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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2106821

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2106821

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2106821
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 16 décembre 2021, la présidente du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal administratif de Montpellier la requête de M. C.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nancy le 3 décembre 2021 et un mémoire, enregistré au greffe du tribunal administratif de Montpellier le 13 avril 2023, M. A C, représenté par Me Mazas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision portant rétention de son permis de conduire ;

2°) d'annuler la décision refusant la restitution de sa carte d'identité ;

3°) d'annuler la décision rejetant sa demande tendant à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) d'enjoindre à l'administration de lui restituer son permis de conduire ainsi que sa carte d'identité et de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la saisie administrative de son permis de conduire et de son titre de séjour grec constitue une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ;

- compte tenu de l'absence de notification des voies et délais de recours et de la date à laquelle lui a été accordée l'aide juridictionnelle, sa requête n'est pas tardive ;

- ni l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni aucune autre disposition de ce code ne donne compétence à un officier de police judiciaire pour retenir un permis de conduire ;

- le préfet a méconnu le champ d'application de l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le retrait du permis de conduire porte gravement atteinte à sa liberté individuelle ;

- dès lors que, dans sa demande du 12 mars 2020, il avait fait valoir un élément nouveau justifiant le réexamen de la situation et la restitution de la carte d'identité, la décision rejetant cette demande est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la carte délivrée par les autorités grecques est un document autorisant le séjour en Grèce mais n'établit pas l'identité de son titulaire ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la rétention de la carte d'identité et du permis de conduire est disproportionnée et étrangère à l'objectif fixé par la loi pour la mesure d'éloignement prise à son encontre ;

- la décision refusant l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'atteinte portée aux droits qu'il tient de son ascendance grecque.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête n'est pas recevable dès lors qu'une saisie administrative ne constitue pas une décision susceptible de recours contentieux ;

- la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteur publique ;

- et les observations de Me Lambert, représentant M. C.

Une note en délibéré, présentée pour M. C, a été enregistrée le 18 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de l'Hérault a pris le 6 septembre 2019 à l'encontre de M. C, ressortissant albanais né le 6 juillet 1983, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français. Le 8 février 2020, à la suite de son interpellation alors qu'il se rendait en Allemagne, M. C a remis aux autorités de la préfecture de Meurthe-et-Moselle un permis de conduire et une carte d'identité, délivrés par les autorités grecques. Par un courrier électronique du 12 mars 2020,

M. C a, d'une part, sollicité auprès du préfet de Meurthe-et-Moselle la restitution de son permis de conduire et de sa carte d'identité, d'autre part, saisi le préfet de l'Hérault d'une demande tendant à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'acte du 8 février 2020 par lequel son permis de conduire a été retenu, de la décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui restituer sa carte d'identité et de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Hérault a refusé l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'acte du 8 février 2020 relatif à la rétention du permis de conduire et de la carte d'identité délivrés par les autorités grecques :

2. Aux termes de l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu. ".

3. En premier lieu, l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a pour objet de garantir que l'étranger en situation irrégulière sera en possession du document permettant d'assurer son départ effectif du territoire national. Cet objectif implique que l'administration puisse retenir un ou, au besoin, plusieurs documents dont l'étranger est en possession dès lors qu'ils permettent d'établir son identité exacte et ainsi d'assurer ou de faciliter sa reconnaissance par les autorités de son pays d'origine. Dès lors que le permis de conduire et la carte d'identité en la possession de M. C étaient de nature à établir son identité, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'administration ou un officier de police judiciaire n'étaient pas compétents pour les retenir et que les dispositions de l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues.

4. En second lieu, l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité, reprend les dispositions de l'article 8-1 introduit dans l'ordonnance du 2 novembre 1945 relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France par l'article 3 de la loi du 24 avril 1997 portant diverses dispositions relatives à l'immigration. La conformité à la Constitution de ces dispositions n'a été admise par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 97-389 DC du 22 avril 1997 que sous certaines réserves. Il ressort de ces réserves que la retenue d'un passeport ou d'un document de voyage " ne saurait faire obstacle à l'exercice par l'étranger du droit de quitter le territoire national " et que " à toute demande de restitution du document retenu, celui-ci devra être remis sans délai au lieu où il quittera le territoire français ". Par ailleurs, selon les termes de la même décision du Conseil constitutionnel, la retenue de l'un des documents prévus à l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " ne doit être opérée que pour une durée strictement proportionnée aux besoins de l'autorité administrative, sous le contrôle du juge administratif auquel il appartiendra, le cas échéant, de prononcer un sursis à exécution " et que " la substitution du récépissé au passeport ou document de voyage retenu ne fait en aucune manière obstacle à l'exercice par l'étranger des libertés et droits qui ne sont pas subordonnés à la régularité de son séjour ".

5. Contrairement à ce que soutient le requérant, auquel un récépissé contre la remise de son permis de conduire a été délivré le 8 février 2020 par la préfecture de Meurthe-et-Moselle, l'acte par lequel ce document a été retenu n'a pas porté une atteinte excessive à sa liberté de se déplacer et d'user d'un véhicule, qui n'est pas subordonnée à la régularité de son séjour.

En ce qui concerne la décision implicite refusant la restitution des documents :

6. Dès lors que M. C avait remis le 8 février 2020 au préfet de Meurthe-et-Moselle une carte d'identité, autorisant selon lui son séjour en Grèce, ainsi qu'un permis de conduire, délivrés par les autorités grecques, il ne peut être regardé comme s'étant prévalu d'un élément nouveau, dans sa demande du 12 mars 2020, en informant le préfet qu'il avait omis de déclarer son droit au séjour en Grèce. Dès lors, le requérant ne peut en tout état de cause utilement se prévaloir du défaut de motivation dont la décision implicite rejetant sa demande serait entachée.

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment du courrier électronique du 13 mai 2020 émanant de la préfecture de l'Hérault, qu'un rapport de fraude documentaire avait permis d'établir que la carte d'identité remise par M. C était dépourvue de valeur probante, de sorte que le requérant n'était pas privé d'un document d'identité valide. Par ailleurs, le requérant était en situation irrégulière sur le territoire français et faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, prononcée le 6 septembre 2019, soit depuis moins d'un an. Ainsi à la date de la décision contestée, la durée de la rétention de la carte d'identité et du permis de conduire n'était pas disproportionnée aux besoins de l'autorité administrative. Dans ces conditions, le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant la restitution de ces documents, sans que le requérant puisse utilement se prévaloir de ce que son permis de conduire présente toutes les caractéristiques de sécurisation garantes de son authenticité.

En ce qui concerne la décision implicite refusant l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

8. Aux termes du cinquième alinéa du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " L'étranger à l'encontre duquel a été prise une interdiction de retour est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (CE) n° 1987/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen de deuxième génération (SIS II). Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ".

9. L'arrêté du préfet de l'Hérault du 6 septembre 2019 a prononcé une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. C. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault a refusé d'abroger ces décisions. Dès lors, c'est à bon droit qu'il a rejeté la demande de M. C tendant à la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, sans que le requérant puisse utilement se prévaloir d'un droit au séjour en Grèce en raison de ses ascendances grecques, ce qu'il n'établit pas.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Meurthe-et-Moselle, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des actes et décisions attaqués.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. C à fin d'injonction de restitution de son permis de conduire et de sa carte d'identité et de suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Mazas.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de Meurthe-et-Moselle et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Charvin, président,

M. Verguet, premier conseiller,

Mme Couégnat, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le rapporteur,

H. B

Le président,

J. Charvin

La greffière,

L. Salsmann

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 9 mai 2023

La greffière,

L. Salsmann

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