mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2106818 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 décembre 2021 et 31 mars 2023, l'association France Nature Environnement Languedoc-Roussillon, représentée par
Me Victoria, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 27 octobre 2021 accordant au département de l'Hérault une dérogation aux interdictions relatives aux espèces de faune et de flore sauvage protégées, complémentaire à l'arrêté de dérogation du 8 juillet 2019 pour le projet d'aménagement de la RD68 " liaison intercantonale d'évitement nord " (LIEN) entre l'A750 à Bel Air et la RD986 au nord de Saint-Gély-du-Fesc ;
2°) d'enjoindre à l'Etat et au conseil départemental de l'Hérault d'interrompre les travaux de réalisation du projet d'aménagement de la RD68 LIEN entre l'A750 à Bel Air et la RD986 au nord de Saint-Gély-du-Fesc immédiatement à compter de la notification du jugement à intervenir et de démolir les aménagements déjà réalisés dans le cadre de ce projet dans un délai de six mois à compter de cette notification, sous astreinte de 10 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat et du département de l'Hérault la somme de 3 600 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'elle a été présentée avant l'expiration du délai de recours contentieux et qu'étant agréée pour la protection de l'environnement au niveau régional, elle justifie d'un intérêt à agir contre la décision contestée, qui produit des effets dommageables sur l'environnement dans le département de l'Hérault ;
- en l'absence de délégation de signature régulière accordée à M. Thierry Laurent, l'arrêté contesté émane d'une autorité incompétente ;
- en ce qu'elle permet la capture et le transfert de spécimens de loutres d'Europe susceptibles d'être coincés dans l'emprise des travaux, la décision contestée émane d'une autorité incompétente au regard des dispositions de l'article R. 411-8 du code de l'environnement ;
- la motivation des mesures de dérogation est insuffisante ;
- le projet d'aménagement en cause ne répond pas à une raison d'intérêt public majeur ;
- le maître d'ouvrage a sous-estimé l'atteinte à certaines espèces ;
- à défaut de réflexion sur la nécessité de réaliser le projet de tronçon en litige sur le secteur considéré, l'absence de solution alternative satisfaisante n'est pas justifiée ;
- en n'intégrant pas, au titre des dérogations, la destruction de spécimens de la loutre d'Europe et de campagnol amphibie, ainsi que la destruction ou la perturbation de spécimens supplémentaires de glaïeul douteux, de murins de Daubenton et de pipistrelles pygmées, le préfet de l'Hérault a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 411-2 du code de l'environnement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête, subsidiairement, à ce que l'arrêté contesté soit annulé seulement en tant qu'il concerne la loutre d'Europe.
Il soutient que les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, le département de l'Hérault, représenté par la SCP CGCB et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de l'association requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- eu égard à la portée matérielle et géographique limitée de la décision attaquée et au champ d'intervention géographique étendu de l'association requérante ressortant de ses statuts, celle-ci ne justifie pas d'un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 20 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 mars 2023 à 12 heures.
Un mémoire, présenté pour le département de l'Hérault par la SCP CGCB et associés, a été enregistré le 30 mai 2023.
Un mémoire, présenté pour l'association France Nature Environnement Languedoc-Roussillon par Me Victoria, a été enregistré le 31 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Verguet ;
- les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique ;
- les observations de Me Victoria, représentant l'association France Nature Environnement Languedoc-Roussillon ;
- les observations de Me Gilliocq, représentant le département de l'Hérault ;
- et les observations de Mme B, représentant le préfet de l'Hérault.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de l'Hérault a pris le 8 juillet 2019 un arrêté accordant au département de l'Hérault une dérogation aux interdictions relatives aux espèces de faune et de flore sauvages protégées, pour le projet d'aménagement de la RD68 LIEN entre l'A 750 à Bel Air et la RD986 au nord de Saint-Gély-du-Fesc. Par un arrêté du 27 octobre 2021, il a accordé au département une dérogation complémentaire, portant sur vingt-huit espèces de faune et de flore sauvages protégées. L'association France Nature Environnement Languedoc-Roussillon demande l'annulation de ce second arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 411-6 du code de l'environnement : " Les dérogations définies au 4° de l'article L. 411-2 sont accordées par le préfet, sauf dans les cas prévus aux articles R. 411-7 et R. 411-8. (). ". Aux termes de l'article R. 411-8 de ce code : " Lorsqu'elles concernent des animaux appartenant à une espèce de vertébrés protégée au titre de l'article L. 411-1, menacée d'extinction en France en raison de la faiblesse, observée ou prévisible, de ses effectifs et dont l'aire de répartition excède le territoire d'un département, les dérogations définies au 4° de l'article L. 411-2 sont délivrées par le ministre chargé de la protection de la nature, pour les opérations suivantes : enlèvement, capture, destruction, transport en vue d'une réintroduction dans le milieu naturel, destruction, altération ou dégradation du milieu particulier de l'espèce. ".
