jeudi 16 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2200320 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET TEISSONNIERE - TOPALOFF - LAFFORGUE - ANDREU ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Labrunie, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 novembre 2021 par laquelle le comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN) a rejeté sa demande d'indemnisation au titre de la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires ;
2°) de condamner le CIVEN à lui verser la somme de 221 897 euros en réparation de ses préjudices, assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 avril 2021 et capitalisation des intérêts ;
3°) dans l'hypothèse d'un jugement avant-dire droit ordonnant la réalisation d'une expertise, de condamner le CIVEN à lui verser une provision de 20 000 euros et de mettre à sa charge les frais d'expertise ;
4°) de mettre à la charge du CIVEN la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été affecté à Mururoa sur l'escorteur d'escadre Jauréguiberry entre le mois d'août 1966 et le mois de février 1967 en qualité de mécanicien chef de quart machine et plongeur, où son activité l'a amené à être exposé aux rayonnements ionisants ; il a été victime d'un cancer de la vessie récidivant dont le premier a été diagnostiqué en 2005 puis d'un cancer cutané en 2011 ;
- il a adressé une demande d'indemnisation au CIVEN le 23 avril 2021 au titre de la loi n°2010-2 du 5 janvier 2010 modifiée ; sa demande a été rejetée le 22 novembre 2021 ;
- il bénéficie de la présomption de causalité en application de l'article 4 de la loi du 5 janvier 2010 et le CIVEN admet qu'il a séjourné en Polynésie française en qualité de mécanicien chef de quart machine et plongeur et qu'il est atteint de plusieurs cancers, de la vessie et cutanés ; au cours de cette période six tirs nucléaires aériens ont eu lieu ;
- l'utilisation d'un seuil d'exposition va à l'encontre de l'intention du législateur ; il ne portait aucun dosimètre individuel et aucun relevé individuel n'a été effectué alors que les tirs réalisés au cours de l'été 1966 ont donné lieu à d'importantes retombées radioactives sur l'atoll de Mururoa ainsi que sur l'ensemble du territoire de la Polynésie française ; il n'a bénéficié d'aucune surveillance spécifique s'agissant du risque de contamination interne, notamment à raison de la consommation d'eau à bord du bâtiment militaire ;
- dans la mesure où le CIVEN ne peut établir avec certitude " que la dose annuelle de rayonnements ionisants aux essais nucléaires français " qu'il a reçue a été inférieure à 1mSv par an, il ne peut renverser la présomption de causalité ;
- il a été victime d'un premier cancer de la vessie diagnostiqué en 2005 puis d'une récidive en 2019, ainsi que d'un cancer cutané en 2011 et son état peut être considéré comme consolidé depuis le 1er janvier 2012 pour le cancer cutané et le 1er janvier 2021 pour le cancer de la vessie ;
- il a subi des préjudices avant consolidation :
* en ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
- son préjudice au titre des dépenses de santé et frais divers reste à déterminer ;
- s'agissant de son préjudice d'assistance à tierce personne, il a eu besoin d'une aide, entre le 6 octobre 2005 (date de la résection de la lésion vésicale) jusqu'au 6 novembre 2005 puis du 21 octobre 2019 au 30 janvier 2020 (traitement de la récidive) pour l'aider à se lever, laver, s'habiller et se déplacer à raison d'une heure par jour pendant 30 jours, soit la somme de 540 euros à raison d'un taux horaire de 18 euros, puis durant 101 jours à raison de 3 heures par jour, soit la somme de 3 636 euros à raison d'un taux horaire de 18 euros ;
*en ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :
- il a subi un déficit fonctionnel temporaire dont il réserve le calcul ;
- il a subi des souffrances endurées en raison de l'exérèse de ses carcinomes et eu égard aux suivis réguliers mis en place depuis lors ; son préjudice peut être évalué à 10 000 euros au titre du cancer cutané et 50 000 euros au titre du cancer de la vessie ;
