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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2106702

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2106702

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2106702
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS VIGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Woll, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 juin 2021 par laquelle maire de la commune de Saint-André a fait opposition à sa déclaration préalable déposée le 22 avril 2021 et portant sur l'installation d'une résidence mobile constituant un habitat permanent ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-André de lui délivrer un certificat de non-opposition à la déclaration préalable, dans un délai de 15 jours à compter du jugement ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-André une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée méconnaît l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les articles 17 et 26 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 1er du protocole additionnel de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 novembre et le 8 décembre 2023, la commune de Saint-André, représentée par Me Vigo, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. A la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive et par là même irrecevable ;

- au surplus, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son premier protocole additionnel ;

- le pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Teuly-Desportes,

- les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Vigo pour la commune de Saint-André.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a déposé, le 22 avril 2021, une déclaration préalable, complétée le 27 mai suivant, pour l'installation, sur la parcelle cadastrée AN 58 dont il est propriétaire, de deux caravanes et d'une remorque. Par un arrêté du 21 juin 2021, la commune de Saint-André a fait opposition à cette déclaration préalable. Le 26 août 2021, M. A a formé un recours gracieux qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 juin 2021 et de lui délivrer un certificat de non-opposition à la déclaration préalable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, selon l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable les travaux, installations et aménagements suivants : () j) L'installation d'une résidence mobile visée par l'article 1er de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, constituant l'habitat permanent des gens du voyage, lorsque cette installation dure plus de trois mois consécutifs () ".

3. Le projet de M. A, qui souhaite se sédentariser, consiste en l'installation sur son terrain de deux résidences mobiles constituant son habitat permanent et d'une remorque. Il entre nécessairement dans le champ d'application des dispositions précitées du code de l'urbanisme, lesquelles exigent, pour les gens du voyage, une déclaration préalable pour une installation d'une durée supérieure à trois mois. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme citées au point précédent ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 444-1 du code de l'urbanisme : " L'aménagement de terrains bâtis ou non bâtis, pour permettre l'installation de résidences démontables constituant l'habitat permanent de leurs utilisateurs définies par décret en Conseil d'Etat ou de résidences mobiles au sens de l'article 1er de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, est soumis à permis d'aménager ou à déclaration préalable, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Ces terrains doivent être situés dans des secteurs constructibles. Ils peuvent être autorisés dans des secteurs de taille et de capacité d'accueil limitées, dans les conditions prévues à l'article L. 151-13 ". Selon l'article 4 AU 1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " Occupations et utilisations du sol interdites : Toute utilisation du sol est interdite à l'exception de la réalisation d'équipements publics, de superstructures ou d'infrastructures liées aux missions de service public ou d'intérêt général, poursuivies par des collectivités publiques ou des établissements publics. ".

5. Il est constant que la parcelle du requérant est située en zone 4 AU du plan local d'urbanisme, à savoir une zone d'urbanisation future destinée à accueillir des activités économiques à caractère commercial, artisanal et industriel. Or, l'article 4 AU 1 du règlement du plan local d'urbanisme y interdit toute utilisation du sol dès lors qu'elle n'a pas pour finalité la réalisation d'équipements publics, de superstructures ou d'infrastructures liées à une mission de service public ou d'intérêt général poursuivies par des collectivités ou des établissements publics. Ainsi, en s'opposant à la déclaration préalable présentée par M. A, du fait de l'impossibilité pour un particulier de s'installer sur une parcelle en zone 4AU, le maire de la commune de Saint-André n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. En admettant que M. A puisse utilement invoquer le bénéfice de ces stipulations à l'encontre d'une décision d'opposition à déclaration préalable, il ressort toutefois des pièces du dossier que le maire de la commune a fait une exacte application des dispositions de l'article 4 AU1 du règlement du plan local d'urbanisme de sorte que l'ingérence ne peut avoir eu qu'un but légitime lié au respect des règles d'urbanisme. En outre, le 14 janvier 2014, date à laquelle M. A a acquis, avec sa femme, la parcelle sur laquelle il entend implanter ces résidences mobiles, le règlement du plan local d'urbanisme, approuvé le 20 février 2008, avait été modifié le 6 juin 2013, soit depuis plus de 7 mois. Au soutien du moyen, M. A se borne à faire valoir, sans produire aucun élément à l'appui de ses allégations, qu'il vit de la vente de produits sur les marchés des alentours et a trois enfants scolarisés. Enfin, il n'est pas établi ni même allégué que M. A serait dans l'impossibilité de fixer sa résidence principale dans un logement ou sur un autre emplacement, prévu à cet effet. Ainsi, et en tout état de cause, la décision contestée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1er du protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions ou des amendes. ".

9. Eu égard à l'intérêt général qui s'attache à la réalisation d'équipements publics et d'infrastructures liés aux missions de service public dans la zone du plan local d'urbanisme où se situe le terrain d'assiette pour lequel une déclaration préalable a été déposé, la décision en litige, fondée sur le plan local d'urbanisme, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de propriété de M. A et n'a par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Aux termes de l'article 17 du pacte international relatif aux droits civils et politiques : " 1° Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. 2° Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ".

11. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit aux points 7 et 9, la décision contestée a été prise pour assurer le respect des règles d'urbanisme. Dans ces conditions, en se bornant à soutenir qu'il s'agit d'une immixtion arbitraire dans sa vie privée, le requérant ne saurait établir le caractère arbitraire d'une telle décision. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 14 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation ". Selon l'article 26 du pacte international des droits civils et politiques : " Toutes les personnes sont égales devant la loi et ont droit sans discrimination à une égale protection de la loi. A cet égard, la loi doit interdire toute discrimination et garantir à toutes les personnes une protection égale et efficace contre toute discrimination, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique et de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation ".

13. Le requérant, qui invoque, à l'appui de ces conclusions à fin d'annulation, la méconnaissance du mode de vie des gens du voyage, n'établit pas que la décision aurait été motivée par un motif étranger au respect des règles d'urbanisme, ni qu'elle aurait eu pour objet de l'écarter de la commune. Il ne démontre aucune discrimination au sens des stipulations citées au point précédent et n'est, en tout état de cause, nullement fondé à en invoquer la méconnaissance.

14. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 juin 2021 par laquelle le maire de la commune de Saint-André a fait opposition à sa déclaration préalable portant sur l'installation de résidences mobiles constituant un habitat permanent.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées par M. A tendant à la délivrance d'un certificat de non-opposition ne sauraient être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

16. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme sollicitée par le requérant au titre des frais liés au litige soit mise à la charge de la commune de Saint-André, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'allouer la somme demandée par la commune de Saint-André sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-André en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Saint André.

Délibéré à l'issue de l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère.

M. Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

La rapporteure,

D. Teuly-DesportesLa présidente,

S. EncontreLe greffier,

D. Lopez

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Montpellier, le 8 janvier 2024,

Le greffier,

D. Lopezdl

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