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées au 2° de l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale ()La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".

5. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitat et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Toutefois, dans le cas particulier d'une personne se prévalant uniquement du fait qu'elle a présenté une demande de logement social et n'a pas reçu de proposition adaptée dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, la commission peut légalement tenir compte de la circonstance que l'intéressé dispose déjà d'un logement, à condition que, eu égard à ses caractéristiques, au montant de son loyer à et sa localisation, il puisse être regardé comme adapté à ses besoins.

6. Si M. B, dont il est constant qu'il ne s'est pas vu proposer un logement dans un délai anormalement long, invoque le caractère inadapté de son logement, situé au 2ème étage sans ascenseur, à son handicap, à savoir une spondylarthrose professionnelle invalidante, il n'a fourni, dans le cadre du réexamen de sa demande, aucun nouveau document relatif à son handicap, mais s'est borné à produire un certificat médical établi le 17 décembre 2019, soit presque deux ans avant la décision contestée, et déjà produit dans le cadre de son recours amiable. Par suite, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que la commission de médiation du département de l'Hérault a refusé de faire droit à sa demande.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution de sorte que les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. D'une part, en l'absence de dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, le requérant n'est, en tout état de cause, nullement fondé à en solliciter le remboursement.

10. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, comme celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement et à Me Dumont.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

La magistrate désignée,

D. D La greffière,

L. Rocher

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 24 janvier 2023.

La greffière,

L. Rocher

N°2106610 lr

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