vendredi 22 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2120211 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CHABOUSSOU |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué au tribunal administratif de Montpellier le jugement de la requête de M. et Mme E, enregistrée par le greffe du tribunal administratif de Toulouse le 15 janvier 2021. Cette requête a été enregistrée par le greffe du tribunal administratif de Montpellier sous le n° 2120211.
Par une requête et trois mémoires, enregistrés les 15 janvier 2021, 11 mars 2021, 24 septembre 2021 et 28 mars 2023, M. D et Mme F E, représentés par la Selarl Cairn Avocats, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2020 par lequel le maire de la commune Rimont a délivré à Mme C un permis de construire à l'effet de réaliser une maison individuelle d'une surface de plancher de 58,2 m², ensemble la décision du 16 novembre 2020 par laquelle le maire de Rimont a rejeté le recours gracieux formé le 5 novembre 2020 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2021 par lequel le maire de la commune de Rimont a délivré à Mme C un premier permis de construire modificatif ;
3°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2023 par lequel le maire de la commune de Rimont a délivré à Mme C un deuxième permis de construire modificatif ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Rimont une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ; ils ont formé leur recours dans le délai de recours contentieux, prorogé par leur recours gracieux régulièrement formé et notifié ; ils détiennent un intérêt à agir contre cet arrêté ; ils sont voisins immédiats du projet de construction qui est de nature à affecter les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de leur bien ; le projet de Mme C s'implante le long de la limite séparative immédiatement en bordure de leur propriété ; la construction sera visible depuis leur jardin et depuis les fenêtres de les façades Nord et Est de leur habitation ;
- le dossier de permis est insuffisant ; il méconnait l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme dès lors qu'on ignore la surface de plancher exacte créée, il méconnait l'article R. 431-6 du code de l'urbanisme dès lors que le permis ne précise pas la surface de plancher de la construction existante sur la parcelle et dès lors que la pièce PCMI07 du dossier de permis fait apparaître un abri de jardin sans que l'on sache ce qu'il adviendra ; il méconnait l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme dès lors que le dossier de permis ne permet pas d'apprécier pleinement l'insertion du projet dans son environnement afin de visualiser l'articulation entre la construction envisagée et les constructions alentours ; en outre, le traitement du terrain n'est pas explicité de sorte que l'on ignore les espaces libres et les végétations et on ignore quelles plantations existantes seront supprimées et celles qui seront conservées ; le document d'insertion ne constitue pas une représentation fidèle du projet puisque la toiture apparait lisse et grise alors que la notice précise qu'elle sera en tuiles arrondies rouges ; en outre, aucun plan du terrain initial n'est produit ; enfin le dossier de permis manque de cohérence notamment s'agissant de la création d'un appentis et d'une cave en sous-sol et par rapport à la création d'une terrasse abritée ;
- le dossier de permis méconnait l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme ; le dossier de permis est imprécis s'agissant de l'installation d'assainissement non collectif ; l'implantation n'a pas été reprécisée alors que le projet de construction a été modifié ; par ailleurs l'installation prévue est à proximité de l'installation existante, ce qui est incompatible et incohérent ;
- le dossier de permis méconnait l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme dès lors que la cuve enterrée destinée au stockage des eaux pluviales de toitures n'est pas représentée sur le plan de coupe ;
- l'arrêté méconnait l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que les plans du permis ne permettent pas d'en apprécier les caractéristiques de cet accès alors que pourtant l'article UB 12 exige que le stationnement des véhicules soit assuré hors des emprises publiques ;
- l'arrêté méconnait l'article UB 4 du règlement du plan local d'urbanisme ; d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le dispositif d'assainissement individuel prévu serait conforme à la règlementation en vigueur ; en outre il n'est pas démontré que le certificat d'urbanisme en question porterait sur un projet identique à celui ayant fait l'objet d'une demande de permis de construire, et que les modalités d'assainissement qui y étaient décrites étaient similaires à celles du projet détaillé dans la demande de permis ; l'avis du SPANC est formel et exige dans son avis du 2 mars 2020 qu'un accord soit recueilli avant le dépôt de la demande de permis de construire ; d'autre part, le projet prévoit l'installation d'un compteur électrique qui ne sera, ni intégré à la construction, ni enterré sous le domaine public, comme l'exige pourtant les dispositions de l'article UB 4 ;
