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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2106802

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2106802

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2106802
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP VIAL-PECH DE LACLAUSE-ESCALE-KNOEPFFLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 décembre 2021, 5 janvier 2023 et 13 mars 2023, Mme B D C demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet opposée par la rectrice de l'académie de Montpellier à sa demande indemnitaire préalable formulée le 30 août 2021 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 46 970 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les agissements de harcèlement moral, résultant de propos vexatoires, d'une surcharge de travail et de l'inadaptation de ses conditions de travail, qu'elle estime avoir subis engagent la responsabilité de l'Etat à son égard ;

- elle est fondée à obtenir réparation de son déficit fonctionnel temporaire à hauteur de 5 970 euros, des souffrances endurées à hauteur de 6 000 euros, de la perte de chance d'être promue à hauteur de 10 000 euros et de la perte de gains professionnels futurs à hauteur de 25 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 décembre 2022, 9 février 2023 et 28 mars 2023, la rectrice de l'académie de Montpellier conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'en l'absence de toute faute qui lui serait imputable, les prétentions de Mme D C ne sont pas fondées.

Vu :

- le jugement n° 2102329 et 2102330 du tribunal administratif de Montpellier du 10 mars 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Joubès, représentant Mme D C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D C, titulaire du grade de secrétaire administrative de l'Education nationale et de l'enseignement supérieur, exerçait ses fonctions au sein du lycée Mermoz à Montpellier depuis le 1er septembre 2016. Elle a été placée en arrêt de travail du 2 au 28 mars 2017, du 1er au 9 juin suivant, puis du 4 septembre 2017 au 31 août 2018, en raison d'un syndrome anxio-dépressif. Le bénéfice de la protection fonctionnelle lui a été refusé par une décision du 14 juin 2018. Elle a repris ses fonctions à temps partiel thérapeutique à compter du 1er septembre 2018, avant d'être mise à la retraite à compter du 1er janvier 2021. Par un courrier du 26 août 2021, reçu le 30 août suivant, elle a sollicité l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis. Du silence gardé par la rectrice sur cette demande est née, le 30 octobre 2021, une décision implicite de refus. Par la présente requête, Mme D C recherche la responsabilité de l'Etat.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / () ".

3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Par ailleurs, pour être qualifiés de harcèlement moral, les agissements en cause doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral.

4. En premier lieu, Mme D C fait valoir des propos vexatoires dont elle estime avoir été victime, notamment de la part de ses responsables hiérarchiques. A cet égard, si elle verse au débat un échange de courriels daté du 31 août 2016 entre sa responsable hiérarchique et sa prédécesseure, contenant des propos déplacés à son égard sur son physique, il résulte de l'instruction que cet échange a eu lieu avant sa prise de poste et qu'elle n'en était pas destinataire. Au demeurant, il résulte également de l'instruction, notamment de l'attestation de sa responsable hiérarchique datée du 17 novembre 2022, que cette dernière a été rappelée à l'ordre, pour ce fait, par le proviseur du lycée. De même, il résulte du courriel du 29 novembre 2016 adressé par sa responsable hiérarchique à d'autres collègues, que celle-ci se borne à les informer de la prise de poste de la requérante au 1er septembre 2016 en soulignant qu'elle était moins expérimentée que sa prédécesseure, considération ne faisant pas présumer d'un harcèlement moral. Enfin, si la requérante se prévaut de la décision de la secrétaire générale du 1er juin 2017 de l'affecter dans un autre service à compter de la rentrée 2017 pour exercer notamment des tâches relevant d'un emploi de catégorie C, alors qu'elle relève d'un cadre d'emploi de catégorie B, il résulte de l'instruction qu'il s'agit d'une affectation temporaire pendant quelques semaines visant, d'une part, à la placer dans un service distinct pour remédier aux difficultés rencontrées en dépit des formations suivies, d'autre part, à apporter un renfort ponctuel au service en cause. Dans ces conditions, aucun des faits précités n'est pas de nature à faire présumer d'une situation de harcèlement moral.

