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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2200230

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2200230

lundi 18 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2200230
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBETROM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 janvier 2022 et 2 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Betrom, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté sa demande tendant à obtenir le bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité au titre d'un accident de service survenu le 12 octobre 2015 ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de lui verser une allocation temporaire d'invalidité à compter de sa demande ou de procéder au réexamen de son dossier dans un délai de trente jours suivant le jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure de consultation de la commission de réforme est entachée d'irrégularités, le médecin agréé sur l'avis duquel la commission s'est prononcée n'est pas spécialiste de sa pathologie, et il n'a jamais été destinataire de son rapport du 8 avril 2020 ;

- l'expert judiciaire désigné suite à son accident de service, spécialiste en chirurgie orthopédique et traumatologie, a déterminé le 3 juin 2019 un taux d'incapacité permanente partielle de 20% ;

- le taux de 9,75% finalement retenu par l'administration est minoré, ce alors qu'elle n'était pas tenue par les conclusions du médecin agréé ni par l'avis de la commission de réforme ; l'administration n'est en effet pas fondée à faire application de la règle de la validité restante, il ne rentre pas dans le champ d'application de l'article 2 du décret n°60-1089.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informée par lettre du 27 février 2024 que le tribunal était susceptible de procéder d'office à une substitution de base légale concernant la décision attaquée, les dispositions du A " infirmités simultanées résultant d'un même événement " de l'annexe au décret n°68-756 du 13 août 1968 étant substituées à celles du B " infirmités successives résultant d'événements différents " de la même annexe.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 60-1089 du 6 octobre 1960 ;

- le décret n°68-756 du 13 août 1968 ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- et les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, gardien de la paix, a été victime d'une chute le 12 octobre 2015 reconnue imputable au service. Son état de santé a été déclaré consolidé le 30 novembre 2018. M. A a produit un certificat médical de rechute le 6 mai 2019 et une date de consolidation après rechute a été fixée au 8 août 2019. Le 8 avril 2020, un médecin agrée a évalué à 5% les séquelles de limitation de la flexion active du genou gauche et à 5% les séquelles de perte de la flexion dorsale de la cheville gauche. Dans un avis du 10 septembre 2020, la commission de réforme a retenu ces mêmes taux. Par une décision du 9 novembre 2021 notifiée le 9 décembre 2021 dont M. A demande l'annulation, le bureau des pensions et allocations d'invalidité du ministère de l'intérieur a rejeté sa demande tendant à obtenir le bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité au titre de l'accident de service survenu le 12 octobre 2015, considérant que son taux d'invalidité global était inférieur au seuil de 10% exigé pour l'octroi de cette prestation.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article 65 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire qui a été atteint d'une invalidité résultant d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'au moins 10 % ou d'une maladie professionnelle peut prétendre à une allocation temporaire d'invalidité cumulable avec son traitement dont le montant est fixé à la fraction du traitement minimal de la grille mentionnée à l'article 15 du titre Ier du statut général, correspondant au pourcentage d'invalidité. () ". Lorsqu'il est saisi d'un litige en matière d'allocation temporaire d'invalidité, il appartient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de se prononcer sur les droits de l'intéressé en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, et aussi, le cas échéant, d'apprécier, s'il est saisi de moyens en ce sens ou au vu de moyens d'ordre public, la régularité de la décision en litige.

3. En premier lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 6 octobre 1960 portant règlement d'administration publique pour l'application des dispositions de l'article 23 bis de l'ordonnance n° 59-244 du 4 février 1959 relative au statut général des fonctionnaires, dans sa version applicable au litige : " La réalité des infirmités invoquées par le fonctionnaire, leur imputabilité au service, la reconnaissance du caractère professionnel des maladies, les conséquences ainsi que le taux d'invalidité qu'elles entraînent sont appréciés par la commission de réforme prévue à l'article L. 31 du code des pensions civiles et militaires de retraite. Le pouvoir de décision appartient dans tous les cas au ministre dont relève l'agent et au ministre chargé du budget. ". Aux termes de l'article 19 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires alors en vigueur : " Le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de la partie administrative de son dossier. Un délai minimum de huit jours doit séparer la date à laquelle cette consultation est possible de la date de la réunion de la commission de réforme ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. ". Le dossier mentionné par les dispositions de l'article 19 du décret du 14 mars 1986, à la communication duquel le fonctionnaire a droit avant la réunion de la commission de réforme, doit contenir le rapport du médecin agréé qui a examiné le fonctionnaire. Si ces dispositions n'exigent pas que l'administration procède de sa propre initiative à la communication des pièces médicales du dossier d'un fonctionnaire avant la réunion de la commission de réforme, elles impliquent que ce dernier ait été informé de la possibilité d'obtenir la consultation de ces pièces.