- l'arrêté méconnait l'article UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme en ce que le projet prévoit la création d'une terrasse abritée devant la maison immédiatement en bordure de la parcelle sans respect du recul de trois mètres imposé par ces dispositions ; d'autre part, une passerelle piétonne permettant d'accéder à la construction est immédiatement implantée en bordure de la voie publique et donc dans la bande des trois mètres ;
- l'arrêté méconnait l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que la notice indique que la toiture sera réalisée en briques arrondies rouges alors que le document d'insertion fait apparaitre une toiture lisse grise ;
- l'arrêté méconnait l'article UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme relatif au stationnement ; en effet le projet prévoit expressément que le stationnement se fera sur la voie publique et ne prévoit aucun stationnement au sein de l'emprise foncière ;
- l'arrêté méconnait l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors d'une part que la suppression des arbres implantés en limite de l'emprise foncière afin de permettre l'implantation de la construction est de nature à fragiliser la stabilité du talus existant ; d'autre part, alors que les modalités d'assainissement de la construction et la conformité de l'installation prévue ne sont pas clairs ;
- l'arrêté méconnait l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ; en effet le lieu-dit Terras est relativement peu bâti et n'accueille que quelques constructions regroupées autour d'une voie communale ; le projet a pour effet de rapprocher davantage le lieu d'un lotissement ; il porte atteinte au caractère des lieux en tant qu'il conduit à une densification des constructions dans ce secteur ;
- en outre, le dossier de permis modificatif ne régularise pas les imprécisions et incohérences du dossier de permis de construire initial ;
- l'arrêté de permis de construire modificatif méconnait l'article UB 7 en ce qu'il ne prévoit qu'une implantation partielle en limite séparative ; en tout état de cause le décroché prévu est implanté dans la bande de recul des trois mètres en méconnaissance, également, de ces dispositions.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 mars 2021, 10 février et 21 avril 2023, Mme A C conclut au rejet de la requête :
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en ce que les époux E n'ont pas d'intérêt à agir contre ce projet qui ne crée des vues qu'à l'arrière de leur maison ; il n'y a aura aucune disparation d'un espace libre végétalisé ; ils ne subiront aucune perte d'ensoleillement, ni aucune perte vénale de leur bien ;
- le dossier de permis est complet et a été complété au stade du permis de construire modificatif ;
- les autres moyens soulevés par M. et Mme E ne sont pas fondés.
Par quatre mémoires en défense, enregistrés les 12 mai et 1er novembre 2021, 10 février et 20 avril 2023, la commune de Rimont, représentée par la SCP Courrech et Associés, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire au sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et en tout état de cause à ce que soit mise à la charge de M. et Mme E une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique,
- les observations de Me Mer, substituant Me Courrech, représentant la commune de Rimont.
Considérant ce qui suit :
1. Le 12 mai 2020, Mme C a déposé une demande de permis de construire pour la réalisation d'une maison individuelle de 58,20 m² sur un terrain sis au lieu-dit Terrac de la commune de Rimont. Par arrêté du 22 septembre 2020, le maire de Rimont lui a délivré le permis de construire sollicité. M. et Mme E ont formé un recours gracieux contre cet arrêté. En cours du procédure, Mme C a sollicité et obtenu, par arrêtés du 19 janvier 2021 et du 31 janvier 2023, deux permis de construire modificatifs. Par la présente requête, M. et Mme E sollicitent l'annulation de l'arrêté du 22 septembre 2020 portant permis de construire initial, du rejet opposé à leur recours gracieux ainsi que celle des arrêtés portant délivrance de permis de construire modificatifs.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme: " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance et à la localisation du projet de construction.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme E sont propriétaires de la maison d'habitation voisine immédiate du projet en litige qui consiste, en lieu et place d'un vieil abri entouré de végétation, en la construction d'une habitation implantée pour partie en limite séparative de leur fond. Les requérants établissent que cette construction est de nature à créer de nouvelles vues sur leur propriété générant une perte d'intimité et ce, alors même qu'elle se situe à l'arrière de leurs pièces à vivre et qu'elle n'aura que peu d'effets sur la perte d'ensoleillement. Dans ces conditions, M. et Mme E justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir contre les arrêtés de permis de construire de cette habitation. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par Mme C en défense, sur ce fondement, doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.
