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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2106835

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2106835

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2106835
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL MAILLOT AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 décembre 2021, Mme A D épouse B, et M. E B, représentés par Me Maillot, demandent au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision implicite par laquelle le préfet de l'Hérault a rejeté la demande de regroupement familial présentée par Mme B en faveur de son époux ;

2°) d'enjoindre au préfet de délivrer l'autorisation de regroupement familial sollicitée ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de cette demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de délivrer à M. B, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le préfet ne pouvait légalement rejeter la demande de regroupement familial dès lors que les conditions relatives au demandeur, au logement et aux ressources, prévues aux articles

L. 434-2 et L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, étaient remplies ;

- la décision contestée porte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les requérants ne sont pas recevables à contester la décision expresse du 2 décembre 2021, confirmative de la décision implicite de rejet attaquée, devenue définitive ;

- l'époux de la requérante, titulaire d'une carte de séjour en qualité de travailleur saisonnier valable jusqu'au 4 avril 2020, dont il n'a pas sollicité le renouvellement, était en situation irrégulière à la date à laquelle a été présentée la demande de regroupement familial ;

- un membre de la famille résidant en France peut être exclu du regroupement familial en vertu des dispositions du 3° de l'article L. 411-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision contestée ne porte pas au droit des intéressés une atteinte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale disproportionnée aux buts poursuivis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante marocaine née le 1er janvier 1973, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 31 mars 2022, a adressé à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, par lettre du 29 avril 2021, reçue le 5 mai 2021, une demande de regroupement familial en faveur de M. B, avec lequel elle s'est mariée le 20 juin 2020 à Montpellier. Le silence gardé pendant plus de six mois par le préfet de l'Hérault sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Toutefois, le préfet de l'Hérault a pris le 2 décembre 2021 une décision expresse de rejet. Dès lors, les conclusions de M. et Mme B dirigées contre la décision implicite de rejet doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 2 décembre 2021, qui s'y est substituée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial :/ 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ;/ () ". L'article L. 434-6 du même code dispose : " Peut être exclu du regroupement familial :/ () 3° Un membre de la famille résidant en France. ". L'article

L. 434-7 de ce code dispose : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes :/ 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ;/ 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ;/ 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ". Aux termes de l'article R. 434-6 de ce code : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 434-7, le bénéfice du regroupement familial peut être accordé au conjoint et, le cas échéant, aux enfants de moins de dix-huit ans de l'étranger, qui résident en France, sans recours à la procédure d'introduction./ Pour l'application du premier alinéa est entendu comme conjoint l'étranger résidant régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour temporaire d'une durée de validité d'au moins un an ou d'une carte de séjour pluriannuelle qui contracte mariage avec le demandeur () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B, dont la carte de séjour pluriannuelle n'est plus valide depuis le 4 avril 2020, résidait irrégulièrement sur le territoire français depuis cette date. Le préfet de l'Hérault pouvait dès lors légalement rejeter la demande de regroupement familial présentée par son épouse en sa faveur, alors même que les conditions prévues par les dispositions des articles L. 434-2 et L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auraient été remplies.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme B ne sont mariés que depuis le 20 juin 2020. Ainsi dans les circonstances de l'espèce, compte tenu du caractère récent du mariage à la date de la décision attaquée, et en l'absence d'éléments permettant d'établir l'ancienneté de leur relation, la décision refusant d'autoriser le regroupement familial sollicité en faveur de M. B n'a pas porté au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En troisième lieu, eu égard au caractère récent du mariage et aux conditions du séjour en France de M. B depuis le 4 avril 2020, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet en rejetant la demande de regroupement familial doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet de l'Hérault, que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision expresse de rejet du 2 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet de l'Hérault du 2 décembre 2021, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. et Mme B à fin d'injonction de délivrance de l'autorisation de regroupement familial sollicitée ou de réexamen de la demande de regroupement familial doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par M. et Mme B et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D épouse B et à M. E B, et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Charvin, président,

- M. Verguet, premier conseiller,

- Mme Couégnat, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé :

H. CLe président,

Signé :

J. Charvin

La greffière,

Signé :

L. Salsmann

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 13 décembre 202La greffière,

L. SalsmannLs

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