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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2200019

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2200019

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2200019
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat VERGUET
Avocat requérantCRUZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2022, M. C A, représenté par Me Cruz, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande tendant à ce que les trois points, retirés à la suite de l'infraction commise le 25 février 2019, soient rétablis au capital de points affecté à son permis de conduire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au rétablissement de trois points au capital de points affecté à son permis de conduire, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la réalité de l'infraction n'est pas établie, dès lors qu'ayant formé opposition au jugement de condamnation par défaut rendu par le tribunal de police de Béziers le 11 mars 2021, ce jugement est nul et non avenu en application des dispositions de l'article 489 du code de procédure pénale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant retrait de trois points consécutivement à l'infraction commise le 25 février 2019 sont dépourvues d'objet, dès lors que la décision référencée " 48 SI " constatant l'invalidité du permis de conduire du requérant, notifiée le 23 décembre 2019, est devenue définitive ;

- dans l'hypothèse où les conclusions à fin d'annulation seraient regardées comme étant dirigées contre la décision référencée " 48 SI ", notifiée le 23 décembre 2019, de telles conclusions seraient tardives au regard des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- le moyen soulevé par le requérant n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a adressé le 3 septembre 2021 au ministre de l'intérieur une lettre, reçue le 8 septembre 2021, tendant au rétablissement de trois points, retirés à la suite d'une infraction constatée le 25 février 2019, au capital de points affecté à son permis de conduire. Il demande l'annulation de la décision implicite par laquelle sa demande a été rejetée.

Sur les fins de non-recevoir :

2. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A n'étant pas dirigées contre la décision portant retrait de trois points consécutivement à l'infraction constatée le 25 février 2019, la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur, tirée de ce que ces conclusions sont dépourvues d'objet, et par suite irrecevables, dès lors que la décision référencée " 48 SI ", constatant la perte de validité du permis de conduire de M. A pour solde de points nul, notifiée à l'intéressé le 23 décembre 2019, est devenue définitive, ne peut qu'être écartée. Les conclusions à fin d'annulation n'étant pas davantage dirigées contre cette décision référencée " 48 SI ", la fin de non-recevoir pour tardiveté ne peut également qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité d'une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive.

4. Aux termes de l'article 489 du code de procédure pénale : " Le jugement par défaut est non avenu dans toutes ses dispositions, si le prévenu forme opposition à son exécution. / () ". Aux termes de l'article 492 du même code : " Si la signification du jugement n'a pas été faite à la personne du prévenu, l'opposition doit être formée dans les délais ci-après, qui courent à compter de la signification du jugement faite à domicile, à étude d'huissier de justice ou à parquet : dix jours si le prévenu réside dans la France métropolitaine, un mois s'il réside hors de ce territoire./ Toutefois, s'il s'agit d'un jugement de condamnation et s'il ne résulte pas, soit de l'avis constatant remise de la lettre recommandée ou du récépissé prévus aux articles 557 et 558, soit d'un acte d'exécution quelconque, ou de l'avis donné conformément à l'article 560, que le prévenu a eu connaissance de la signification, l'opposition tant en ce qui concerne les intérêts civils que la condamnation pénale reste recevable. / Dans les cas visés à l'alinéa précédent, le délai d'opposition court à compter du jour où le prévenu a eu cette connaissance. ".

5. Il résulte de l'instruction que l'infraction relevée le 25 février 2019, entraînant le retrait de trois points, a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. M. A, après avoir formé, par courrier du 27 novembre 2020, une réclamation à l'encontre de ce titre exécutoire auprès de l'officier du ministère public près le tribunal de police de Béziers, a été cité à comparaître devant ce tribunal, à une audience qui s'est tenue le 11 mars 2021. Si le tribunal a déclaré M. A coupable des faits commis le 25 février 2019 et l'a condamné à une amende contraventionnelle de 350 euros, il résulte de l'instruction que ce jugement a été prononcé par défaut et qu'il a été signifié à étude d'huissier le 15 juillet 2021. Le requérant justifie avoir formé opposition à ce jugement au greffe du tribunal de police de Béziers le 29 décembre 2021. Il n'est pas établi, et n'est d'ailleurs pas soutenu par le ministre de l'intérieur, que cette opposition serait tardive. Dès lors, le jugement du 11 mars 2021 doit être regardé comme non avenu dans toutes ses dispositions, en application des dispositions précitées de l'article 489 du code de procédure pénale. Dans ces conditions, la réalité de l'infraction relevée à l'encontre de M. A le 25 février 2019 ne peut être regardée comme établie au sens de l'article L. 223-1 du code de la route. Par suite, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite née du silence gardé pendant plus de deux mois sur la demande de rétablissement de trois points dont le ministre de l'intérieur a été saisi le 8 septembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de la décision refusant le rétablissement de trois points au capital de points affecté au permis de conduire de M. A, implique nécessairement que le ministre de l'intérieur rétablisse le bénéfice de ces points sur le permis de conduire de l'intéressé. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de prendre cette mesure dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La décision implicite du ministre de l'intérieur refusant à M. A le rétablissement de trois points au capital de points affecté à son permis de conduire est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de rétablir sur le permis de conduire de M. A le bénéfice de trois points, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé :

H. BLa greffière,

Signé :

A. Lacaze

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 8 novembre 2022.

La greffière,

A. Lacaze

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