S'agissant de l'incomplétude des dossiers de permis :
6. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
7. En premier lieu, aux termes de l'article R 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : () f) La surface hors œuvre nette des constructions projetées, s'il y a lieu répartie selon les différentes destinations définies à l'article R. 123-9, ainsi que leur surface hors œuvre brute lorsque le projet n'est pas situé dans un territoire couvert par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu. () ". Il ressort des pièces du dossier que la pétitionnaire a obtenu un permis de construire modificatif par arrêté du 19 janvier 2021 qui modifie la surface de plancher autorisée à 51,30 m². Dans ces conditions le moyen tiré des incohérences quant à la surface de plancher créée dans le dossier de permis de construire initial, à les supposer exactes, doit être écarté comme inopérant.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-6 du code de l'urbanisme : " Lorsque le terrain d'assiette comporte des constructions, la demande précise leur destination, par référence aux différentes destinations définies à l'article R. 123-9, leur surface hors œuvre nette et indique si ces constructions sont destinées à être maintenues et si leur destination est modifiée par le projet ". Il ressort des pièces du dossier que le plan de masse produit dans le dossier de permis de construire modificatif, et notamment la planche PCI02, indique les dimensions de la construction, habitation principale de la pétitionnaire. S'il est vrai que l'abri de jardin, non clos, présent sur la parcelle sur le lieu d'implantation du projet de construction n'est pas expressément mentionné dans les dossiers de permis, cette circonstance, alors qu'il apparait sur une photographie, n'est pas de nature compte tenu de sa faible envergure à avoir trompé le service instructeur sur l'état initial du terrain et des constructions déjà présentes sur la parcelle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R 431-6 du code de l'urbanisme doit être écarté.
9. En troisième lieu, l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme dispose que : Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ". Selon l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. () ". Et aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : () b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et angles de prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".
10. Il ressort des dossiers de permis, notamment des photographies jointes, de la notice descriptive du projet ainsi que du plan cadastral joint que le dossier précise la localisation exacte du projet de construction au lieu-dit de Terrac et identifie la maison présente sur le terrain ainsi que sa superficie. En outre, tant le document d'insertion, le plan de masse, les photographies de l'environnement proche et lointain, ainsi que la précision sur les angles de vue pris permettent d'apprécier l'insertion du projet en limite séparative de la parcelle des requérants, son volume et son architecture, ainsi que l'impact sur les lieux avoisinants et ce, alors même qu'une seule photographie d'insertion a été produite. De même, il ressort également du plan de masse PCMI02 que l'état initial du terrain est précisé, en particulier la construction présente d'une surface de 175m² est mentionnée, les végétations présentes sont identifiées, la topographie du terrain également, le plan de masse du projet identifie la suppression d'un acacia et la plantation d'une haie vive. S'il précise que des arbres seront supprimés ou transformés en haies vives, en limite de chaussée, cette imprécision n'est pas de nature, alors que le règlement du plan local d'urbanisme de Rimont n'impose pas un nombre d'arbres à la parcelle, ni le maintien ou la replantation des arbres supprimés, à vicier l'appréciation portée par le service instructeur sur l'aménagement de la parcelle. De même, alors que la notice descriptive du permis de construire, tant initial que modificatif, précise que les tuiles de la toiture de la construction projetée seront de forme arrondie et de couleur rouge, la seule production dans le document d'insertion d'une construction en noir et blanc, avec des tuiles grises, ne peut être regardée comme incohérente et comme ayant, pu, là aussi, méprendre le service instructeur sur la toiture projetée de la construction. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'implantation exacte de l'installation du système d'assainissement non collectif a été actualisée dans le cadre du dernier dossier de permis de construire modificatif. Dans ces conditions, tant la nature exacte du projet, son architecture, les choix des matériaux, son implantation sur la parcelle, son insertion dans son environnement immédiat ou plus lointain, sa localisation en limite séparative ainsi que le document graphique ont pu être appréciés par le service instructeur. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme doivent être écartés.