3. Il ressort des énonciations claires de l'article 1er de l'arrêté du 27 octobre 2021 relatives à la dérogation aux interdictions portant sur la loutre d'Europe, laquelle figure sur la liste, fixée par l'arrêté interministériel du 9 juillet 1999, des espèces de vertébrés protégées menacées d'extinction, que l'arrêté contesté a pour objet d'accorder une dérogation à l'interdiction de perturbation intentionnelle de ce mammifère, dans la limite de cinq spécimens, à l'exclusion de toute dérogation aux interdictions de destruction et de capture. Si l'article 1er de l'arrêté comprend une mention, ne visant aucune espèce précise, selon laquelle " la dérogation " intègre également, en vue d'éviter leur destruction pendant la phase du chantier, la capture et le transfert de spécimens coincés dans l'emprise des travaux, celle-ci ne peut être regardée comme s'appliquant à la loutre d'Europe, dont la destruction et la capture sont interdites en vertu de l'article L. 411-1 du code de l'environnement. Dès lors, le préfet de l'Hérault était compétent pour signer l'arrêté du 27 octobre 2021, en application des dispositions précitées de l'article R. 411-6 du code de l'environnement.
4. Par un arrêté n° 2021-I-809 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au recueil spécial n° 106 du 19 juillet 2021, le préfet de l'Hérault a accordé à M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault, une délégation à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault ". M. A était ainsi habilité à signer l'arrêté du 27 octobre 2021 au nom du préfet de l'Hérault.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () ". Aux termes de l'article L. 211-3 du même code : " Doivent également être motivées les décisions administratives individuelles qui dérogent aux règles générales fixées par la loi ou le règlement ". L'article L. 211-5 du même code précise que : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
6. L'arrêté contesté mentionne les textes dont il est fait application et indique notamment que le projet d'aménagement de la RD68 entre l'A750 à Bel Air et la RD986 au nord de Saint-Gély-du-Fesc permet de répondre aux problèmes liés à l'augmentation du trafic routier sur ce secteur géographique et aux problèmes de sécurité et de nuisances importantes induits par les bouchons, qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante pour sa réalisation dès lors que toutes les études réalisées dans le cadre de ce projet ont pris en compte l'ensemble des contraintes techniques et environnementales et ont recherché la solution de moindre impact, enfin que les mesures proposées par le maître de l'ouvrage, reprises et complétées dans l'arrêté, sont de nature à éviter, réduire et compenser les impacts du projet sur les espèces protégées concernées, qui sont précisément désignées avec l'indication du nombre des spécimens sur lesquels porte la dérogation. L'arrêté énonce ainsi avec une précision suffisante les circonstances de fait qui en constituent le fondement, tant en ce qui concerne l'existence de raisons impératives d'intérêt public majeur fondant la dérogation accordée, qu'en ce qui concerne l'absence de solution alternative satisfaisante et la condition tenant à ne pas nuire au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
7. L'article L. 411-1 du code de l'environnement prévoit, lorsque les nécessités de la préservation du patrimoine naturel justifient la conservation d'espèces animales non domestiques, l'interdiction de " 1° La destruction ou l'enlèvement des œufs ou des nids, la mutilation, la destruction, la capture ou l'enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation d'animaux de ces espèces ou, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur détention, leur mise en vente, leur vente ou leur achat / 2° La destruction, la coupe, la mutilation, l'arrachage, la cueillette ou l'enlèvement de végétaux de ces espèces, de leurs fructifications ou de toute autre forme prise par ces espèces au cours de leur cycle biologique, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur mise en vente, leur vente ou leur achat, la détention de spécimens prélevés dans le milieu naturel ; / 3° La destruction, l'altération ou la dégradation de ces habitats naturels ou de ces habitats d'espèces (). " Le I de l'article L. 411-2 du même code renvoie à un décret en Conseil d'Etat la détermination des conditions dans lesquelles sont fixées, notamment : " 4° La délivrance de dérogations aux interdictions mentionnées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 411-1, à condition qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante, pouvant être évaluée par une tierce expertise menée, à la demande de l'autorité compétente, par un organisme extérieur choisi en accord avec elle, aux frais du pétitionnaire, et que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle : () / c) Dans l'intérêt de la santé et de la sécurité publiques ou pour d'autres raisons impératives d'intérêt public majeur, y compris de nature sociale ou économique, et pour des motifs qui comporteraient des conséquences bénéfiques primordiales pour l'environnement ; (). ".