5. En deuxième lieu, la requérante fait valoir qu'elle a alerté ses responsables hiérarchiques sur la surcharge de travail qu'elle ressentait dès 2016, le poste impliquant, selon elle, un volume de 50 heures hebdomadaires. Toutefois, elle se borne à faire état d'un courrier de la secrétaire générale du 1er juin 2017, par lequel celle-ci lui indique seulement que, eu égard aux difficultés qu'elle rencontre, l'appropriation de tâches nouvelles est difficilement conciliable avec un service à temps partiel et une attestation d'une collègue du 9 avril 2021 faisant état de son placement temporaire en renfort dans un service distinct en 2017 pour résorber du retard. En outre, si elle soutient que des délais très courts lui étaient systématiquement imposés, elle ne produit comme justificatif qu'un seul courriel adressé par sa responsable hiérarchique en 2016 lui accordant un délai de deux heures pour réaliser une tâche relevant de ses missions. Ainsi, les éléments avancés par la requérante ne permettent pas d'établir la surcharge de travail alléguée et, par suite, ne font pas présumer d'un harcèlement moral à son égard.

6. En troisième lieu, Mme D C fait valoir un défaut d'adaptation de ses conditions de travail. Il résulte de l'instruction que l'intéressée a bénéficié d'un temps partiel à 80% au cours de sa première année en fonctions, soit l'année scolaire 2016/2017, puis le proviseur du lycée a opposé un refus au renouvellement de ce temps partiel pour l'année scolaire 2017/2018, puis à nouveau en 2019 lors de sa reprise après avoir été placée en arrêt de travail, puis en temps partiel thérapeutique pendant six mois jusqu'au 1er mars 2019, en dépit des avis favorables émis par le médecin de prévention en 2017 et 2019. Il résulte également de l'instruction que le refus en cause a été motivé par les difficultés rencontrées par la requérante dans la réalisation de ses tâches dès sa prise de fonctions et qui ont perduré malgré les formations dispensées, les conseils prodigués et l'adaptation de ses tâches en fonction de sa quotité de travail, rendant incompatible le temps partiel sollicité avec la bonne marche du service. Si l'intéressée conteste toute adaptation de ses tâches en fonction de sa quotité de travail, elle ne fournit aucun élément circonstancié au soutien de ses allégations et, du reste, ne conteste pas les difficultés rencontrées. Par conséquent, et dans la mesure où l'octroi d'un service à temps partiel n'était pas de droit dans le cas de l'intéressée, la seule circonstance que le proviseur du lycée ait refusé de renouveler son autorisation d'effectuer un service à temps partiel, au motif de considérations tenant à l'intérêt du service, est insuffisante pour caractériser un agissement de harcèlement moral à l'encontre de l'intéressée.

7. Enfin, si Mme D C fait état, de manière peu étayée, de l'inaction du proviseur du lycée, il résulte toutefois de l'instruction que ce dernier a rappelé à l'ordre sa responsable hiérarchique en 2016 à la suite des propos déplacés révélés dans un échange de courriels, a sollicité que l'entretien professionnel de l'intéressée soit réalisé par une autre responsable hiérarchique et l'a reçue en entretien le 22 janvier 2019 pour lui expliquer les motifs ayant conduit à l'absence de renouvellement de son autorisation de service à temps partiel. Ainsi, aucune carence fautive ne peut être imputée à sa hiérarchie.

8. Il s'ensuit que les éléments avancés par Mme D C, pris dans leur ensemble, ne permettent pas de caractériser un harcèlement moral à son égard. Dès lors, aucune faute n'est imputable à ce titre au rectorat de l'académie de Montpellier, dont la responsabilité ne saurait, dès lors, être engagée. Par suite, l'ensemble des prétentions indemnitaires présentées doit être rejeté.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du rectorat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme D C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D C et à la rectrice de l'académie de Montpellier.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Philippe Gayrard, président,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

Mme Brigitte Pater, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

Le président-rapporteur,

JP. A

L'assesseure la plus ancienne,

I. PASTORLa greffière,

B. FLAESCH

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 1er décembre 2023

La greffière,

B. FLAESCH

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