- il a subi un préjudice esthétique temporaire estimé à 5 000 euros ;
- il a subi des préjudices après consolidation :
* en ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
- son préjudice au titre des dépenses de santé et frais divers reste à déterminer ;
* en ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :
- s'agissant du cancer vésical, son incapacité permanente partielle peut être évaluée à 20% à compter du 1er janvier 2021, son préjudice s'établit à 31 252 euros ;
- s'agissant du cancer cutané, son incapacité permanente partielle peut être évaluée à 5% à compter du 1er janvier 2012, son préjudice s'établit à 16 469 euros
- il subit un préjudice d'agrément à hauteur de 20 000 euros dès lors qu'il ne peut plus pratiquer les activités sportives et de loisirs depuis son cancer de la vessie ;
- il subit un préjudice esthétique permanent estimé à 5 000 euros ;
- il subit un préjudice sexuel estimé à 10 000 euros ;
- il subit un préjudice d'anxiété lié à une pathologie évolutive ; son préjudice moral est évalué à 60 000 euros au titre du cancer de la vessie et 10 000 euros au titre du cancer cutané ;
- dans l'hypothèse de la désignation d'un expert pour évaluer les préjudices, le tribunal accordera une provision de 10 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2022, le comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires conclut :
- à titre principal au rejet de la requête ;
- à titre subsidiaire, à ce qu'une expertise soit ordonnée avant dire droit sur les préjudices de M. B.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés :
- il a considéré que M. B ne pouvait avoir reçu qu'une dose inférieure à un millisievert ; c'est bien la loi du 5 janvier 2010, telle que modifiée par l'article 232 de la loi du 28 décembre 2018 qui s'applique ; la présomption de causalité peut être renversée ;
- les règles de suivi étaient différentes pour les personnes en activité sur les sites d'essais ou en dehors de ces mêmes sites ;
- pendant sa présence sur l'escorteur d'escadre Jauréguiberry, il n'a pas subi de contamination externe et interne dès lors que le bâtiment ne se trouvait pas à proximité des tirs et que les relevés de dosimétrie sont nuls pour les mois de juillet et septembre 1966 ;
- aucune contamination interne n'a pu avoir lieu dès lors que l'eau consommée l'était après utilisation de bouilleurs ;
- en ce qui concerne l'indemnisation, si le lien de causalité devait être retenu, il conviendra d'ordonner une expertise afin d'évaluer les préjudices de M. B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 2010-2 du 5 janvier 2010 ;
- la loi n° 2017-256 du 28 février 2017 ;
- la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 ;
- la loi n° 2020-734 du 17 juin 2020 ;
- le décret n° 2014-1049 du 15 septembre 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bayada,
- et les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été affecté en Polynésie française en qualité de mécanicien chef de quart machine et plongeur à bord de l'escorteur d'escadre Jauréguiberry entre le mois d'août 1965 et le mois de février 1967. Il a adressé le 23 avril 2021 une demande d'indemnisation au comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN) en raison de cancers de la vessie et cutané, diagnostiqués en 2005 et 2011 et ayant, pour le premier, récidivé en 2019. Par une décision du 22 novembre 2021, le CIVEN a rejeté cette demande. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cette décision et l'indemnisation de ses préjudices à hauteur de 221 897 euros.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français, dans sa rédaction issue de la loi du 28 décembre 2018, applicable aux instances en cours au lendemain de la publication de cette loi, comme en l'espèce : " I- Toute personne souffrant d'une maladie radio-induite résultant d'une exposition à des rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français et inscrite sur une liste fixée par décret en Conseil d'État conformément aux travaux reconnus par la communauté scientifique internationale peut obtenir réparation intégrale de son préjudice dans les conditions prévues par la présente loi. () III.