8. Il résulte de ces dispositions qu'un projet de travaux, d'aménagement ou de construction d'une personne publique ou privée susceptible d'affecter la conservation d'espèces animales ou végétales protégées et de leur habitat ne peut être autorisé, à titre dérogatoire, que s'il répond, par sa nature et compte tenu des intérêts économiques et sociaux en jeu, tels que notamment le projet urbain dans lequel il s'inscrit, à une raison impérative d'intérêt public majeur. En présence d'un tel intérêt, le projet ne peut cependant être autorisé, eu égard aux atteintes portées aux espèces protégées appréciées en tenant compte des mesures de réduction et de compensation prévues, que si, d'une part, il n'existe pas d'autre solution satisfaisante et, d'autre part, cette dérogation ne nuit pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle.
9. Il résulte du point précédent que l'intérêt de nature à justifier, au sens du c) du I de l'article L. 411-2 du code de l'environnement, la réalisation d'un projet doit être d'une importance telle qu'il puisse être mis en balance avec l'objectif de conservation des habitats naturels, de la faune et de la flore sauvage poursuivi par la législation, justifiant ainsi qu'il y soit dérogé. Ce n'est qu'en présence d'un tel intérêt que les atteintes portées par le projet en cause aux espèces protégées sont prises en considération, en tenant compte des mesures de réduction et de compensation prévues, afin de vérifier s'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante et si la dérogation demandée ne nuit pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle.
S'agissant de l'existence d'une raison impérative d'intérêt public majeur :
10. Il ressort des pièces du dossier que le projet d'aménagement en cause a pour objet d'achever la connexion entre la section du LIEN existant entre Castries et Saint-Gély-du-Fesc et l'autoroute A750, qui permet le contournement nord de l'agglomération de Montpellier. Il est ainsi de nature à assurer le désenclavement des cantons de l'arrière-pays montpelliérain et l'amélioration des déplacements de l'aire urbaine montpelliéraine qui connaît une forte croissance, en réduisant notamment les problèmes de congestion du trafic identifiés en périphérie de Montpellier, et en sécurisant les itinéraires saturés aux heures de pointe. Eu égard à la nature du projet et aux intérêts économiques et sociaux qu'il présente, il doit être regardé comme répondant à une raison impérative d'intérêt public majeur au sens du c) du I de l'article L. 411-2 du code de l'environnement. Contrairement à ce que soutient l'association requérante, les recommandations émanant de la mission régionale d'autorité environnementale dans son avis du 28 septembre 2021 pour remédier à certaines imprécisions affectant l'étude d'impact du dossier de déclaration d'utilité publique du projet quant à la justification de l'amélioration du trafic routier et de l'objectif poursuivi ne sont pas de nature à retirer au projet un tel intérêt, alors en outre qu'il n'est pas établi que le projet d'aménagement en cause, limité au tronçon ouest du LIEN d'une longueur d'environ huit kilomètres, entraînerait une hausse importante des émissions de CO2.
S'agissant de l'absence d'autre solution satisfaisante :
11. La réalisation du LIEN en vue d'assurer le contournement nord de l'agglomération de Montpellier implique l'achèvement de la connexion entre la section du LIEN existant entre Castries et Saint-Gély-du-Fesc et l'autoroute A750 à Bel Air, de sorte que le tronçon ouest du LIEN en cause est nécessaire. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas sérieusement contesté que quatre fuseaux de tracés ont été étudiés pour l'achèvement de la connexion ouest et que, compte tenu notamment des enjeux environnementaux, la variante 1A du fuseau n°1 a été retenue en raison de son impact moindre sur l'activité agricole et sur l'environnement. Ainsi contrairement à ce qui est soutenu, il n'existait pas d'autre solution satisfaisante, au sens du 4° du I de l'article L. 411-2 du code de l'environnement, pour l'implantation du projet d'aménagement en cause.
