mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2200253 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | GUYON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2022, la société par actions simplifiée à associé unique (SASU) La Capitale, représentée par Me Guyon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a prononcé la fermeture administrative de son établissement situé 154, rue Georges Guynemer à
Mauguio ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'elle justifie d'un intérêt à agir et que le recours a été introduit dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêté contesté ;
- en l'absence de délégation de signature régulière accordée à Mme B A, l'arrêté émane d'une autorité incompétente ;
- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas matériellement établis ;
- les précédentes sanctions prononcées à son encontre ne sont pas imputables à son nouveau président ;
- la mesure de fermeture administrative pendant une durée de quarante-cinq jours a été prise en méconnaissance de la liberté du commerce et d'industrie et la liberté d'entreprendre ;
- cette mesure porte atteinte au droit de propriété ;
- la décision contestée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 1er du protocole n°12 à cette convention ;
- la mesure litigieuse n'est pas nécessaire et proportionnée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation économique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le protocole n° 12 à cette convention ;
- le code de la santé publique ;
- le code du travail ;
- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Verguet ;
- et les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiées à associé unique (SASU) La Capitale exerce une activité de restauration rapide depuis le 25 novembre 2015. Par un arrêté du 13 janvier 2022, le préfet de l'Hérault a prononcé la fermeture administrative, pour une durée de quarante-cinq jours, de son établissement situé à Mauguio, dans lequel elle exploite un salon de thé à chicha. La société demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. Par un arrêté du 27 décembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 196 du 28 décembre 2021, le préfet de l'Hérault a accordé à Mme B A, sous-préfète, directrice de cabinet, une délégation à l'effet de signer, notamment, " toute décision relative à la police administrative ". Cet arrêté définit avec une précision suffisante les limites de la délégation accordée à Mme A. Celle-ci était ainsi habilitée à signer au nom du préfet de l'Hérault l'arrêté prononçant la fermeture administrative de l'établissement en cause, qui constitue une mesure de police. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique : " 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas six mois, à la suite d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements. () 2. En cas d'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publique, la fermeture peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas deux mois. () 3. Lorsque la fermeture est motivée par des actes criminels ou délictueux prévus par les dispositions pénales en vigueur, à l'exception des infractions visées au 1, la fermeture peut être prononcée par le représentant de l'Etat dans le département pour six mois. () 4. Les crimes et délits ou les atteintes à l'ordre public pouvant justifier les fermetures prévues au 2 et au 3 doivent être en relation avec la fréquentation de l'établissement ou ses conditions d'exploitation. () ". La mesure de fermeture d'un débit de boissons prévue par ces dispositions a pour objet, non d'infliger une sanction mais de prévenir des désordres liés au fonctionnement de l'établissement.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 8221-5 du code du travail : " Est réputé travail dissimulé par dissimulation d'emploi salarié le fait pour tout employeur () de se soustraire intentionnellement à l'accomplissement de la formalité prévue à l'article L. 1221-10, relatif à la déclaration préalable à l'embauche () ". L'article 40 du décret du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de la crise sanitaire impose au personnel des restaurants et débits de boisson de porter un masque de protection. En vertu de l'article 47-1 du même décret, à compter du 30 août 2021, les salariés de ces établissements doivent présenter soit le résultat d'un examen de dépistage ou d'un test réalisé moins de 24 heures avant l'accès à l'établissement, soit un justificatif du statut vaccinal, soit un certificat de rétablissement.
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport administratif établi le 23 décembre 2021 par un agent de police judiciaire de la compagnie de gendarmerie départementale de Lunel à la suite du contrôle " covid-19 " effectué le 22 décembre 2021 à 20 heures 30 dans les locaux de l'établissement de la société La Capitale que, d'une part, M. , présent derrière le comptoir en étant vêtu d'un tee-shirt portant le sigle de l'établissement, ne portait pas de masque de protection et n'était pas en mesure de présenter un passe sanitaire et que, d'autre part, la déclaration préalable d'embauche de l'intéressé a été enregistrée postérieurement au contrôle. La société La Capitale n'apporte aucun élément contredisant la constatation objective, par les agents assermentés ayant effectué le contrôle, de l'absence de port du masque par son employé. Si elle produit le contrat de travail à durée déterminée à temps partiel conclu le jour même avec M. , recruté comme employé polyvalent, il ressort des pièces du dossier, notamment des vérifications effectuées le 23 décembre 2021 par un agent de la brigade territoriale autonome de gendarmerie de Mauguio que la déclaration préalable à l'embauche de ce salarié n'a été enregistrée que le 22 décembre 2021 à 21 heures 03, soit après l'heure du début du contrôle. Si la société soutient que M. était titulaire d'un passe sanitaire valide, il ressort au contraire du rapport administratif établi le 20 janvier 2022 par un agent de la police judiciaire de la compagnie de gendarmerie départementale de Lunel et du procès-verbal d'investigations du 13 janvier 2022, exploitant les éléments apportés par la caisse nationale d'assurance maladie faisant apparaître que les trois vaccinations dont se prévalaient l'intéressé ont été saisies le 23 décembre 2021 entre 16 heures 51 et 16 heures 52 à Paris, que le document présenté par l'intéressé constitue un faux et n'est donc pas de nature à justifier de son statut vaccinal. Ainsi contrairement à ce qui est soutenu, la matérialité des faits reprochés à la société à la suite du contrôle effectué le 22 décembre 2021 est établie.
6. Dès lors que le fait de se soustraire intentionnellement à l'accomplissement de la formalité prévue à l'article L. 1221-10, relatif à la déclaration préalable à l'embauche est réputé constituer un travail dissimulé, puni de la peine d'emprisonnement et de l'amende prévus à l'article L. 8224-2 du code du travail, et que les faits relatifs à l'absence de port d'un masque de protection et de justification du statut vaccinal par un membre du personnel de la société sont de nature à porter atteinte à l'ordre et la santé publics, le préfet de l'Hérault n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique en décidant la fermeture administrative temporaire de l'établissement.
7. Il ressort des pièces du dossier que la société La Capitale a fait l'objet, le 24 août 2020, d'une mise en demeure pour ne pas avoir respecté les règles sanitaires imposées par le décret n° 2020-860 du 10 juillet 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans les territoires sortis de l'état d'urgence sanitaire et dans ceux où il a été prorogé, ce qui n'est pas sérieusement contesté. Compte tenu de la gravité des faits de travail dissimulé et de la réitération des manquements aux règles sanitaires, le préfet de l'Hérault a pu sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation prononcer la fermeture de l'établissement pour une durée de quarante-cinq jours, qui n'est pas en l'espèce disproportionnée, alors même que la situation financière de la société était fragilisée par les mesures de restrictions sanitaires.
8. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait été procédé, dans l'exercice des compétences dévolues au préfet par l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, à une discrimination contraire aux stipulations de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 1er du protocole n° 12 à cette convention.
9. Pour les motifs exposés aux points précédents, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté contesté porterait une atteinte excessive au droit de propriété, à la liberté du commerce et d'industrie et à la liberté d'entreprendre.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la SASU La Capitale n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 13 janvier 2022.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par la SASU La Capitale et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SASU La capitale est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SASU La Capitale et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
M. Verguet, premier conseiller,
Mme Couégnat, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
Le rapporteur,
H. Verguet
Le président,
V. Rabaté La greffière,
A. Lacaze
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 30 mai 2023
La greffière,
A. Lacaze
Ls
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026