- Lorsqu'une demande d'indemnisation fondée sur le I de l'article 4 a fait l'objet d'une décision de rejet par le ministre de la défense ou par le comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires avant l'entrée en vigueur de la loi n° 2017-256 du 28 février 2017 de programmation relative à l'égalité réelle outre-mer et portant autres dispositions en matière sociale et économique, le demandeur ou ses ayants droit, s'il est décédé, peuvent présenter une nouvelle demande d'indemnisation avant le 31 décembre 2020.". Aux termes de l'article 2 de cette même loi : " La personne souffrant d'une pathologie radio-induite doit avoir résidé ou séjourné :/ 1° Soit entre le 13 février 1960 et le 31 décembre 1967 au Centre saharien des expérimentations militaires, ou entre le 7 novembre 1961 et le 31 décembre 1967 au Centre d'expérimentations militaires des oasis ou dans les zones périphériques à ces centres ;/ 2° Soit entre le 2 juillet 1966 et le 31 décembre 1998 en Polynésie française./ Un décret en Conseil d'État délimite les zones périphériques mentionnées au 1°. ". L'article 4 de ladite loi dispose que : " I. Les demandes d'indemnisation sont soumises au comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (). V. Ce comité examine si les conditions sont réunies. Lorsqu'elles le sont, l'intéressé bénéficie d'une présomption de causalité, à moins qu'il ne soit établi que la dose annuelle de rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français reçue par l'intéressé a été inférieure à la limite de dose efficace pour l'exposition de la population à des rayonnements ionisants fixée dans les conditions prévues au 3° de l'article L. 1333-2 du code de la santé publique. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 1333-11 du code de la santé publique : " I.- Pour l'application du principe de limitation défini au 3° de l'article L. 1333-2, la limite de dose efficace pour l'exposition de la population à des rayonnements ionisants résultant de l'ensemble des activités nucléaires est fixée à 1 mSv par an, à l'exception des cas particuliers mentionnés à l'article R. 1333-12./ II.- La limite de dose équivalente est fixée pour : 1° Le cristallin à 15 mSv par an ; 2° La peau à 50 mSv par an en valeur moyenne pour toute surface de 1 cm2 de peau, quelle que soit la surface exposée. ".
3. L'annexe au décret du 15 septembre 2014 relatif à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français liste les maladies radio-induites mentionnées à l'article 1er de la loi du 5 janvier 2010 précitées : " Leucémies (sauf leucémie lymphoïde chronique car considérée comme non radio-induite). Myélodysplasies. Cancer du sein. Cancer du corps thyroïde pour une exposition pendant la période de croissance. Cancer cutané sauf mélanome malin. Cancer du poumon. Cancer du côlon. Cancer des glandes salivaires. Cancer de l'œsophage. Cancer de l'estomac. Cancer du foie. Cancer de la vessie. Cancer de l'ovaire. Cancer du cerveau et système nerveux central. Cancer des os et du tissu conjonctif. Cancer de l'utérus. Cancer de l'intestin grêle. Cancer du rectum. Cancer du rein. Cancer de la vésicule biliaire. Cancer des voies biliaires. Lymphomes non hodgkiniens. Myélomes ".
4. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu que, dès lors qu'un demandeur satisfait aux conditions de temps, de lieu et de pathologie prévues par l'article 2 de la loi du 5 janvier 2010 modifiée, il bénéficie de la présomption de causalité entre l'exposition aux rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français et la survenance de sa maladie. Cette présomption ne peut être renversée que si l'administration établit que la dose annuelle de rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français reçue par l'intéressé a été inférieure à la limite de dose efficace pour l'exposition de la population à des rayonnements ionisants fixée, dans les conditions prévues au 3° de l'article L. 1333-2 du code de la santé publique, à 1 mSv par an.