S'agissant du maintien des espèces dans un état de conservation favorable :
12. Pour apprécier si le projet ne nuit pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, de déterminer, dans un premier temps, l'état de conservation des populations des espèces concernées et, dans un deuxième temps, les impacts géographiques et démographiques que les dérogations envisagées sont susceptibles de produire sur celui-ci.
13. Le dossier de demande de dérogation envisage la présence fortement potentielle d'une espèce de libellules, la cordulie à corps fin, parmi les espèces qui se reproduisent localement en milieux boisés riverains de cours d'eau et en cours d'eau. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la carte des observations réalisées en 2020 et communiquées au maître d'ouvrage que l'espèce s'y trouve de façon très localisée. Selon l'étude écologique effectuée par Eco Med, le projet n'entraînera qu'un très faible dérangement pendant les travaux et d'éventuelles destructions par collisions avec des véhicules en phase d'exploitation. Il ressort des pièces du dossier que le lit de la Mosson n'est pas affecté par les travaux et que cette espèce n'est pas concernée par la destruction d'habitat de reproduction, de sorte que, selon cette étude, l'état de conservation de la population locale de cordulie à corps fin ne sera pas altéré par le projet. Alors qu'il n'est pas contesté que les berges ne sont concernées par le projet que sur une longueur limitée à quarante-cinq mètres au maximum et que le chevelu racinaire favorable à l'espèce sera conservé, l'association requérante n'établit pas que les impacts sur cette espèce auraient été sous-estimés. Ainsi la dérogation à l'interdiction de destruction, portant sur moins de dix spécimens, ne nuit pas au maintien, dans un état de conservation favorable, de la population locale de cette espèce.
14. Nonobstant la critique d'ordre général quant à l'insuffisante prise en considération de l'ensemble des effets cumulés et induits liés à un projet d'aménagement routier, émise le 27 août 2021 par le conseil national de la protection de la nature, qui a néanmoins un avis favorable à la demande de dérogations complémentaires, et alors que le dossier de demande de dérogations présenté par le maître d'ouvrage comprend bien une étude des effets cumulatifs liés aux projets d'aménagements existants ou approuvés mais non encore réalisés, situés à proximité du site du projet d'aménagement routier en cause, notamment ceux liés au projet d'installation photovoltaïque de la société NEOEN sur la commune de Grabels implanté à quelques dizaines de mètres, il ne ressort pas des pièces du dossier que le maître d'ouvrage aurait sous-estimé les impacts que les dérogations envisagées sont susceptibles d'avoir sur l'état de conservation des espèces protégées.
15. Au titre des mesures d'évitement et de réduction, l'annexe 2 de l'arrêté contesté prévoit de retirer les gîtes avérés et potentiels de la zone de travaux et ses abords, afin que les amphibiens et reptiles ne puissent pas s'y réfugier lors des dérangements provoqués par les travaux et ne soient détruits par la suite, entre septembre et mi-novembre, dans les secteurs situés entre les garrigues de Bel Air et les environs du mas de Matour. En se bornant à se prévaloir des " forts doutes " quant à " la faisabilité, l'efficacité et l'applicabilité " de cette mesure pour le cortège des amphibiens, émis par le conseil national de la protection de la nature, qui a cependant relevé que " des garanties suffisantes ont été apportées concernant la réduction des impacts pour l'ensemble des cortèges ", l'association requérante n'établit pas que les dérogations litigieuses nuiraient au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations d'espèces protégées visées par l'arrêté.
