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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2200152

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2200152

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2200152
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLENOIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 janvier et 30 mars 2022, M. A B, représenté par Me Lenoir, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2021 par lequel le maire de Coustouges, agissant au nom de l'Etat, a refusé de lui délivrer un permis de construire modificatif ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Coustouges, à titre principal, de lui délivrer un arrêté portant permis de construire modificatif dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, d'enjoindre au maire de la commune de Coustouges de réinstruire son dossier de demande de permis de construire modificatif dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge solidairement du préfet des Pyrénées-Orientales et du préfet de la région Occitanie une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de permis de construire modificatif n'est pas confirmatif du précédent refus qui lui a été opposé le 25 juillet 2019 dès lors que l'objet des demandes diffère ;

- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence négative ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision du 16 décembre 2021 prise par le préfet de la région Occitanie confirmant le refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France est entachée d'illégalité dès lors qu'elle est insuffisamment motivée et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 16 mars 2022, la commune de Coustouges, représentée par son maire en exercice, doit être regardée comme concluant au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la commune étant régie par le règlement national d'urbanisme, les projets situés dans le champ de visibilité d'un monument historique sont subordonnés à l'accord préalable de l'architecte des Bâtiments de France, éventuellement assorti de prescriptions, que le maire doit suivre. Ainsi, M. B devait respecter les prescriptions contenues dans le permis de construire initial.

Par un mémoire enregistré le 23 mars 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre une décision confirmative et qu'elle remet en cause l'autorité de chose jugée par ce tribunal le 2 mars 2021 ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Une mise en demeure de produire un mémoire en défense a été adressée le 7 mars 2022 au préfet de la région Occitanie.

Par un mémoire enregistré le 29 mars 2022, le préfet de la région Occitanie déclare s'en remettre aux écritures du préfet des Pyrénées-Orientales.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a obtenu, le 8 octobre 2018, un permis de construire tacite en vue de la construction d'un garage situé chemin Roc de la Creu, La Gouardi, sur le territoire de la commune de Coustouges. Le 18 mars 2019, le maire de la commune a constaté que les travaux en cours n'étaient pas conformes au permis de construire délivré tacitement et, en particulier, que le faîtage du toit n'était pas parallèle au chemin communal, contrairement à la prescription figurant sur l'avis de l'architecte des Bâtiments de France consulté sur le projet donnant lieu à la rédaction d'un procès-verbal d'infraction le 16 avril 2019. M B a présenté une demande de régularisation le 24 mai 2019 à laquelle s'est opposé le maire, agissant au nom de l'Etat, le 25 juillet 2019, au visa de l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France en date du 17 juin 2019. Le 5 août 2019, M. B a présenté une nouvelle demande de permis de construire modificatif en vue de régulariser les travaux. Le recours gracieux qu'il a exercé contre l'arrêté du 25 juillet 2019 a été rejeté le 9 août suivant et le recours qu'il a exercé auprès de la direction régionale des affaires culturelles le 7 août 2019 contre l'avis émis par l'architecte des Bâtiments de France du 17 juin 2019, a été rejeté par une décision du préfet de la région Occitanie du 12 septembre 2019. Par un jugement du 2 mars 2021, devenu définitif, le présent tribunal a rejeté la requête de M. B dirigée contre l'arrêté de refus de permis de construire du 25 juillet 2019. Le 9 juin 2021, M. B a déposé une nouvelle demande de permis de construire modificatif, enregistrée sous le n° PC 066 061 18 B0002-M03, pour positionner la pente de la toiture dans le sens perpendiculaire au chemin communal, à nouveau rejetée par le maire, agissant au nom de l'Etat, le 9 août 2021, au visa de l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France du 12 juillet précédent. Par la présente requête M. B demande l'annulation de ce refus de permis de construire modificatif.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords. () En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci (). " Aux termes de l'article R. 425-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans les abords des monuments historiques, () la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 621-32 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 632-2 du code du patrimoine : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. Il s'assure, le cas échéant, du respect des règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur ou du plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine. Tout avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France rendu dans le cadre de la procédure prévue au présent alinéa comporte une mention informative sur les possibilités de recours à son encontre et sur les modalités de ce recours. () l'absence d'opposition à déclaration préalable, l'autorisation environnementale prévue à l'article L. 181-1 du code de l'environnement ou l'autorisation prévue au titre des sites classés en application de l'article L. 341-10 du même code tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du présent code si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, dans les conditions prévues au premier alinéa du présent I. () L'autorisation délivrée énonce, le cas échéant, les prescriptions motivées auxquelles le demandeur doit se conformer. II. - En cas de désaccord avec l'architecte des Bâtiments de France, l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation transmet le dossier accompagné de son projet de décision à l'autorité administrative, qui statue après avis de la commission régionale du patrimoine et de l'architecture. En cas de silence, l'autorité administrative est réputée avoir approuvé ce projet de décision. La décision explicite de l'autorité administrative est mise à la disposition du public. En cas de décision tacite, l'autorisation délivrée par l'autorité compétente en fait mention. ". Selon l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France. ".

4. Il résulte de ces dispositions combinées que la délivrance d'une autorisation de construire est subordonnée, lorsque les travaux envisagés sont situés dans le champ de visibilité d'un édifice classé ou inscrit ou en co-visibilité avec celui-ci ou dans un secteur sauvegardé, à l'avis conforme de l'architecte des Bâtiments de France ou, lorsque celui-ci a été saisi, du préfet de région. L'avis de celui-ci se substitue alors à celui de l'architecte des Bâtiments de France. Enfin, en cas d'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France, l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation sollicitée se trouve en situation de compétence liée et doit en refuser la délivrance.

5. L'arrêté de refus attaqué est fondé sur la circonstance que le terrain du projet est situé dans le périmètre de protection de l'église paroissiale Sainte-Marie, monument historique. La commune de Coustouges a saisi l'architecte des Bâtiments de France sur le projet de M. B qui a refusé de donner son accord le 12 juillet 2021 au motif que le projet présenté ne respecte pas la cohérence architecturale et urbaine du vieux village, aux abords du monument historique. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier que le garage existant sur le terrain d'assiette du projet est en situation de co-visibilité avec le clocher de l'église paroissiale. Le maire de la commune de Coustouges, agissant au nom de l'Etat, était donc tenu, en application des dispositions précitées, de suivre l'avis de l'architecte des Bâtiments de France et se trouvait dès lors en situation de compétence liée pour s'opposer à la demande de permis de construire modificatif de M. B. Par suite, tous les moyens invoqués par M. B à l'encontre à l'encontre de l'arrêté du 9 août 2021 contesté sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées à la requête, que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B, au préfet des Pyrénées-Orientales, au préfet de la région Occitanie, à la commune de Coustouges.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

Le rapporteur,

M. Rousseau

La présidente,

S. Encontre La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 30 janvier 2024

La greffière,

C. Arce

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