5. En premier lieu, le législateur a institué en 2010, supprimé en 2017, puis institué à nouveau en 2018, une possibilité pour le CIVEN de renverser la présomption d'imputabilité aux essais nucléaires d'une maladie inscrite sur la liste fixée par décret en Conseil d'Etat. Toutefois, les divers états de la rédaction du V de l'article 4 de la loi du 5 janvier 2010 ne peuvent que refléter ses intentions successives de faciliter les indemnisations tout en permettant au CIVEN de renverser cette présomption chaque fois qu'il ne peut pas être possiblement admis le caractère radio-induit de la maladie eu égard eu trop faible risque de contamination. Par suite, le renvoi à un seuil minimal d'exposition ne peut être regardé comme allant " à l'encontre de l'intention du législateur ". Dès lors que l'état de la science ne permet pas d'établir un lien direct et certain entre un seuil d'exposition minimal aux rayonnements ionisants et l'apparition d'un cancer, le seuil de 1 mSv ne peut être regardé comme manifestement trop élevé.
6. En second lieu, il résulte des termes mêmes de la décision attaquée que M. B remplit les conditions de lieu, de temps et de maladie fixées par les dispositions précitées et qu'il bénéficie ainsi d'une présomption de causalité entre l'exposition aux rayonnements ionisants dus aux six essais nucléaires français réalisés pendant sa période d'affectation, du mois d'aout 1965 au mois de février 1967, et la survenue des cancers de la vessie et du cancer cutané, diagnostiqués respectivement en 2005 et 2011, avec une récidive du cancer de la vessie en 2019.
7. Pour refuser l'indemnisation et renverser la présomption, le CIVEN fait valoir que M. B était embarqué sur le bâtiment Jauréguiberry, lequel n'a pas été exposé à une exposition externe aux rayonnements à la suite des tirs d'essais réalisés au cours de cette période et qu'il n'existe aucune possibilité que M. B ait fait l'objet d'une contamination interne entre 1967 et 1968, compte tenu des conditions d'alimentation des embarqués.
8. Il est constant que le séjour de M. B, du mois d'août 1965 et le mois de février 1967 au mois de février 1967, a été contemporain de six expérimentations nucléaires réalisées en Polynésie française entre le 2 juillet et le 4 octobre 1966. Si M. B ne portait pas de dosimètre individuel lors de son affectation et n'a fait l'objet d'aucune mesure individuelle de surveillance de la contamination externe, le CIVEN fait valoir l'existence de mesures de surveillance collective et produit les relevés du dosimètre d'ambiance placé à bord de l'escorteur d'escadre Jauréguiberry. Si ces relevés donnent des résultats nuls pour les mois de juillet et septembre 1966 et qu'aucun essai n'a été réalisé au mois d'août 1966, il résulte de l'instruction que le bâtiment était engagé lors de l'essai " Sirius ", effectué le 4 octobre 1966, pour lequel le CIVEN ne fait valoir aucun élément relatif à la position du navire lors du tir aérien ni ne produit d'élément relatif aux relevés effectués à bord. Par suite, les mesures de surveillance individuelle et collective de la contamination externe à bord du Jauréguiberry au cours de la campagne d'essais de l'année 1966, doivent être regardées comme insuffisantes.
9. En outre, il résulte de l'instruction que M. B n'a fait l'objet d'aucune mesure de surveillance individuelle de la contamination interne et il n'existe aucune donnée relative à la contamination interne de personnes se trouvant dans une situation comparable à la sienne. Si le CIVEN fait valoir que le personnel navigant sur le bâtiment Jauréguiberry n'était exposé à aucune mesure de contamination interne, toutefois, il est constant que les essais atmosphériques ont été à l'origine de retombées radioactives non contrôlées et que les marins qui y étaient affectés ne disposaient d'aucune protection particulière. Par ailleurs, les témoignages circonstanciés et concordants produits et non contestés en défense font état que les personnels affectés dans le bâtiment utilisaient et consommaient de l'eau issue d'un prélèvement sur site distillé dans des bouilleurs. La circonstance selon laquelle la seule consommation de cette eau ne suffirait pas à entraîner une contamination interne supérieure à 0,67 mSv/an n'est pas de nature à établir que M. B aurait été constamment exposé à une dose annuelle de rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires inférieure au seuil de 1 mSv par an.