16. Il ressort du dossier de demande de dérogations que le projet est susceptible d'entraîner la destruction d'une cinquantaine de pieds de glaïeul douteux présents dans la zone de Bel Air. Toutefois, afin de prévenir toute destruction ou autre impact pouvant survenir durant la phase de travaux, le maître d'ouvrage a prévu de repérer les pieds sur tout le tracé du projet en période de floraison, soit en mai-juin et de baliser les stations à l'aide de piquets plantés à proximité immédiate des pieds concernés. Quant à la vingtaine de pieds directement menacés par les travaux, il est prévu de les transplanter dans une parcelle de terrain acquise par le maître d'ouvrage, située à proximité immédiate de la zone impactée et recouvrant des conditions abiotiques et biologiques quasi-identiques. Si ce site est bordé à l'est par le parc solaire de Grabels, à l'ouest par l'emprise du LIEN et au sud par un axe routier secondaire, il ressort des pièces du dossier que la mesure de compensation C5, par transfert des cormes, par semis directs de graines, et/ou par semis mis en culture en dehors du site est de nature à renforcer à terme la population de glaïeul douteux, alors même que les graines auraient de faibles chances d'être dispersées, compte tenu de l'enclavement du site. Ainsi il n'est pas établi que le projet porterait atteinte à l'état de conservation du glaïeul douteux dans son aire de répartition locale.
17. Contrairement à ce que soutient l'association requérante, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure de compensation C2 " Gestion sylvicole orientée " concernant 84 hectares sur le site de Lamouroux, visant à assurer le développement d'une strate herbacée accueillante pour la faune patrimoniale et à accélérer la colonisation par le chêne vert, serait insuffisante.
18. Si la loutre d'Europe est susceptible d'utiliser la Mosson et ses affluents pour la recherche alimentaire et l'établissement de gîtes, il ressort des pièces du dossier que la mesure R14 " Favoriser le déplacement de la petite faune lors de la création d'ouvrage d'art en laissant des passages à sec pour les espèces terrestres ", qui vise à maintenir la connectivité écologique au niveau de l'ouvrage de franchissement de la Mosson, est de nature à réduire fortement le risque de collision avec un individu sur la route. Si ce risque ne peut être totalement exclu, il n'est pas établi qu'en l'absence de mesure de compensation bénéficiant à un milieu aquatique autre que celle concernant un hectare de ripisylve sur le Lez, la dérogation à l'interdiction de perturbation intentionnelle accordée au maître d'ouvrage nuirait à son maintien dans un bon état de conservation, dès lors que le projet a essentiellement pour effet de déranger faiblement cette espèce protégée pendant la phase des travaux.
19. Alors qu'il n'est pas établi que le projet entraînerait, compte tenu notamment de la mesure R14 rappelée au point précédent, la destruction, par collision avec un véhicule sur la route, de spécimens de la loutre d'Europe, du campagnol amphibie, ou la destruction de leur habitat par la réalisation de l'ouvrage de franchissement de la Mosson, l'association requérante n'est pas non plus fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 411-2 du code de l'environnement en ne délivrant pas une dérogation à l'interdiction de destruction de spécimens de ces espèces et de leur habitat.
20. Dès lors que l'arrêté en litige prévoit la transplantation des pieds de glaïeul douteux présents dans l'emprise du projet afin de prévenir toute destruction, il ne peut être reproché au préfet d'avoir limité à 20 au lieu de 21 le nombre de spécimens supplémentaires concernés par la dérogation à l'interdiction de destruction.
21. Il n'est pas établi de manière probante, par la seule production d'une attestation émanant d'un membre du bureau de l'association requérante, que l'impact du projet sur les colonies de chiroptères murin de Daubenton et pipistrelle pygmée serait tel que la dérogation à l'interdiction de destruction et de perturbation intentionnelle, limitée à 10 spécimens au maximum par l'arrêté initial du 8 juillet 2019, serait insuffisante et nécessiterait une augmentation du nombre de spécimens concernés.
22. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le département de l'Hérault, que l'association France Nature Environnement Languedoc-Roussillon n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 27 octobre 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
23. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'association requérante ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et du département de l'Hérault, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par l'association France Nature Environnement Languedoc-Roussillon.
25. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'association France Nature Environnement Languedoc-Roussillon la somme de 1 500 euros, à verser au département de l'Hérault, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association France Nature Environnement Languedoc-Roussillon est rejetée.
Article 2 : L'association France Nature Environnement Languedoc-Roussillon versera au département de l'Hérault la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association France Nature Environnement Languedoc-Roussillon, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au département de l'Hérault.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Charvin, président,
M. Verguet, premier conseiller,
Mme Couégnat, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.
Le rapporteur,
H. Verguet
Le président,
J. Charvin
La greffière,
L. Salsmann
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 27 juin 2023
La greffière,
L. Salsmann
Ls
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026