S'agissant des autres moyens :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-33 du code de l'urbanisme dispose que : " Lorsque le règlement impose la réalisation d'aires de stationnement pour les véhicules motorisés, celles-ci peuvent être réalisées sur le terrain d'assiette ou dans son environnement immédiat. Lorsque le bénéficiaire du permis ou de la décision de non-opposition à une déclaration préalable ne peut pas satisfaire aux obligations résultant du premier alinéa, il peut être tenu quitte de ces obligations en justifiant, pour les places qu'il ne peut réaliser lui-même, soit de l'obtention d'une concession à long terme dans un parc public de stationnement existant ou en cours de réalisation et situé à proximité de l'opération, soit de l'acquisition ou de la concession de places dans un parc privé de stationnement répondant aux mêmes conditions. Lorsqu'une aire de stationnement a été prise en compte dans le cadre d'une concession à long terme ou d'un parc privé de stationnement, au titre des obligations prévues aux articles L. 151-30 et L. 151-32, elle ne peut plus être prise en compte, en tout ou en partie, à l'occasion d'une nouvelle autorisation. ". L'article UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme de Rimont dispose que : " Le stationnement des véhicules correspondant aux besoins des constructions et installations doit être assuré en dehors des voies publiques. ". Il ressort des pièces du dossier et notamment du plan de masse du permis de construire modificatif du 31 janvier 2023 que la pétitionnaire a prévu la réalisation de deux places de stationnement sur le terrain d'assiette du projet. Alors que le projet a vocation à accueillir l'habitation d'une seule personne, la réalisation de ces places doit être regardée comme étant adaptée à la nature du projet critiqué. Par suite, la délivrance du permis de construire modificatif ayant régularisé sur ce point le permis initial, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB 12 ne peut qu'être écarté.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme de Rimont : " 3.1-Accès : (..) Les caractéristiques des accès doivent répondre aux normes minimales en vigueur concernant l'approche des moyens de défense contre l'incendie et de protection civile ainsi que la circulation des véhicules des services publics. Le nombre des accès sur la voie publique peut être limité dans l'intérêt de la sécurité. En particulier lorsque le terrain est desservi par plusieurs voies, les constructions peuvent être autorisées sous réserve que l'accès soit établi sur la voie où la gêne pour la circulation sera la moindre. Les accès doivent être adaptés à la nature et à l'importance des usages qu'ils supportent et des opérations qu'ils desservent et aménagés de façon à apporter la moindre gêne et le moindre risque pour la circulation publique automobile, cycliste, piétonnière et des personnes à mobilité réduite. ". Il ressort du dossier du permis de construire modificatif du 31 janvier 2023 que l'accès des véhicules est matérialisé sur le plan de masse du projet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB 3 doit être écarté.
13. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article UB 4 du règlement du plan local d'urbanisme de Rimont : " 4.2-Assainissement Les rejets, directs ou après traitement, sont interdits dans les fossés routiers départementaux. 4.2.1 - Eaux usées : Toute construction doit être raccordée au réseau public d'assainissement. L'évacuation des eaux usées autres que domestiques dans le réseau, si elle est autorisée, est subordonnée à un prétraitement approprié. En l'absence de réseau collectif, l'assainissement individuel est autorisé à condition que les dispositifs de traitement soient conformes à la réglementation en vigueur. Les dispositifs d'assainissement individuel doivent être conçus de façon à pouvoir être mis hors circuit et raccordés au réseau public quand celui-ci sera réalisé. ".
14. Il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre d'une demande de certificat d'urbanisme, Mme C a soumis à l'appréciation de la communauté de communes " Couserans Pyrénées service assainissement " son projet d'installation d'un dispositif d'assainissement non collectif, consistant à la mise en place de toilettes sèches et d'un système de traitement de type aquatiris FV 2EH, qui a reçu un avis favorable le 2 mars 2020. D'une part, s'il est vrai que cet avis a été rendu dans le cadre du certificat d'urbanisme sollicité et non dans le cadre de l'instruction du permis de construire, il résulte de ses mentions qu'il se prononce sur le dispositif que la pétitionnaire a déclaré mettre en place sur la parcelle et qui a été jugée adaptée pour une construction de deux pièces maximum, ce qui correspond au projet de construction en litige. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment d'une correspondance du 23 mars 2021 par laquelle Mme C a sollicité à nouveau le service assainissement qui a confirmé son avis favorable et le caractère conforme de l'installation projetée. Enfin, si les requérants font valoir dans le dernier état de leurs écritures, que la pétitionnaire a modifié l'implantation du système d'assainissement sans que le service ne soit saisi de cette modification, il n'est pas établi que ce déplacement ait une quelconque incidence sur le projet d'installation d'un système d'assainissement non collectif. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance, par cette branche, des dispositions de l'article UB 4 doit être écarté.
15. D'autre part, les dispositions précitées au point 13 précisent également que : " 4.3 - ELECTRICITE - TELECOMMUNICATION : () Les locaux et les installations techniques (boitiers, coffrets, armoires, regards) nécessaires au fonctionnement des réseaux doivent être intégrés aux constructions (bâtiments, murs de clôtures) ou enterrés sous le domaine public ". Il ressort des pièces du dossier du deuxième permis de construire modificatif, notamment de la pièce PCMI 02a, que le compteur électrique sera intégré à la construction projetée. Par suite et en tout état de cause, le moyen tiré des dispositions précitées de l'article UB 4 ne peut qu'être écarté.