4. Il résulte de l'instruction que M. A a été informé par courrier du 26 août 2020 reçu le 28 août suivant de la tenue de la réunion de la commission de réforme du 10 septembre 2020, de la possibilité de prendre connaissance de son dossier personnellement ou par l'intermédiaire d'un représentant, d'assister à cette séance ou de s'y faire représenter, et de présenter des observations écrites ou de fournir des certificats médicaux. En outre, ce courrier précise qu'est joint un compte-rendu des taux proposés par l'expert concernant les séquelles de M. A imputables au service. Le requérant, qui a été informé dans les délais de la possibilité d'obtenir la consultation de son dossier dont la communication ne saurait relever de la propre initiative de l'administration, n'établit ni même n'allègue en avoir sollicité la consultation. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. A a été reçu en consultation le 8 avril 2020 par un médecin agréé désigné par l'administration. Le requérant, en se bornant à affirmer qu'il aurait dû être reçu par un médecin spécialiste des pathologies rhumatologiques, n'établit pas ce en quoi ce médecin agréé, omnipraticien et médecin du sport, ne serait pas spécialiste de sa pathologie, ce alors qu'il a été chargé d'évaluer les séquelles de limitation de la flexion active de son genou gauche et les séquelles de perte de la flexion dorsale de la cheville gauche suite à son accident de service. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, si le requérant soutient que l'administration n'était pas tenue par les conclusions de l'expert ni par l'avis de la commission de réforme, il ne résulte pas de l'instruction que le ministre se serait cru, à tort, en situation de compétence liée pour fixer le taux d'incapacité permanente de M. A. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 6 octobre 1960 : " L'allocation temporaire d'invalidité prévue à l'article 65 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat est attribuée aux agents maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant : a) Soit d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'un taux rémunérable au moins égal à 10 % ; () " et aux termes de l'article 2 de ce décret : " Le taux d'invalidité rémunérable est déterminé compte tenu du barème indicatif prévu à l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite. Dans le cas d'aggravation d'infirmités préexistantes, le taux d'invalidité à prendre en considération doit être apprécié par rapport à la validité restante du fonctionnaire. ".

8. Le barème indicatif annexé au décret n° 68-756 du 13 août 1968 pris en application de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite prévoit, pour la détermination du pourcentage d'invalidité lorsque la demande est liée à l'existence d'infirmités multiples, des modalités d'évaluations différentes selon qu'il s'agit d'infirmités simultanées résultant d'un même évènement ou d'infirmités successives résultant d'évènements différents. Ainsi, dans le cas d'infirmités successives résultant d'événements différents, les dispositions du B du II du chapitre préliminaire du barème indicatif précité indiquent que le taux d'invalidité à retenir pour le calcul de la rente d'invalidité est apprécié par rapport à la validité restante du fonctionnaire. Les dispositions du A du II de ce même chapitre indiquent que dans le cas d'infirmités simultanées résultant d'un même événement, si les lésions intéressent soit des organes ou membres différents et de fonctions distinctes, soit différents segments d'un même membre, il y a lieu de faire application de la règle de la capacité restante, les infirmités étant classées dans l'ordre décroissant de leur taux, en décomptant la première d'après celui du barème et chacune des suivantes proportionnellement à la capacité restante du fonctionnaire.

9. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A a souffert du fait de son accident du travail du 12 octobre 2015 suivi d'une rechute le 6 mai 2019 d'une fracture du plateau tibial latéral gauche pour laquelle le taux d'incapacité permanente partielle a été fixé à 5 % par le médecin agréé désigné par l'administration le 8 avril 2020, et d'une fracture de la malléole péronière gauche, pour laquelle le taux d'incapacité permanente partielle a également été fixé à 5%. La commission de réforme, dans son avis du 10 septembre 2020, a confirmé ces taux en précisant que ces deux infirmités, consolidées au 8 août 2019 après rechute, avaient été contractées " par origine ", et ne constituaient pas des infirmités aggravées médicalement non séparables ou des infirmités constituant l'aggravation d'une infirmité préexistante et médicalement séparables. Dès lors, et contrairement à ce que soutient le ministre, la situation de M. A ne relève pas du cas d'infirmités successives résultant d'événements différents, mais du cas d'infirmités simultanées résultant d'un même événement, en l'espèce l'accident de service du 12 octobre 2015, dont les lésions intéressent soit des organes ou membres différents et de fonctions distinctes, soit différents segments d'un même membre. Par suite, le ministre ne pouvait pas fonder la décision en litige en retenant un taux de 9,75 % en faisant application de la règle de la validité restante issue des dispositions précitées du B du II du chapitre préliminaire du barème annexé au décret n° 68-756 du 13 août 1968, mais pouvait seulement retenir un taux de 9,75 % en faisant application de la règle de la capacité restante en se fondant sur les dispositions du A du II du même chapitre.

10. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut, toutefois, substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du fondement légal sur lequel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

11. En l'espèce, dans le présent litige, il y a lieu de substituer, au fondement erroné, les dispositions du A du II du chapitre préliminaire du barème annexé au décret n° 68-756 du 13 août 1968 dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver M. A des garanties qui lui sont reconnues par la loi et que le ministre dispose du même pouvoir d'appréciation que dans celles du B du II de ce même chapitre.

12. Si M. A se prévaut d'un autre rapport d'expertise du 3 juin 2019 réalisé par un médecin chirurgien orthopédique et traumatologique lequel a évalué à 20% son taux de déficit fonctionnel permanent global, il résulte de l'instruction que ce rapport a été établi antérieurement à la dernière date de consolidation de son état de santé fixée au 8 août 2019, et il ne ressort pas des termes de cette expertise que ce taux aurait été déterminé selon la règle de la capacité restante.

13. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le ministre a retenu un taux d'invalidité global de 9,75% et a refusé de lui accorder le bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité au titre de son accident de service survenu le 12 octobre 2015.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête doivent être rejetées, dont les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 mars 2024.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 mars 2024.

Le greffier,

F. Balickifb

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