mardi 21 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2106709 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Vice-Président CHARVIN |
| Avocat requérant | MICHEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 décembre et 4 novembre 2021, la société anonyme Assurances du Crédit Mutuel Iard, représentée par Me Michel, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 745,14 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 8 octobre 2021, en réparation des dommages subis par son assurée, l'agence CIC Carcassonne, à l'occasion de la manifestation des " Gilets jaunes " qui s'est déroulée le 22 décembre 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle agit en qualité de subrogée dans les droits de son assurée en application de l'article L. 121-12 du code des assurances ;
- les conditions d'engagement de la responsabilité sans faute de l'Etat en vertu des dispositions de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure sont réunies dès lors que les dommages ont été causés à l'occasion d'une manifestation par usage de la force ouverte par les participants à la manifestation et que ces faits sont constitutifs du délit de destruction, dégradation ou détérioration volontaire d'un bien appartenant à autrui ;
- le montant total des dommages subis indemnisés est de 3 325,14 euros et celui de la facture réglée à l'expert est de 420 euros.
Par un mémoire enregistré le 28 septembre 2022, le préfet de l'Aude conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conditions d'engagement de la responsabilité de l'Etat ne sont pas réunies en l'absence d'attroupement et de lien de causalité entre les préjudices allégués et le délit commis à force ouverte au cours d'un attroupement ;
- les frais d'expertise ne sont pas indemnisables et les sommes réclamées au titre des travaux de remise en état ne correspondent pas aux factures produites.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, M. Charvin, vice-président, pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Charvin, rapporteur ;
- et les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Une manifestation du mouvement des " Gilets jaunes " s'est déroulée le 22 décembre 2018 à Carcassonne, à l'occasion de laquelle l'agence bancaire CIC Carcassonne a subi des dégradations matérielles sur la porte d'entrée, les vitres extérieures et la façade de son bâtiment. Son assureur, la société Assurances du Crédit Mutuel Iard (ACM), qui l'a indemnisée du montant des travaux de remise en état, a adressé au préfet de l'Aude, par courrier reçu le 8 octobre 2021, une demande de remboursement des frais engagés ainsi que de la somme acquittée pour les frais d'expertise. En l'absence de réponse à cette demande, la société ACM, en sa qualité de subrogée dans les droits de son assurée, demande au tribunal de condamner l'Etat à lui rembourser la somme correspondante de 3 745,14 euros, dont 420 euros au titre des frais d'expertise.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens. () ". L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés commis par des rassemblements ou des attroupements précisément identifiés.
3. Ne peuvent être regardés comme étant le fait d'un attroupement ou rassemblement au sens de ces dispositions les actes délictuels commis sur des biens privés alors qu'ils ne procédaient pas d'une action spontanée dans le cadre ou le prolongement d'un attroupement ou rassemblement mais d'une action préméditée, organisée par un groupe structuré à seule fin de les commettre.
4. Il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal de dépôt de plainte du directeur de l'agence bancaire CIC Carcassonne du 30 janvier 2019, que le 22 décembre 2018, les vitres, la porte d'entrée et la façade de l'agence située 45 rue de Verdun à Carcassonne ont été dégradées en marge de la manifestation des gilets jaunes, à la suite d'actes commis à force ouverte ou par violence, constitutifs de délits. Il résulte en outre des mentions du rapport de police du 23 décembre 2018 versé à l'instance par le préfet de l'Aude, que 750 manifestants ont commencé à se rassembler sur un rond-point de la zone Planeto au nord de la ville à compter de 14 heures, pour se diriger ensuite vers le centre-ville, en manifestant leur mécontentement par des jets de pierres et de peinture, notamment sur la façade du commissariat et des véhicules administratifs, par des feux de détritus, de poubelles et d'un compteur électrique de la SNCF, et par des dégradations sur l'établissement bancaire CIC de la rue de Verdun. Dans ces conditions, la seule circonstance que certains de ces agissements sont le fait de groupes détachés du cortège des manifestants, ne saurait suffire à démontrer que ces groupes aurait été, comme le soutient le préfet de l'Aude, indépendants du reste des manifestants ni que les faits commis par ces individus, que les services de police désignent comme faisant partie du cortège des manifestants, ne seraient pas en lien direct avec la manifestation. Ainsi, les dégradations occasionnées à l'agence CIC Carcassonne doivent être regardées non comme ayant été provoquées par des groupes isolés et structurés dans ce seul but, mais comme s'inscrivant dans le prolongement du rassemblement constitué à l'occasion de la manifestation du 22 décembre 2018. Par conséquent, en l'absence d'éléments de nature à exclure le rattachement des dégradations subies par l'agence CIC Carcassonne à la manifestation des " gilets jaunes ", ces dégradations, qui revêtent le caractère de dommages résultant d'un attroupement ou d'un rassemblement au sens des dispositions de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, sont de nature à engager la responsabilité sans faute de l'Etat sur le fondement desdites dispositions.
Sur les préjudices indemnisables :
5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur. ". Il résulte de ces dispositions que le versement, par l'assureur, de l'indemnité à laquelle il est tenu en vertu du contrat d'assurance le liant à son assuré, le subroge, dès cet instant et à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de son assuré contre le tiers responsable du dommage.
6. Le rapport d'expertise diligenté par la société CIC, et non contesté par le préfet de l'Aude, a évalué à 3 325,14 euros le montant des dommages matériels occasionnés au bâtiment de l'agence bancaire CIC Carcassonne en raison des dégradations consécutives à la manifestation du 22 décembre 2018. Il résulte de l'instruction, et notamment de la quittance subrogative du 11 mars 2021 versée au dossier que cette somme a été payée par la société ACM à son assurée qui l'a acceptée pour solde à titre de transaction. La société ACM étant dès lors subrogée dans les droits de son assurée à due concurrence de l'indemnité versée, il y a lieu de condamner l'Etat à lui rembourser la somme de 3 325,14 euros en réparation des dégradations occasionnées lors de la manifestation du 22 décembre 2018.
7. La société ACM produit en outre un bordereau d'opérations financières duquel il résulte qu'elle a pris en charge les frais de l'expertise diligentée pour déterminer la nature et le coût des travaux à réaliser à la suite des dégradations consécutives à la manifestation du 22 décembre 2018, pour un montant de 420 euros. Il y donc également lieu de condamner l'Etat à lui rembourser cette somme au titre des frais d'expertise.
Sur les intérêts :
8. La société ACM a droit aux intérêts au taux légal sur l'indemnité de 3 745,14 euros, à compter du 8 octobre 2021, date de réception de sa demande préalable par le préfet de l'Aude.
Sur les frais liés aux litiges :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 750 euros à verser à la société ACM au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société Assurances du Crédit Mutuel Iard la somme totale de 3 745,14 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 8 octobre 2021.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 750 euros à la société Assurances du Crédit Mutuel au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Assurances du Crédit Mutuel Iard et au
préfet de l'Aude.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.
Le vice-président désigné,
J. CharvinLa greffière,
L. Salsmann
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 21 mars 2023,
La greffière,
L. Salsmann
N 2106709Ls
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026