10. Dès lors, le CIVEN n'établit pas que M. B aurait été constamment exposé à une dose annuelle de rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires inférieure au seuil de 1 mSv par an, et ne saurait être regardé comme renversant la présomption de causalité entre l'exposition aux rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français et la survenance de sa maladie.
11. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision litigieuse ainsi que l'indemnisation des préjudices résultant de son exposition aux rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français.
Sur les préjudices :
12. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. La mission confiée à l'expert peut viser à concilier les parties. ".
13. M. B demande à être indemnisée des préjudices subis à la suite des essais nucléaires en Polynésie française. Toutefois, l'état du dossier ne permet pas au tribunal de statuer sur la réalité et l'étendue des préjudices dont il demande réparation. Par suite, il y a lieu d'ordonner, avant-dire droit, une expertise aux fins indiquées à l'article 1er du dispositif du présent jugement.
Sur la demande de provision :
14. Il résulte de ce qui précède que le CIVEN est tenu de réparer les conséquences dommageables de la maladie de M. B. En l'état de l'instruction, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement d'une provision de 5 000 euros à M. B.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 22 novembre 2021 par laquelle le CIVEN a rejeté la demande d'indemnisation de M. B est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à M. B une provision de 5 000 euros.
Article 3 : Il sera, avant de statuer sur les conclusions indemnitaires de M. B, procédé à une expertise médicale aux frais avancés par l'Etat. L'expert aura pour mission de :
1°) se faire communiquer les dossiers et tous documents relatifs aux pathologies dont M. B est atteint ;
2°) décrire les pathologies dont souffre M. B depuis les premiers signes de son apparition, son évolution et les traitements mis en œuvre ;
3°) décrire la date d'apparition et l'évolution de la pathologie, les soins, examens, traitements, actes médicaux et chirurgicaux qu'elle a rendu nécessaires ;
4) dire si M. B a subi un préjudice économique, en raison notamment des dépenses et frais de santé effectivement supportés, et une perte de ressources ;
5) dire si l'état de M. B a nécessité l'assistance d'une tierce personne ; fixer les modalités, la qualification et la durée de cette intervention en lien avec les pathologies dont il est atteint ;
6) préciser la date de début, ainsi que le ou les taux des périodes de déficit fonctionnel temporaire en lien direct avec les pathologies ;
7) évaluer sur une échelle de 1 à 7 les souffrances physiques endurées par M. B, s'agissant de chacune des pathologies dont il a souffert[BA1][SÉ2] ;
8) indiquer si les pathologies sont chacune à l'origine d'un préjudice esthétique temporaire et, le cas échéant, en évaluer l'importance sur une échelle de 1 à 7 ;
9) indiquer si les pathologies sont à l'origine de troubles dans les conditions d'existence et, le cas échéant, en évaluer l'importance ;
10) indiquer si les pathologies sont à l'origine d'un préjudice moral lié à une maladie évolutive et, le cas échéant, en évaluer l'importance sur une échelle de 1 à 7 ;
11) préciser l'existence et l'étendue de tout autre préjudice personnel en lien avec les pathologies cancéreuses et fournir toutes précisions complémentaires que l'expert jugera utile à la solution du litige.
Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement en présence de M. B, du CIVEN et du ministre des armées.
Article 5 : L'expert déposera son rapport dans le délai fixé par la décision le désignant, en deux exemplaires dont, en application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies seront notifiées aux parties intéressées.
Article 6 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.
Article 7 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre des armées et au CIVEN.
Délibéré après l'audience du 2 novembre 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Souteyrand, président,
- Mme Bayada, première conseillère,
- Mme Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.
La rapporteure,
A. Bayada Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 16 novembre 2023,
La greffière,
M-A Barthélémy
[BA1]Il y a deux cancers dont un récidivants, est ce qu'on entre davantage dans le détail pour que l'expert distingue les SE entre chaque cancer ' Cette solution a ma préférence, car le requérant forme une demande distincte et les SE ne sont effectivement pas les mêmes pour des périodes différentes. Une réponse globalisée serait une difficulté
[SÉ2R1]ok
N°2200320
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026