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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2200165

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2200165

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2200165
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS VIGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 janvier 2022 et le 27 avril 2023, M. A C, représenté par Me Calvet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°2021/191 du 13 septembre 2021 du maire de la commune de Maureillas Las Illas, ensemble la décision implicite portant rejet du recours gracieux du 17 septembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Maureillas Las Illas au paiement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté ne précise pas les motifs de faits sur lesquels il serait fondé et méconnaît de ce fait les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté est fondé sur des faits matériellement inexacts, le chemin en cause, qui est clôturé à son entrée et à sa sortie, est une voie privée de sorte qu'il ne saurait lui être reproché de laisser divaguer ses chiens sur un chemin rural de la commune qui n'existe pas à cet endroit.

Par des mémoires, enregistrés le 24 janvier 2023 et le 27 mars 2023, la commune de Maureillas Las Illas, représentée par Me Vigo, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de M. C à lui verser la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Souteyrand ;

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public ;

- et les observations de Me Calvet pour le requérant et de Me Vigo pour la commune de Maureillas Las Illas.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté n°2021/191 du 13 septembre 2021, le maire de Maureillas Las Illas a mis en demeure M. et Mme C de prendre, dans un délai de 8 jours, " toute mesure nécessaire pour faire cesser le trouble à l'ordre public que constituent les agressions de randonneurs empruntant les chemins ruraux par des chiens de race Patou présents sur leur propriété et qui divaguent sur lesdits chemin ruraux ". M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté municipal, ensemble la décision implicite portant rejet du recours gracieux du 17 septembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En visant dans l'arrêté contesté les dispositions applicables du code rural et de la pêche maritime, celles du code général des collectivités territoriales relatives aux pouvoirs de police du maire, la main courante n°26-2021 attestant de plusieurs agressions, la plainte déposée par un randonneur le 5 août 2021 à la suite d'une agression par des chiens de race " patou " en provenance de la propriété de M. et Mme C et le courrier adressé à M. C le 26 juillet 2016, le maire de la commune de Maureillas Las Illas a précisé les considérations de droit et de fait constituant le fondement de son arrêté. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. ". Aux termes de l'article L. 161-1 du code rural : " Les chemins ruraux sont les chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales. Ils font partie du domaine privé de la commune. ". L.165 du code rural : " L'autorité municipale est chargée de la police et de la conservation des chemins ruraux. ". Aux termes de l'article D. 161-11 du même code : " Lorsqu'un obstacle s'oppose à la circulation sur un chemin rural, le maire y remédie d'urgence. / Les mesures provisoires de conservation du chemin exigées par les circonstances sont prises, sur simple sommation administrative, aux frais et risques de l'auteur de l'infraction et sans préjudice des poursuites qui peuvent être exercées contre lui ". Enfin aux termes de l'article D.161-14 du même code : " Il est expressément fait défense de nuire aux chaussées des chemins ruraux et à leurs dépendances ou de compromettre la sécurité ou la commodité de la circulation sur ces voies () ".

5. Il ressort des pièces du dossier, que les troupeaux de caprins appartenant à M. et Mme C pâturent à proximité du chemin rural de la Vajol et sont accompagnés de chiens de protection de race " patou ". Il ressort des mêmes pièces, notamment du procès-verbal d'audition de gendarmerie et de la main courante produite par la commune, que, le 5 août 2021, deux randonneurs ont saisi la police municipale à la suite d'agressions par des chiens de race " patou " survenues sur le chemin rural de la Vajol à proximité des propriétés de M et Mme C. La première victime, qui présente une plaie de 1 cm de profondeur lors de l'intervention de la police municipale sur les lieux, déclare avoir été mordue à proximité d'un troupeau de chèvres par un chien de race " Patou " au mollet. Enfin, il ressort des pièces du dossier que des écriteaux, dont il n'est pas contesté qu'ils ont été placés par M. C ou Mme B, son bailleur, indiquent aux randonneurs empruntant le chemin rural de la Vajol qu'" à partir de ce portail, vous rentrez sur une propriété privée où des chiens de troupeaux font leur travail. Si vous n'êtes pas capable de respecter les bons gestes à adopter devant eux, faites demi-tour. ". M. C se prévaut de ce qu'en tout état de cause, son troupeau et ses chiens se trouvent non pas sur le domaine de la commune mais sur des parcelles privées qu'il exploite, délimitées par trois barrières privatives, alors que la commune fait valoir qu'elles se situent sur le chemin rural dit D ", figurant au cadastre. Dans ces conditions, la solution du litige impose que soit tranchée la situation des barrières posées par M. C ou par Mme B afin de délimiter lesdites parcelles privatives. Il y a donc lieu pour le tribunal, avant-dire droit, de nommer un expert géomètre-expert aux fins de dire si les trois barrières en cause sont installées sur un chemin privé, ou, en tout ou partie, sur un chemin rural existant de la commune de Maureillas Las Illas.

D E C I D E :

Article 1er : Avant de statuer sur la requête de M. C, il y a lieu pour le tribunal de désigner un expert, ayant la qualité de géomètre-expert, aux fins de dire si chacune des trois barrières posées par M. C et Mme B sont installées sur leurs parcelles privées, ou, en tout ou partie, sur un chemin rural existant de la commune de Maureillas Las Illas.

Article 2 : l'expert pourra se faire communiquer tous document cadastraux, municipaux et titre de propriétés.

Article 3 : L'expert rendra son rapport dans un délai n'excédant pas six mois à compter de sa désignation.

Article 4 : Les frais d'expertise seront provisoirement avancés par la commune de Maureillas Las Illas.

Article 5 : Les conclusions de M. C et de la commune de Maureillas Las Illas tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont réservées dans l'attente du jugement sur le fond.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C et à la commune de Maureillas Las Illas.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

M. Huchot, premier conseiller,

Mme Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

Le président-rapporteur,

E. Souteyrand

L'assesseur le plus ancien,

M. Huchot La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 1er juin 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

2200165

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