16. En quatrième lieu, aux termes de l'article UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme de Rimont : " 6.1 cas général : les constructions doivent être implantées à une distance minimale de 3 mètres d'alignement des voies et emprises publiques. 6.2 - exceptions " les voie de circulations terrestres, ferroviaires, aériennes peuvent s'implanter à l'alignement ou en retrait ". D'une part, il ressort des pièces du dossier que la pétitionnaire a prévu la réalisation d'une passerelle piétonne permettant d'accéder depuis la voie publique à l'entrée de la construction projetée. Une telle construction pouvait, en vertu du 6.2, être implantée à l'alignement. En tout état de cause, l'arrêté du 31 janvier 2023 portant permis de construire modificatif a autorisé le déplacement de cette parcelle qui sera implantée à 3.11 mètres de la voie publique. D'autre part, si les requérants font état de la réalisation d'une terrasse abritée devant la maison, qui est implantée au-delà de la bande de recul de trois mètres exigée par les dispositions précitées, ils n'établissent pas la méconnaissance des dispositions qu'ils invoquent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB 6 doit, en ses deux branches, être écarté.
17. En cinquième lieu, aux termes de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les constructions doivent être implantées à une distance des limites séparatives au moins égale à la moitié de leur hauteur, sans toutefois être inférieure à 3 mètres. L'implantation en limites séparatives est admise pour les constructions dont la hauteur mesurée sur la limite séparative à l'égout du toit ne dépasse pas 3 mètres. ". Il ressort du dossier de permis de construire modificatif que la construction projetée est implantée, s'agissant de sa façade Ouest, pour partie en limite séparative et pour partie en recul. Si les requérants font valoir que les dispositions précitées imposent l'implantation en limite séparative de l'intégralité d'une façade, une telle obligation ne résulte d'aucune mention du règlement applicable. En revanche, si la construction n'est pas implantée en limite séparative, elle doit respecter la marge de recul minimale de 3 mètres. Or il ressort des pièces du dossier que le décroché de la façade Sud-Ouest ne respecte pas le recul minimal de trois mètres de sorte que la construction, en cette seule mesure, doit être regardée comme méconnaissant les dispositions de l'article UB 7.
18. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dispose que : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". M. et Mme E font valoir que la construction projetée nécessitera d'enlever des arbres présents sur un talus de sorte que ce dernier risque de s'affaisser sur leur propriété compromettant ainsi leur sécurité. Toutefois, alors que leurs allégations relatives à la fragilité des sols ne sont assorties d'aucun élément permettant d'apprécier la pertinence de leurs craintes, il ne ressort pas des pièces des dossiers que, exécutés dans les règles de l'art, les travaux pratiqués au droit de leur parcelle sur ce talus seraient nécessairement susceptibles de le fragiliser ou de l'affaisser. Enfin, alors que l'installation du système d'assainissement individuel a été analysé par le service compétent, le risque d'atteinte à la salubrité publique que porterait le projet n'est pas davantage démontré par la seule circonstance que dans le cadre du permis de construire modificatif sa localisation a été légèrement modifiée. Par suite, le maire n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
19. Enfin aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".
20. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le plan local d'urbanisme de la commune.
21. Il ressort des pièces du dossier que le hameau présente un ensemble architectural cohérent composé de maisons traditionnelles, pour l'essentiel en R+1. Alors qu'en outre il ressort des pièces du dossier de permis que la toiture à double pente caractéristique des constructions avoisinantes est respectée, ainsi que la couleur rouge des tuiles arrondies, de sorte que cette construction, de faible emprise, ne traduit aucune rupture particulière avec le bâti environnant apprécié dans son ensemble et ne peut être considérée comme méconnaissant les exigences découlant de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme précité.
Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
22. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".
23. Le vice affectant, en l'état du dossier, les permis de construire en litige tenant à la méconnaissance des dispositions de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme, est susceptible d'être régularisé, sans qu'il en résulte une remise en cause de l'économie générale du projet ou de sa conception d'ensemble. Cette illégalité est, en conséquence, susceptible de faire l'objet d'une régularisation. Il y a donc lieu de surseoir à statuer et d'impartir à Mme C un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement pour justifier auprès du tribunal de la régularisation du permis de construire litigieux.
D E C I D E :
Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête de M. et Mme E, jusqu'à l'expiration d'un délai de deux mois, afin de permettre la régularisation du vice mentionné au point 23 du présent jugement.
Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D et Mme F E, à la commune de Rimont et à Mme A C.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Philippe Gayrard, président,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère,
M. Eva Delon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.
La rapporteure
I. B Le président,
J.-Ph. Gayrard
La greffière,
I. Laffargue
La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 22 septembre 2023.
La greffière,
I. Laffargue
2
il
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026