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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2200393

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2200393

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2200393
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationmagistrat ROUSSEAU
Avocat requérantGALLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2022, M. M'Hamed El E, représenté par Me Gallon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 octobre 2021 par laquelle la commission de médiation du département de l'Hérault a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, présentée en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à la commission de médiation de l'Hérault de se prononcer à nouveau sur sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 dont son conseil pourra poursuivre personnellement le recouvrement en renonçant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- le motif de rejet de la commission de médiation de l'Hérault est entaché d'une erreur de droit, doublé d'une erreur manifeste d'appréciation ; les documents qu'il a fournis permettaient d'apprécier sa situation en matière d'hébergement et notamment la superficie du logement ;

- en vertu de l'article 208 du code civil les aliments ne sont accordés que dans la proportion du besoin de celui qui les réclame, et de la fortune de celui qui les doit ; en l'espèce la seule source de revenu du foyer est la pension de retraite de son père, d'environ 1000 euros par mois ; ses parents âgés de 66 ans et 68 ans sont fatigués par la promiscuité induite par l'accueil de sa famille ; ces derniers ne sont plus en mesure de venir à son aide et de faire face à son hébergement ; en outre, le logement de ses parents ne permet pas d'accueillir sa famille dans des conditions dignes dans la mesure où il ne dispose que de deux chambres pour huit personnes ;

- ses enfants, dont les ainés sont boursiers, sont scolarisés et ne disposent pas d'espace de travail adapté en l'absence de pièce indépendante ce qui nuit à la qualité de leur travail ainsi qu'aux résultats scolaires ; dans ces conditions, le logement qui sert d'hébergement s'avère inadapté à son accueil et celui de sa famille.

Par un mémoire enregistré le 27 juillet 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A E ne sont pas fondés.

Le requérant a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 17 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, désigné M. B D, premier-conseiller, pour statuer sur les litiges visés audit article ;

- la décision du magistrat désigné de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- et les observations de Me Gallon, représentant M. A E, et de Mme C, représentant le préfet de l'Hérault.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. M'Hamed El E a saisi la commission de médiation du département de l'Hérault afin que sa demande de logement social soit reconnue urgente et prioritaire. La commission a implicitement rejeté sa demande par une décision du 9 juillet 2021. Le 2 septembre 2021, le requérant a formé un recours gracieux contre cette décision. La commission de médiation a, par une décision du 5 octobre 2021, retiré la décision implicite du 9 juillet 2021 et rejeté son recours amiable en vue d'une offre de logement. M. A E demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement sur-occupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap (). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte des démarches précédemment effectuées. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : () - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur au regard du logement ou de l'hébergement dont il peut disposer en vertu de l'obligation d'aliments définie par les articles 205 et suivants du code civil ; () être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. " Aux termes de l'article R. 822-25 du même code : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. "

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Toutefois, dans le cas d'une personne se prévalant de ce qu'elle a présenté une demande de logement social et n'a pas reçu de proposition adaptée dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4, la commission peut refuser de reconnaître que la demande présente, à ce titre, un caractère prioritaire et urgent, en se fondant sur la circonstance que cette personne dispose déjà d'un logement. Elle ne peut toutefois légalement opposer ce motif que si le logement occupé est adapté à ses besoins. Pour apprécier si le logement occupé est adapté aux besoins du demandeur, il y a lieu de prendre en compte, d'une part, ses caractéristiques, le montant de son loyer et sa localisation, d'autre part, tous les éléments relatifs aux occupants du logement, comme une éventuelle situation de handicap, qui sont susceptibles de le rendre inadapté aux besoins du demandeur.

4. Il résulte en outre des mêmes dispositions citées au point 2 que, lorsque le demandeur allègue devant la commission de médiation qu'il est dépourvu de logement, cette commission peut, le cas échéant, tenir compte pour apprécier le caractère prioritaire de sa demande de la circonstance qu'il est logé par un de ses parents au titre de l'obligation alimentaire définie par les articles 205 et suivants du code civil, ainsi que des conditions dans lesquelles il est ainsi logé.

5. Pour écarter comme non urgente et non prioritaire la demande de logement social de M. A E, la commission de médiation du département de l'Hérault s'est fondée sur la circonstance que le requérant déclare être hébergé chez un particulier mais que, malgré l'envoi dans le cadre de l'instruction de son dossier d'un courrier lui demandant de fournir des pièces complémentaires, le requérant qui produit l'acte d'achat du logement dans lequel il est hébergé mais sans justification de la surface, n'a apporté aucun autre élément permettant à la commission de médiation de vérifier ses déclarations, d'évaluer son parcours résidentiel ainsi que sa capacité à occuper un logement autonome et d'apprécier la précarité de ses conditions d'hébergement et l'urgence qu'il y aurait à lui attribuer un logement.

6. Le requérant objecte à ce motif dont il soutient qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation que l'acte d'achat comporte précisément toutes les informations requises concernant la typologie du logement et notamment sa superficie. La lecture de l'attestation de vente notariée du 31 mai 2002 ne précise pas la superficie du bien au sein duquel il est hébergé. Si cette information figure à l'acte de vente notarié produit au dossier, le motif de rejet renvoie à l'acte d'achat soit à la seule attestation de vente notariée où cette indication n'est pas précisée, sans qu'il ne soit démontré que cette pièce fût accompagnée de la transmission, à la commission de médiation de l'Hérault, d'une copie complète de l'acte de vente. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le motif de rejet serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Pour que le demandeur soit reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence, les dispositions de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation prévoient, dans le cas où le demandeur est handicapé ou a, à sa charge, une personne en situation de handicap ou un enfant mineur, que le logement doit être sur-occupé ou présenter un risque pour la santé ou la sécurité notamment. Il ressort des pièces du dossier que M. A E et ses quatre enfants mineurs sont hébergés par leur parents depuis le mois de juillet 2018 dans un logement à la superficie qu'il juge insuffisante eu égard à la composition de la famille qu'il ne permet pas de garantir l'intimité de ses deux filles et ses deux garçons et que lui-même connaît des problèmes de santé nécessitant un suivi médical rapproché. Toutefois, le requérant dispose d'un hébergement à Montpellier au sein de l'appartement de type T3 dont sont propriétaires ses parents en vertu de l'obligation d'aliments définie par les articles 205 et suivants du code civil et la superficie de 73,11 m² de ce logement ne présente pas une situation de sur-occupation au regard de la surface habitable minimale prévue par l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation qui, en l'espèce, compte tenu de la composition familiale doit être au minimum de 70 m² pour huit personnes. Si M. A E estime qu'un logement de type T4 ou T5 permettrait de répondre à la nécessité de séparer ses deux filles et ses deux garçons dans des chambres différentes, la configuration du logement ne constitue pas un critère de sur-occupation au sens de l'article R. 822-25 précité. Dans ces conditions, le logement occupé par M. A E avec ses quatre enfants peut être regardé comme présentant une situation de sur-occupation au sens des dispositions citées ci-dessus.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A E doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que de celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A E est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. M'Hamed El E, au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement et à Me Gallon.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

M. D

La greffière

C. ARCE

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 24 janvier 2023

La greffière,

C. Arce

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